Pyrénées : A l'abandon, la station de ski Puigmal remonte la pente grâce à sept copains

MONTAGNE Des passionnés de montagne ont repris les rênes du site, sans argent public

Nicolas Bonzom
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Une station de ski (Illustration)
Une station de ski (Illustration) — ACau/SIPA
  • Dans les Pyrénées, la station de ski Puigmal, confrontée à un manque de neige et à des dettes abyssales, avait fermé ses portes, en 2014. Depuis, elle était à l’abandon.
  • Sept copains ont décidé d’investir, sans argent public, pour la rouvrir.
  • Leur modèle économique n’est pas basé uniquement sur le ski traditionnel : on pourra, aussi, à Puigmal, faire de la raquette, de la randonnée ou du free ride.

Les amoureux des Pyrénées vont, enfin, pouvoir à nouveau dévaler les pistes de Puigmal. Cette station de ski de 330 hectares dans les Pyrénées-Orientales, rouvrira en décembre, après huit ans en déshérence. Confrontée à un manque de neige, elle avait accumulé les dettes, jusqu’à l’asphyxie, et avait dû fermer en 2013.

Le site, qui appartient à la commune d’Err, était, depuis, à l’abandon. Les remontées mécaniques rouillaient, les barrières à neige s’envolaient et les canons à neige étaient engloutis par la végétation. Aujourd’hui, Puigmal renaît grâce à sept passionnés de ski, qui ont engagé leurs économies dans ce projet. « Nous sommes sept copains, passionnés de montagne. Certains sont des professionnels dans ce domaine, il y a notamment des professeurs de ski », confie Sébastien Marque, le directeur général de Puigmal 2900. Mais il n’y a, dans ce projet, « aucun argent public », note l’investisseur.

« Une expérience de montagne différente »

« L’idée est partie d’une discussion, que l’on a eue tous ensemble, sur ce que serait la montagne de nos rêves. Et on s’est tous entendu sur le fait que ce ne serait pas une usine à neige. Marre de la foule, marre de ce mode de consommation qui n’est pas le nôtre. » L’appel à délégation de la mairie d’Err pour reprendre les rênes de Puigmal est tombé à pic. Les sept copains se sont lancés corps et âme dans ce projet, et ont été retenus. « Notre idée est d’avoir une expérience de montagne différente, poursuit Sébastien Marque. Plutôt que de vouloir absolument mettre de la neige pour faire skier les gens tout le temps, on peut aussi leur proposer de la raquette ou de la randonnée. »

Pas question pour les investisseurs de ne miser que sur le ski traditionnel. Le modèle, par manque de neige, avait précipité Puigmal dans le gouffre. La nouvelle station va être divisée en trois. D’abord, une zone ludique, point de départ du ski de randonnée et de la raquette, où l’on pourra faire de la luge et apprendre à skier, grâce à un fil mécanique. Une autre zone, plus classique, disposera d’un télésiège et trois téléskis, pour découvrir les hauteurs de Puigmal. « Il y en a pour tout le monde », poursuit l’entrepreneur. Une bleue, des rouges, des noires… « Mais le site est réputé pour avoir des pentes un peu costauds, avec des circuits dans les arbres. » Enfin, une dernière zone sera dédiée au free ride, sécurisée, mais entièrement libérée de toute infrastructure.

« Il y aura des jauges »

Le groupe Rossignol, acteur majeur de l’équipement pour les sports d’hiver, qui s’était engagé, en 2019, dans la création d'un projet pour les quatre saisons, est toujours de la partie. Il proposera des parcours de trail, de marche nordique ou encore de VTT.

A Puigmal, il y aura aussi des restaurateurs, à fond sur le circuit court, et un loueur de matériel. Mais « nous ne voulons pas de logements, c’est une zone préservée, qui est située sur un parc naturel », note l’investisseur, qui promeut un domaine « écoresponsable ». Et à Puigmal, c’est au cœur du projet, on ne patientera pas des heures devant les télésièges, promet Sébastien Marque. « Il y aura des jauges, confie-t-il. Il n’y aura pas plus de 1.500 skieurs par jour sur notre domaine. On ne veut pas que vous passiez quatre ou cinq heures à attendre. Ça surprend un peu tout le monde. Mais s’il y a trop de monde, on vous proposera de faire autre chose. On veut, bien sûr, quelque chose qui soit rentable. Mais on ne cherche pas la rentabilité à tout prix. »

L’investissement, cette année, est d’environ 1,5 million d’euros. Et de « plusieurs millions d’euros » sur 25 ans. Reprendre, sans argent public, une station de ski, le pari est osé. D’autant que des expériences similaires sont allées dans le mur. En 2018, la station de ski du Gaschney, dans les Vosges, avait notamment été contrainte de fermer, malgré de lourds investissements consentis par cinq associés. « Nous sommes confiants, sinon, on ne le ferait pas, reprend Sébastien Marque. C’est beaucoup d’argent de notre poche. On sait qu’il y a beaucoup de challenge. Mais on est sûrs que ça va marcher. »