NBA : « Il invente des tirs »… Stephen Curry ou la révolution du shoot à trois points

BASKET La star des Golden State Warriors a battu mardi face aux Knicks le record du nombre de tirs à trois points en NBA

Nicolas Stival
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Stephen Curry, vedette  d'un soir du Madison Square Garden.
Stephen Curry, vedette d'un soir du Madison Square Garden. — Mary Altaffer / AP / Sipa
  • Face aux Knicks, dans un Madison Square Garden en fusion, Stephen Curry a effacé des tablettes Ray Allen, en portant le record du nombre de tirs à trois points en NBA à 2.977.
  • Son père Dell, ancien spécialiste du tir longue distance, comme Ray Allen et Reggie Miller, lui aussi ancien recordman du genre, étaient présents.
  • Le meneur des Golden State Warriors (33 ans) a ajouté une nouvelle page à sa légende déjà riche de nombreux faits d’armes.

Il y a pire endroit que le Madison Square Garden pour écrire sa légende. Mardi, dans l’écrin des New York Knicks, Stephen Curry est officiellement devenu ce qu’il était dans les faits depuis un bail : le meilleur shooteur à trois points de l’histoire de la NBA. En inscrivant cinq tirs longue distance lors de la victoire de Golden State (96-105), le meneur des Warriors a porté la marque à 2.977 dans une ambiance (forcément) « à l’américaine », devant sa famille et les anciens recordmen de la spécialité, Reggie Miller (2.960) et Ray Allen (2.973).

Allen, le compteur bloqué depuis sa retraite en 2014, va désormais rétrécir petit à petit dans le rétro du triple champion de la Ligue qui, à 33 ans, n’a pas fini d’artiller dans tous les sens.

Avec son « petit » 1,88 m, Curry ne semblait pas parti pour un tel destin. « Pendant sa formation, il devait générer assez de force et il tirait depuis sa hanche, décrypte son entraîneur Steve Kerr, dans le San Francisco Chronicle. En vieillissant, il a haussé son tir. » Et changé la face de la NBA, où le shoot à trois points a pris une énorme place (démesurée, diront certains) depuis son avènement.



Le jour où il a lancé la machine

Le troisième a été le bon. Deux jours après un premier match en NBA à 14 points face aux Rockets, mais avec un seul panier à trois points tenté (et raté), puis après un nouvel échec en début de rencontre, Curry claque son premier tir longue distance à Phoenix. Ce 30 octobre 2009, à une minute de la fin du deuxième quart-temps, le gamin de 21 ans « amuse » la référence Steve Nash avant de marquer avec style. Dans l’axe, à 7,92 m du panier (la ligne de 3-points en NBA est à 7,23 m, et à 6,71 m dans les coins).

La défaite est large (123-101) pour Steph et son collègue français Ronny Turiaf, mais l’Histoire est en marche. Le commentateur sportif local Gary Bender, quasi-septuagénaire, s’enflamme pour « l’un des meilleurs tireurs naturels que vous verrez jamais sortir de l’université ». L’ancienne gâchette des Wildcats de Davidson, draftée en 7e position par les Warriors quelque temps auparavant, n’est décidément pas un « rookie » ordinaire.

Le jour où il s’est « raté »

157 matchs consécutifs de NBA en marquant au moins un panier à trois points. Cette série surhumaine s’est achevée le 4 novembre 2016, lors de la défaite de Golden State chez les Lakers (117-97). Ce jour-là, Curry signera un piteux 0/10 à longue distance.

Mais c’est quoi un champion ? Quelqu’un qui ne se déchire pas deux fois de suite. Trois jours après le fiasco, le natif d’Akron (Ohio), comme LeBron James, en enquillera 13 au cours du succès sur les New Orleans Pelicans (116-106), un record sur un match en NBA, qui ne sera battu que par son coéquipier Klay Thompson deux ans plus tard. Ancien grand joueur des années 1980-1990, Mark Price vantera l’« aptitude [de Curry] à inventer des tirs ». « Il est capable de tirer de la même manière, où qu’il soit sur le parquet. »

Le jour où il a épaté le monde

Difficile de choisir tant Curry a su se montrer spectaculaire au fil de ses déjà 12 années de carrière, malgré quelques blessures qui ont ralenti, mais jamais brisé, son élan. Pas plus tard que la semaine dernière, Curry a expédié un incroyable tir du milieu du terrain sur le buzzer, à la fin du premier quart-temps contre Orlando. L’un de ses sept shoots primés de la soirée, bouclée sur une large victoire (126-95) et 31 points personnels.

Mais on remontera au 28 février 2016 pour trouver encore plus marquant, avec cette tentative de près de 10 mètres, d’une pureté absolue, à 0,6 seconde de la fin des prolongations lors de la victoire des Warriors à Oklahoma City (118-121 a.p.). Cette année-là, les Cavs de LeBron James s’incrusteront dans le palmarès de la NBA, au milieu des trois titres de Golden State (2015, 2017, 2018). Mais Curry enchaînera un deuxième sacre comme MVP, en devenant le premier joueur à être élu à l’unanimité par les votants.

Le jour où il a « tué le père »

Vous voyez la famille Zidane ? Et bien chez les Curry, c’est l’inverse. Le fils aîné est meilleur que le père, qui n’était pourtant pas le premier venu. Le 10 mars 2017, « Baby Face » a dépassé les 12.670 points inscrits en phase régulière par le paternel Dell, ancien cador des Charlotte Hornets des années 1990. Sur un trois-points, lors d’une défaite des Warriors à Minnesota (103-102)...

Dell était lui aussi un tireur longue distance de renom, tout comme Steve Kerr, l’homme qui détient le meilleur pourcentage de réussite dans l’exercice à ce jour en NBA (45,4 %). « Je pense que tous les Curry, dans la lignée de Dell, tirent avec un rythme et une coordination œil-main excellents, souligne le coach des Warriors. C’est beau à voir. » Deux ans plus jeune que Stephen, Seth Curry évolue actuellement chez les Philadelphia Sixers. Dans l’ombre de son « grand » frère.

Le jour où il a tiré depuis le parking

Quand on est un extraterrestre, on ne s’entraîne pas comme un vulgaire humain. Le 5 décembre, pour s’échauffer dans son fief du Chase Center, avant la réception des San Antonio Spurs, Stephen Curry a tout simplement tiré depuis le beau milieu des gradins. Résultat ? Un « rainbow shot » parfait… Le match, avec un Steph maladroit (7/28 au tir, dont 5/17 à trois points), ne sera pas du même acabit, mais le monde retiendra l’exploit inutile plus que le succès des Spurs (107-112).

Les Warriors avaient aussi partagé un autre moment ahurissant en décembre 2020 : les 105 tirs à trois points d’affilée réussis par la vedette de la franchise à l’entraînement. Quand on vous dit que cet homme est un alien.