JO 2024: Deux rapports pointent des « risques d’atteintes à la probité » et de « conflits d’intérêts »
JEUX OLYMPIQUES•Selon l’agence française anti-corruption, le cadre mis en place pour organiser les prochains Jeux olympiques n’est pas « à la hauteur des enjeux et des risques encourus »N.C. avec AFP
Deux rapports de l’agence française anti-corruption (AFA) sur l’organisation des JO de Paris 2024 et dont l’AFP a pris connaissance pointent des « risques d’atteintes à la probité » et de « conflits d’intérêts », égratignant l’image des JO « exemplaires » voulus par le patron du Comité d’organisation Tony Estanguet.
Ces deux rapports initiaux livrés début 2021, dont le Canard Enchaîné avait déjà évoqué la teneur il y a près d’un mois, sont consacrés au Comité d’organisation (Cojo) lui-même et à la Solideo, la société qui doit livrer les ouvrages pour les Jeux, et doivent encore intégrer les réponses des deux organismes. « Il s’agit d’un "process" en contradictoire, et l’AFA fait son travail en collaboration avec les organisateurs », explique à l’AFP une source ayant connaissance du dossier.
Une charte d’éthique « trop imprécise »
Concernant le Cojo (3,8 milliards d’euros de budget), après avoir souligné sa bonne volonté à lutter contre les « atteintes à la probité », l’agence estime également que le cadre mis en place n’est pas « à la hauteur des enjeux et des risques encourus ».
Pour les inspecteurs, les procédures de gestion des conflits d’intérêts du Cojo sont « imprécises, incomplètes, insuffisamment respectées et contrôlées », avec une charte d’éthique rédigée de « façon trop imprécise » pour prévenir « le risque de prise illégale d’intérêts lors des départs de ses salariés vers le secteur privé ».
Saucissonnage et exemplarité
Ils estiment également que la procédure générale relative aux achats est « imprécise et incomplète », et soulignent qu’il existe « parfois des situations de potentiels conflits d’intérêts non maîtrisés ». Le rapport évoque notamment le cas d’un ancien directeur de campagne de candidature Paris 2024 ayant monté une société qui a obtenu un marché soupçonné par les inspecteurs d’avoir été « saucissonné », c’est-à-dire divisé pour que les montants échappent à l’obligation légale de publicité.
« Nous savons que nous sommes attendus sur l’exemplarité. Il y a certaines remarques de l’AFA qui nous semblent être sujettes à interprétation, par exemple nous ne sommes pas soumis en tant qu’association à l’ensemble des articles régissant le Code des marchés publics, a précisé à l’AFP le Cojo. Nous avons pris en compte toutes les recommandations formulées par l’AFA qui sont pertinentes pour nous. »
Dans le cas de la Solideo (3,2 milliards d’euros de budget), les auteurs du rapport doutent « que le dispositif de prévention et de gestion des conflits d’intérêts (…) soit pleinement efficace ». Là aussi, ils pointent une charte d’éthique rédigée « de façon trop imprécise pour permettre de prévenir le risque de prise illégale d’intérêts lors des départs de ses salariés vers le secteur privé », et évoquent un processus décisionnel « pas suffisamment transparent ».
Poursuites pénales après Rio et Tokyo
Pour les inspecteurs, « la maîtrise des risques d’atteintes à la probité n’a pas été érigée en objectif prioritaire par la Solideo ». « Nous avons répondu à ce rapport initial et en lien avec l’AFA, nous avons élaboré un plan d’action qui est actuellement mis en œuvre », a indiqué la Solideo à l’AFP.
Les inspecteurs, rappelant les poursuites pénales ayant frappé les présidents des comités olympiques brésiliens et japonais liées aux deux derniers Jeux d’été (Rio et Tokyo), observent également que « les risques d’atteinte à la probité sont fréquents dans le cadre des grands événements sportifs ».


















