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La trouille de la rouste, moteur du XV de France pour battre les All Blacks

France-Nouvelle-Zélande : La trouille de « prendre une rouste », le moteur éternel des Bleus pour battre les Blacks ?

RUGBYLes Bleus ont tout à craindre des Néo-Zélandais, croquemitaines touchés dans leur orgueil la déconvenue irlandaise. Mais cette « sainte trouille » peut aussi les aider à se dépasser.
Nicolas Stival

Nicolas Stival

L'essentiel

  • Avant le choc de samedi au Stade de France, la France n’a plus battu les All Blacks depuis 2009 en Nouvelle-Zélande. Et depuis 2000 à domicile.
  • Les Bleus ont concédé quelques défaites cinglantes, comme le 62-13 en quart de finale du Mondial 2015, qui peuvent forcément laisser craindre le pire.
  • Trois glorieux anciens, qui ont déjà battu les Blacks mais aussi connu des déconvenues, reviennent sur leurs rapports à ces monstres de l’ovalie.

«C’est pas vrai qu’ils vont nous les envoyer tout colère ». En exclusivité pour vous les abonnés, notre réaction à l’issue de la superbe victoire irlandaise sur les All Blacks samedi (29-20). Et puis on a revu notre jugement. Des joueurs « Tout Noir » remontés comme des broncos sauvages avant le match à Saint-Denis, c’est pile ce qu’il nous fallait pour raviver la « sainte trouille » de la branlée en mondiovision, traditionnel levier de motivation côté Bleu face à la Nouvelle-Zélande.

« C’est même le principal moteur, assure Fabien Pelous. Ce sont des matchs où tu peux vite être ridicule, ce qui n’est jamais très agréable. Quand tu joues les Néo-Zélandais, tu as fatalement peur de prendre une dérouillée. Et la peur de cette lourde défaite fait que tu es souvent plus concentré et tendu pendant la préparation du match. »

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L’ancien capitaine tricolore aux 118 sélections se rappelle en particulier d’un épisode bien humiliant. « Lors du match juste avant celui du centenaire [3-47 à Lyon, le 11 novembre 2006], après un énième essai, on tape le renvoi, ils organisent un ballon porté et on se fait emporter sur 40 mètres. Là je me dis : " on est ridicules ". On est chez nous, c’est une phase de combat collectif qui est le seul truc que tu peux opposer aux Blacks et c’est sur ça qu’ils nous prennent. »

« Quand ils peuvent te la mettre, ils te la mettent »

Autre glorieux ancien, Jean-Luc Sadourny se souvient d’une autre dégelée. « A l’été 1999, on fait une tournée dans les îles du Pacifique et on finit chez les Blacks, replace l’ex-arrière de Colomiers. On avait pris une belle rouste [54-7]. Il y a toujours un peu de peur, ils n’ont pas de pitié. Quand ils peuvent te la mettre, ils te la mettent. »

Passons maintenant au chapitre des souvenirs heureux puisque Pelous et Sadourny faisaient partie des deux derniers XV de France à avoir terrassé les « Tout Noir » à la maison, le 11 novembre 1995 à Toulouse (22-15) puis le 18 novembre 2000 à Marseille (42-33). Ça date, oui… Avant un nul et sept revers à la maison (série en cours), mais une semaine après une défaite (26-39 au Stade de France), les Bleus avaient donc estoqué les ogres du rugby mondial devant 60.000 supporteurs en fusion au Vélodrome.

Les bouchons du Vélodrome

« A cause des bouchons, on était arrivés à peine trois quarts d’heure avant le coup d’envoi, sourit aujourd’hui l’ancien 2e ligne du Stade Toulousain, qui a battu quatre fois la Nouvelle-Zélande, et donc participé à un tiers des 12 succès français, pour un nul (20-20 en 2002, toujours avec Pelous) et 48 défaites depuis 1906. Le temps de se changer, tu sors sur la pelouse, tu t’échauffes 20 minutes et puis feu ! Dans le car, il y avait beaucoup de frustration, tout le monde commençait à râler. Finalement, je me demande si ce n’était pas la meilleure méthode… »

Après 11 minutes de jeu, dont deux essais de Garbajosa et Magne, la France menait déjà 17-0. Un Titou Lamaison injouable (27 points à 100 % de réussite) fera aussi la diff' dans ce match que Sadourny (35 ans à l’époque) ne pensait pas jouer.

Sadourny, apôtre du « French Flair »

Six ans plus tôt, « Sadour » avait été l’un des héros de la victoire toulousaine contre la superstar Lomu et ses collègues, en aplatissant le premier des trois essais tricolores après une superbe course chaloupée au cours de laquelle il avait estourbi trois adversaires. « On les avait battus deux fois chez eux en 1994 [8-22 puis 20-23] et c’était la même équipe en 1995, témoigne l’auteur de « l’essai du bout du monde » lors du deuxième test de 1994 à l’Eden Park d’Auckland. Mais ils ne pouvaient pas se permettre de rentrer en Nouvelle-Zélande avec une nouvelle défaite. »

La troupe de Zinzan Brooke prendra une éclatante revanche une semaine plus tard au Parc des Princes (12-37). Comme quoi, même une génération dorée n’est jamais à l’abri d’une méchante rechute face aux compatriotes de Jane Campion et Peter Jackson.

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Le 15 novembre 1986, l’envie de vengeance était dans le camp français, au sortir d’une défaite frustrante des joueurs de l’impulsif sélectionneur Jacques Fouroux à Toulouse (7-19) face aux Blacks. L’intarissable pilier Jean-Pierre Garuet, 33 ans à l’époque, refait le match.

« « Avant le deuxième test à Nantes, on s’est rebellés comme à la guerre, avec le casque à pointe et la baïonnette au canon. Je me souviendrai toujours de ce coup d’envoi merveilleusement donné par Serge Blanco. On les a emportés jusqu’aux 22 mètres. On était prêts à tout. La première mêlée, on les renverse. Ça a été un match extraordinaire. Le meilleur que j’ai fait face à des super Blacks qui vont être ensuite champions du monde. » »

Cette victoire restera la seule de la décennie 1980 contre la Nouvelle-Zélande. De quoi entretenir une certaine psychose ? Pas trop le genre de la maison Garuet. « La peur de prendre une rouste ? Oui… Mais de là à les craindre, non, assène le Lourdais. Si on va avec la peur face au haka, ce n’est pas la peine d’y aller. Nous avions une équipe solide et on s’était rendu compte qu’en les secouant devant, ils étaient comme tout le monde. Il faut les défier en étant guerriers. Et une fois tous les 10 ans, on les bat. »

Une histoire de dents et de testicule

En revoyant les images de ce rendez-vous nantais, on s’étonne qu’aucun avertissement à destination du jeune public ne soit glissé en préambule. Le n° 8 néo-zélandais Wayne « Buck » Shelford y a laissé quatre dents, le scrotum et presque un testicule, et des rumeurs de dopage ont fleuri sur les ruines du champ de bataille de la Beaujoire. Les Blacks se vengeront d’ailleurs un an plus tard dans leur jardin de l’Eden Park d’Auckland, en dominant largement la finale de la première Coupe du monde (29-9).

A l’ère du VAR, il est impensable pour les Bleus de reproduire le scénario « mornifles et coups bas » cher au rugby à papa, samedi au Stade de France. « Les coups, ce n’est plus possible et c’est tant mieux, assure Garuet. Mais un pilier qui doit " sortir " son adversaire en mêlée, c’est toujours une leçon qu’on apprend, ça n’a pas changé. Collectivement, il y a toujours une question de force, il faut rivaliser. Les secouer, ça commence par la première ligne. Après, il faut hisser son niveau de rugby. Partir avec le pied au plancher et ne pas lâcher jusqu’à la fin. »

De l’engagement sinon rien

Fabien Pelous vient au relais de son aîné : « C’est toujours les meilleurs joueurs que tu as en face. Le but, c’est de les amener sur un jeu qu’ils maîtrisent moins, beaucoup plus direct, en mettant beaucoup d’engagement. Avec des façons de faire un peu différentes, selon les époques. Même si, avec la génération actuelle, on peut même rivaliser sur le plan du rugby. »

Tout en se rappelant que « la moindre erreur se paie cash » est un cliché aussi irritant que valable face aux triples champions du monde. Bref, tout en gardant une certaine trouille qui, bien canalisée, peut renverser ces montagnes noires. « Tout le monde a peur des All Blacks, mais je pense que les Blacks ont également peur des Français », juge Jean-Luc Sadourny. Colère noire contre peur bleue, on va en voir de toutes les couleurs samedi au Stade de France.