Droits TV : Jaume Roures élude « toute responsabilité de Mediapro » devant l’Assemblée nationale

FOOTBALL Le dirigeant du groupe qui n'a pas respecté son engagement de diffuseur la saison dernière était entendu ce jeudi par la mission d'information consacrée au fiasco des droits TV de L1

Julien Laloye
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Jaume Roures lors de sa conférence à Paris, le 21 octobre 2020.
Jaume Roures lors de sa conférence à Paris, le 21 octobre 2020. — JOHN SPENCER/SIPA
  • Jaume Roures a été auditionné par le député Cédric Roussel dans le cadre de la mission d’information sur le fiasco des droits TV de L1.
  • Le patron du groupe Mediapro a rejeté la faute la LFP et Canal +, sans jamais se remettre en cause.

Le grand méchant loup de retour dans la bergerie, et la gueule grande ouverte. Invité à s’exprimer devant la mission d’information sur les droits TV mandatée par l’Assemblée Nationale, Jaume Roures, comme rasséréné par le redressement financier du groupe Mediapro et son rôle médiatique de premier plan en tant que soutien et garant du président Laporta à Barcelone, ne l’a pas précisément joué profil bas.

Dans la salle 6242 du palais Bourbon, le dirigeant catalan nous a régalés de quelques passes d’armes savoureuses avec le député Cédric Roussel, le courageux rapporteur d’un dossier que la LFP aimerait enfin enterrer, et bien profond.

« Vous pensez toujours que je suis un voyou ? »

« Je suis là pour donner mes explications, pas pour être interpellé de cette façon, le concept de la démocratie, il faut l’avoir plus large », s’est ainsi exprimé Roures à la première interruption de Roussel, quand ce dernier lui demandait en gros d’écourter son propos liminaire qui frisait la soutenance de thèse. Voilà qui commençait bien. Ça s’est un peu calmé par la suite, mais sur le fond non plus, Roures n’a pas beaucoup fait de concessions au débat.

En gros, dans la lignée de ses arguments passés, il a tout mis sur le dos des différents acteurs : Canal, La LFP et l’État français, infoutu selon lui de faire voter la loi sur le piratage qui aurait pu ramener les abonnés égarés vers Téléfoot. Ah, et les clubs français, aussi, radins comme pas deux.

« Tout ce qu’on leur demandait après le covid et ses conséquences, c’était un rabais de 7 millions par club de L1. Ça veut dire que les joueurs, au lieu de se payer une Ferrari, ils se payaient une Maserati. En Espagne, plusieurs joueurs ont baissé leurs salaires pour sauver leurs clubs non ? On a fait plusieurs propositions de négociation qui ont été refusées, on a été critiqués en permanence, en partie parce qu’on était des étrangers, je pense. Ce n’est pas qu’on a jeté l’éponge, c’est qu’on n’a pas pu négocier. On a réussi avec l’Espagne, avec l’UEFA, mais seule la Ligue française n’a pas voulu discuter. »

Roures évoque ici la période pré-réconciliation à l’automne 2020, quand il pensait encore, selon ses dires, pouvoir faire le dos rond en réduisant un peu la facture. Longuement questionné sur la fameuse histoire de la garantie bancaire que n’aurait pas exigée la LFP, l’ancien trotskiste, prompt à donner du « Camarade » à Roussel de manière un peu désobligeante, s’est mué en professeur des universités un peu pédant. Mais il a tout de même concédé que son actionnaire chinois lui avait bien fourni cette garantie pour la transmettre à la Ligue italienne, qui avait finalement retoqué l’offre de Mediapro dans les mêmes eaux.

Mediapro voulait juste « négocier » avec la Ligue

« Ce que vous dites n’est pas exact, la garantie bancaire ça n’existe pas dans le foot. Je ne sais pas comment on dit en français, "connerie", c’est sans doute un peu fort. La tradition dans ce secteur, c’est de donner une somme à l’avance, chose que nous avons faite ici, en payant un mois avant la date. J’ai moi-même amené les garanties de l’entreprise-mère à la Ligue italienne, avec une lettre de confiance du cabinet KPMG, mais le patron de la Ligue a refusé », a détaillé Roures, tout en ajoutant avec délectation que ledit patron était un ancien salarié de Sky, le concurrent de Mediapro, et qu’il avait été démissionné de force pas longtemps après.

Voilà pour ce qu’on ne savait pas, car pour le reste, le bonhomme a répété qu’il ne voyait pas où il avait pêché. Le prix, 25 euros par mois pour la L1 et la C1 ? « Pas un problème, le business plan était consistant, la part de la TV payante en France était historiquement importante… On n’est pas des fous furieux qui font des offres économiques insensées. »

La difficulté de conclure des alliances avec les opérateurs, dont le rival Canal +, histoire de partager la note, alors ? « On s’est peut-être trompés à un moment, mais regardez l’attitude de Canal après la disparition du problème Mediapro. Ce n’était pas du chantage mais pas loin. Et au moment de l’accord avec Amazon, ils ont eu une réaction d’enfant gâté, alors qu’on parle de l’empire Canal. »

Canal pas épargné

Un peu désespéré, Roussel tentait jusqu’au bout d’arracher un petit aveu, ou quelque chose, mais Roures ne lâchait rien. « Je ne vais pas dire qu’on a tout bien fait, mais le résultat n’est pas de notre responsabilité. Je n’avais aucune obligation d’être ici ce matin, j’aurais pu rester à Barcelone. On le fait parce qu’on est des gens responsables. » Il en mettait même une petite à Roussel avant le cessez-le-feu définitif : « Ça veut dire que vous ne considérez pas que je suis un voyou, comme vous l’avez dit à quelques reprises ? » Les anciens salariés de Mediapro France, qui attendent toujours le règlement du PSE, ont bien un avis sur la question.