JO 2021 – judo : Dicko et Riner, une médaille de bronze qui a (presque) la même saveur

Tokyo Romane Dicko et Teddy Rnier venaient pour l'or, mais ils ont dû se satisfaire du bronze

Julien Laloye
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Teddy Riner et Romane Dicko médaillés de bronze
Teddy Riner et Romane Dicko médaillés de bronze — SIPA
  • Teddy Riner et Romane Dicko, engagés dans la catégorie reine, ont ramené une médaille de bronze au lieu de l'or espéré.
  • « Il ne faut pas cracher dessus », a seriné Riner à sa copine du PSG quand elle a chuté en demie, vaincue par l’immense expérience d’Ortiz.
  • Les deux athlètes tricolores, qui n'en sont pas du tout au même stade de leur carrière, ont vite digéré leur déception pour apprécier ce podium malgré tout.

De notre envoyé spécial à Tokyo,

Elle n’arrive pas à retenir ses larmes de joie quand on lui parle, presque une réaction épidermique. « Plus les gens viennent me féliciter, plus j’ai envie de pleurer », commente Romane Dicko. Lui est juste heureux, apaisé après une journée qui aurait dû être celle de la consécration éternelle. Teddy Riner est rigolard, même. « Mes enfants n’y verront que du feu sur la couleur ! Je n’ai qu’une envie, c’est de rentrer avec cette médaille et d’embrasser ma famille, mes amis… Vous savez j’étais venu pour l’or, je me suis vu avec, mais je me suis vu sans aussi, lâche le judoka. Une médaille de bronze olympique elle a son poids, elle fait plaisir. D’habitude je l’enlève, mais celle-ci, je vais la savourer parce que p…. Ça a été difficile ces dernières années, il a fallu s’arracher. Franchement elle est kiffante. »

« Il y a un moment ou ça devait arriver »

Il l’a même seriné à Romane Dicko, sa copine du PSG, quand elle a chuté en demie, vaincue par l’immense expérience d’Ortiz. « Il m’a dit : "Une médaille de bronze on ne crache pas dessus, j’ai commencé par ça ". J’en voulais une autre mais j’ai la médaille, c’est fait, je peux le cocher. Rendez-vous dans trois ans pour cocher l’autre ». Le même jour que Riner ?

On demande au judoka s’il se sent vieux et le géant venu de Guadeloupe nous envoie sur les roses gentiment : « Si j’avais fait cinquième j’aurais dit "oui", là je vous dis "non". J’ai connu l’or mondial, européen, il y a un moment où ça devait arriver. Il faut apprendre à perdre. Et malgré tout "mimiche" il est encore là. » Éclats de rire dans la petite zone mixte du Budokan. Et Paris alors, on reste sur un dernier bal à la maison pour décrocher ce troisième or olympique ? Teddy Riner s’adresse à Franck Chambily, juste à côté. « Ne me parlez pas de Paris, je ne veux même pas un coup de téléphone, tu fais quoi ou je ne sais pas quoi ! Là, c’est repos. On verra bien. »

Romane Dicko et Teddy Riner, le 30 juillet 2021 à Tokyo.
Romane Dicko et Teddy Riner, le 30 juillet 2021 à Tokyo. - Charly TRIBALLEAU / AFP

Romane Dicko, elle, a déjà donné rendez-vous en 2024. Elle n’a que 21 ans et se souvient encore de la prémonition d’Emilie Andéol à Rio, au cours d’un voyage organisé par le Randoris club de Villeneuve-le-Roi : « On avait passé toute la semaine au judo, se souvient Frédéric Blet-Charaudeau, le président. Romane venait de rentrer à l’Insep, les judokas de l’équipe de France la connaissaient, on avait fait plein de photos dès l’aéroport. Emilie l’avait reconnue juste après son titre olympique, elle s’était approchée et lui avait dit "la prochaine, c’est pour toi". » Ce qui s’appelle passer le témoin avec une certaine lucidité.

Les conseils de Thamgo pour Dicko

Il faut dire que la gamine gagne tout. Championne de France senior à 16 ans, du jamais vu. La précocité de Riner, les blessures en plus : le genou puis l’épaule, entre les deux olympiades. « Elle a eu besoin de soutien émotionnel, nous confie son célèbre cousin Teddy Thamgo, venu passer une tête au judo avant d’accompagner Rouguy Diallo au stade olympique pour les qualifs du triple saut. Quand on est jeunes, qu’on monte à toute vitesse et qu’on a des coups d’arrêts comme ça, on se pose des questions sur sa carrière. Moi, je connais ces moments-là, j’ai pu l’aider en homme de l’ombre quand elle a besoin. »

La dernière fois ? La veille au soir au village olympique : « Elle était relâchée et concentrée à la fois. Je lui ai dit de prendre l’initiative, d’envoyer la sauce. Des conseils simples. » Respectés presque à la lettre. Dicko, qui restait sur 14 victoires par Ippon, en enfile trois autres, butant seulement sur une légende de son sport. « Il m’avait dit "t’es en mission". Bon, elle a échoué à moitié, mais j’espère qu’il sera content quand même. » On n’a guère de doutes là-dessus.