JO Tokyo 2021: C’est pas possible, le BMX français est maudit aux Jeux olympiques

CYCLISME Tout en maîtrise en demi-finales, les trois riders tricolores se sont ratés lors de la course décisive, ce vendredi matin à Tokyo. Axelle Etienne a elle pris la 7e place chez les dames

Nicolas Camus
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Joris Daudet chute dans le dernier virage et laisse échapper la médaille de bronze lors des JO de Tokyo, le 30 juillet 2021.
Joris Daudet chute dans le dernier virage et laisse échapper la médaille de bronze lors des JO de Tokyo, le 30 juillet 2021. — José Méndez/EFE/SIPA
  • Tous les trois en grande forme lors des manches de qualifications, Sylvain André, Romain Mahieu et Joris Daudet ont terminé respectivement 4e, 6e et 8e de la finale du BMX vendredi matin aux JO de Tokyo.
  • Une énorme déception, notamment pour Daudet, qui a glissé tout seul dans le dernier virage alors qu'il tenait largement la 3e place. 
  • Les JO s'enchaînent et les Bleus, pourtant parmi les meilleurs mondiaux toute la saison, n'arrivent toujours pas à décrocher la première médaille de leur histoire chez les garçons. 

De notre envoyé spécial à Tokyo,

Toujours plus vite, plus haut, plus fort… dans la frustration. Les JO passent et le BMX français en sort à chaque fois plus meurtri. Trois finalistes ce matin chez les hommes après des demies où on n’a vu qu’eux en tête, une chez les femmes, et pas une médaille au bout. Avec en point d’orgue de cette désillusion la chute de Joris Daudet dans le dernier virage, alors qu’il tenait tranquillement la troisième place.

Le meilleur rider tricolore de l’histoire semble maudit aux JO. Multiple champion de France, deux fois champion d’Europe et du monde, triple vainqueur du seul circuit professionnel de la planète, disputé aux Etats-Unis, il a de nouveau échoué à décrocher une médaille. Sorti sur chutes en demi-finales à Londres et en quarts à Rio, il a cette fois glissé tout seul comme un grand, là où personne d’autre n’avait encore glissé, dans le tout dernier virage du tracé. Le bronze lui tendait les bras 50 mètres plus loin.

« Je savais que j’étais troisième, on regarde toujours devant pour essayer de rattraper les autres, mais je n’ai pas forcément pris de risques. Je ne peux pas dire exactement ce qu’il s’est passé, il faudrait que je revois la course », débriefait-il quelques minutes plus tard avec un calme assez bluffant pour quelqu’un qui venait probablement de vivre l’un des moments les plus durs de sa carrière. « C’est forcément une grosse déception, mais c’est le BMX, c’est la course, enchaîne-t-il, fataliste. C’est sûr qu’une médaille aurait été bien, mais c’est comme ça. Ce n’est pas ça qui fait mon palmarès, je suis content de ce que j’ai fait dans ma carrière. »

C’est sûr, mais quand même. Est-ce qu’il n’a pas la sensation d’être poursuivi par quelqu’un ou quelque chose qui n’a pas du tout envie qu’il monte sur un podium aux Jeux ? A sa place, on aurait déjà fait le tour de la terre trois fois à la recherche d’une poupée vaudou ou d’un truc dans le genre. « Maudit, oui et non, répond-il. C’est compliqué, c’est une course d’un jour, et on constate que le podium n’est jamais celui qu’on pense. Il y a toujours des garçons qui arrivent à faire des journées sorties de nulle part. Il faut savoir faire avec. »

Un peu plus tard, le directeur technique national, Christophe Manin, vient jusqu’à nous. Après la grosse claque du VTT féminin, il a du mal à se remettre de ce nouveau zéro pointé.

Je ne crois pas à la malédiction, mais… (il cherche ses mots). Joris, c’est une histoire difficile avec les JO, je suis très triste pour lui. On est la seule nation à mettre trois pilotes en finale, ça représente vraiment la performance du BMX français, qui est là, tout le temps, on a de très bons résultats en Coupe du monde et en grands championnats, mais ça ne veut toujours pas sourire aux Jeux. »

Bien sûr, le BMX est une discipline avec une part d’aléatoire, où un champion du monde peut sortir à n’importe quel moment à cause d’une petite erreur, d’un accrochage ou d’un pilote l’embarquant dans sa chute. C’est la loi du milieu. Dans cette finale, pas d’excuses. Les trois Français n’ont simplement pas réussi à sortir la course qu’il fallait.

« Il manque la petite étincelle »

Intouchable lors des trois runs en demi-finales, Romain Mahieu (6e) n’a jamais pu se remettre d’une première ligne droite chaotique. « C’est du BMX, on n’a pas chacun un couloir, comme en athlétisme, où chacun fait son truc, rappelle-t-il. On était trois, ce qui fait une grande chance de médaille, mais ça reste super aléatoire, il y a des choses qu’on ne peut pas contrôler. »

« Ça fait partie de notre sport, c’est ce qui le rend excitant », ajoute Sylvain André, finalement quatrième après avoir lui aussi pris du retard sur les deux premières bosses. Il faudra tout de même entrer un peu plus dans le détail pour tenter de comprendre où ça pêche à chaque fois. « On arrive bien préparés pourtant. Il manque le petit surplus, la petite étincelle », constate le DTN.

All-in sur la piste pour s’en remettre

Le débrief avec les athlètes et les entraîneurs apportera sans doute des éléments d’explication. Il n’y a pas que la malchance qui explique pourquoi ça ne tourne jamais pour les Bleus. « On ne va pas juger à l’emporte-pièce, sur de la tristesse et de la déception », fait savoir Christophe Manin, que l’on sent un peu abattu.

« Oui, oui, reconnaît-il. Je suis le garant de la performance de l’équipe de France. Je suis fier du travail accompli, mais je ne suis pas satisfait de mon travail en termes de résultats obtenus. On a raté de belles chances, mais il est important de garder la foi pour inverser la tendance. » Après la route, le VTT et le BMX, tous les espoirs du cyclisme français reposent désormais sur la piste.