JO Tokyo 2021 : Comment le BMX a évolué pour arrêter les carnages sur la piste

JEUX OLYMPIQUES Discipline olympique depuis 2008, le BMX n’a pas forcément renvoyé l’image souhaitée à Pékin, Londres et Rio, avec de très (trop ?) nombreuses chutes qui ont pollué la compétition. Elle a tenté d’y remédier en préparant ces Jeux de Tokyo

Nicolas Camus
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Les quarts de finale de la compétition de BMX des JO de Tokyo ont eu lieu jeudi 29 juillet à Ariake.
Les quarts de finale de la compétition de BMX des JO de Tokyo ont eu lieu jeudi 29 juillet à Ariake. — Keita Iijima/AP/SIPA
  • Le BMX a fait son entrée dans ces Jeux de Tokyo jeudi, avec les quarts de finale hommes et femmes.
  • Contrairement aux trois éditions auxquelles la discipline a participé auparavant (Pékin, Londres et Rio), peu de chutes ont marqué cette première journée.
  • Tout sauf un hasard. Après une édition très critiquée au Brésil, le CIO et l’UCI se sont mis d’accord pour faire évoluer le tracé des pistes et minimiser les risques de carnage.

De notre envoyé spécial à Tokyo,

Le BMX, ses départs à fond les ballons, ses strikes dans le premier virage, ses chutes violentes à la réception des bosses, ses… STOP. On arrête tout de suite. Vous ne l’avez peut-être pas remarqué, mais le BMX a changé. Trop de carnages, trop de blessures graves et de carrières brisées. Apparue au programme olympique à Pékin, en 2008, la discipline a trouvé ses limites à Rio. Si elle entend bien sûr conserver le côté spectaculaire qui fait son charme et sa réputation, elle a entrepris ces dernières années un petit toilettage, au moins pour la vitrine que constituent les Jeux.

Si vous avez jeté un œil aux qualifs jeudi, vous aurez sûrement constaté que c’est beaucoup moins tombé que d’habitude. Une fluidité qui a profité aux Français, malheureux il y a quatre ans. Joris Daudet, Sylvain André et Romain Mahieu ont validé sans sourciller leur billet pour les demi-finales, ce vendredi (3 heures, la finale à 4h40). Côté dames, Axelle Etienne en sera aussi, mais pas Manon Valentino. Pas de carambolage en cause pour la finaliste de Rio, elle n’était tout simplement pas dans le coup.

Cet assagissement – relatif – était indispensable pour le développement du BMX. On rembobine. Lors du test event avant Rio, en 2015, les riders osent, pour une fois, exprimer leur mécontentement. Ce n’est plus une piste mais un abattoir. « Nous ne devrions pas avoir à courir sur des tracés comme ça », tonne notamment le Britannique Liam Phillips, double vainqueur de la Coupe du monde. Son concepteur, l’Américain Tom Ritzenthaler (qui avait aussi dessiné les pistes de Pékin et Londres), prend la mouche.

« Je trace des pistes avec beaucoup de sauts, ce que certaines personnes n’aiment pas, peut-être parce qu’elles ne savent pas bien les négocier, réagit-il, vexé. Je voulais élever ce sport à de nouvelles altitudes, avec des sauts plus gros et des pistes plus rapides. » Le grand manitou du track design, s’il a beaucoup fait pour la discipline à ses débuts, vient de rater le virage décisif. Les athlètes veulent voir leur sport évoluer, mais pas dans le sens d’un jeu de plus en plus dangereux avec les limites.

Un Français au tracé

La piste olympique est finalement rabotée, mais ça n’empêche pas le grand n’importe quoi. Les quatre Français engagés passent à la trappe sur chute, et ce ne sont pas les seuls. Liam Phillips, visionnaire, termine à l’hôpital. « Avec des tracés toujours plus accidentogènes, on est en train de se tirer une balle dans le pied et de perdre notre crédibilité », lâche après la compétition Vincent Jacquet, le directeur technique national du cyclisme français. Il n’est pas le seul dirigeant à faire ce constat.

Message entendu. L’Union cycliste internationale (UCI) prend le problème à bras-le-corps et au moment de choisir qui s’occupera du tracé pour Tokyo, une commission spéciale est mise sur pied. Chaque prétendant doit venir y exposer sa vision du BMX et du chemin qu’il devrait emprunter. Finalement, c’est un Français qui remporte l’appel d’offres : Thomas Hamon, ancien membre de l’équipe de France de 2003 à 2012 et fondateur de l’entreprise Protracks après sa retraite sportive.

Thomas Hamon (à gauche), el concepteur français de la piste olympique.
Thomas Hamon (à gauche), el concepteur français de la piste olympique. - T. Hamon

Son passé lui a permis de bien cerner les enjeux. L’UCI et le comité d’organisation tokyoïte lui font confiance, et lui soumettent un cahier des charges précis. Hamon nous en donne les trois principaux points :

  • Diminuer la vitesse : « Ils ne voulaient pas de dénivelé sur la piste, entre le bas de la rampe de départ et l’arrivée. A Rio, il y avait une dizaine de mètres, toute la piste était en descente, forcément cela génère une plus grande vitesse. A Londres et Pékin, c’était pareil. »
  • Diminuer la probabilité de chutes : « C’est impossible de dire qu’il n’y aura pas de chute, c’est un sport avec une part d’aléatoire. En revanche, on met toutes les chances de notre côté pour qu’il y en ait moins. Donc avec des lignes de droite un peu plus longues, et des bosses conçues de manière qu’on puisse les passer avec tout le panel technique, pas juste du saut. Avant, sur les pistes de grandes compétitions, ce n’étaient que des sauts à réussite obligatoire. Là, la piste offre différents moyens de se relancer. »
  • Une meilleure considération des féminines : « A Pékin, Londres et Rio, c’était quasiment deux pistes intégrées en une seule avec toutes les lignes qui se divisaient. Là ce n’est pas le cas, 75 % de la piste est identique, et même les 25 % restants, il n’y a pas grande différence. Tokyo et l’UCI ont beaucoup insisté. Donc les bosses vont être un peu plus faciles pour les garçons et un peu plus dures pour les filles. »

L’idée générale, en résumé : « Eviter les carnages, rendre les choses fluides, à disposition du grand public », dit le Calaisien, champion du monde en 2008. Qu’en pensent les principaux intéressés ? Que du bien, a priori. « La piste est moins impressionnante et un peu plus longue, moins susceptible de provoquer des chutes. C’est pas plus mal », estimait Sylvain André avant de se lancer dans la compétition. « Elle n’a rien de très compliquée mais elle est exigeante, ajoutait Joris Daudet. On va pouvoir se doubler, tenter de choses. C’est une piste vraiment top pour événement comme celui-ci. »

Joris en plein saut.
Joris en plein saut. - Ben Curtis/AP/SIPA

La première journée sur la piste d’Ariake a été conforme aux attentes suscitées. Sans enlever non plus toute part d’aléas, ce qui est de toute façon impossible, les runs ressemblent un peu moins à une loterie géante. Récompenser davantage le pilotage était également une ambition après laquelle le BMX courrait. « Moi, mon but est que celui qui passe la ligne en premier soit le meilleur, à tous points de vue : technique, puissance, endurance », rappelle Thomas Hamon.

Vendredi, il ne manquera pas un grand nom de la discipline dans le portillon de départ. Chez les hommes, l’Américain Connor Fields, champion olympique en titre, les Néerlandais Niek Kimman et Twan van Gendt et le Suisse David Graf seront à la bagarre avec les Français. Côté dames, la patronne Mariana Pajon visera un troisième titre d’affilée après avoir survolé les tours de chauffe. Ça aussi, ça fait partie du spectacle.