JO Tokyo 2021: Comment Pauline Ferrand-Prevôt s’est remise de son traumatisme de 2016

VTT La Française, qui avait quitté Rio en larmes il y a cinq ans, est en quête du seul titre qui manque à son palmarès

Nicolas Camus
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Pauline Ferrand-Prévôt lors des Mondiaux 2019 de VTT.
Pauline Ferrand-Prévôt lors des Mondiaux 2019 de VTT. — Alex Broadway/SWpix.com/REX/SIPA
  • Pauline Ferrand-Prévôt et Loana Lecomte représentent deux belles chances de médaille ce mardi en VTT aux Jeux olympiques de Tokyo.
  • La première, au palmarès long comme le bras, s’est préparée de longue date pour remporter le seul titre qui lui manque.
  • Elle tient également à effacer le souvenir de Rio, où elle a connu l’expérience la plus douloureuse de sa carrière.

De notre envoyé spécial à Tokyo,

Un discours qui transpire la revanche et, surtout, les leçons de l’expérience la plus douloureuse de sa vie de sportive. Pauline Ferrand-Prévôt est arrivée au Japon avec une seule idée en tête : effacer ce mardi le souvenir de Rio, où elle était complètement passée à côté. Forte de sa triple couronne de championne du monde (route en 2014, cross et VTT en 2015) mais diminuée par moult pépins, elle avait « explosé en vol », selon les mots du DTN de l’époque Vincent Jacquet. Vingt-sixième de la course en ligne et contrainte d’abandonner quelques jours plus tard en VTT, elle était repartie en pleurs, dans un état de dépression avancé. « Le vélo était ce que j’aimais le plus faire, mais c’est devenu mon plus grand cauchemar », avait-elle lâché quelques jours plus tard.

Cinq ans après, et heureusement, le diagnostic a été posé. « C’est dans les défaites qu’on apprend le plus, et c’est sûr que j’ai beaucoup appris dans celle-là », fait remarquer la Rémoise en maniant la litote. Elle dont la grande force résidait dans sa polyvalence a fait des choix. Exit la route et le cyclo-cross, tout pour le VTT, « la discipline que finalement j’aime le plus », assume-t-elle aujourd’hui. « L’ambiance, le format de course, tout ce qu’elle m’apporte au quotidien… C’est celle dans laquelle je prends le plus de plaisir. »

L’émergence d’une (autre) grande favorite… française

Autre enseignement, « tout mettre en place pour être à 100 % le jour-J ». A dessein, elle a donc axé ces deux dernières années sur ce seul objectif olympique, et la voilà au départ gonflée à bloc. « J’arrive ni blessée ni malade, rassurée sur mon état de forme. C’est une première victoire en soi, raconte-t-elle en écho à ses doutes avant l’envol pour le Brésil. Ces JO, c’est mon but ultime, le seul titre qui manque à mon palmarès. C’est celui que je veux le plus. »

Sur ce chemin vers Tokyo, PFP a dû également lutter contre cette envie quasi irrépressible de tout gagner. Il a fallu apprendre à aborder certaines courses comme des étapes plutôt qu’à des fins en soi. Et même renoncer à en disputer d’autres. « Faire des impasses, ce n’est pas facile car parfois on aimerait bien se rassurer sur son état de forme en gagnant une course, pour pouvoir se dire qu’on ne s’entraîne pas pour rien, explique-t-elle. Il faut se persuader que le travail paiera, ça nécessite une grande confiance en soi. C’est dur mais j’y arrive, grâce à mon expérience. »

Elle lui sert aussi à ne pas trop gamberger face à la montée en puissance d’une grande rivale, sans doute sa plus grande à Tokyo… qui se trouve être sa coéquipière, Loana Lecomte. Car la nature a horreur du vide, et pendant que la championne du monde 2019 et 2020 lâchait un peu la rampe pour se concentrer sur les Jeux, la jeune Haut-Savoyarde en profitait pour débouler comme une comète chez les grandes. Championne du monde espoirs l’an dernier, elle roule sur la concurrence depuis le début de saison avec quatre victoires en autant de manches de Coupe du monde disputées.

A même pas 22 ans, Lecomte dégage une impression de facilité affolante. La voilà propulsée grande favorite pour le titre, en tout cas par Ferrand-Prévôt, peut-être pas mécontente non plus de décharger une partie de la pression sur d’autres épaules que les siennes. « Comme à chaque course, on remet les compteurs à zéro », balaye la benjamine, aussi imperturbable face caméra que sur son vélo.

Chacune pour soi ?

Derrière ce petit jeu, la question est surtout de savoir si une course d’équipe est envisageable au sein d’un attelage composé des numéros 1 et 2 mondiales. PFP répond par l’affirmative. « Pour ma part, on ne va pas se tirer dans les pattes. On a tout intérêt à bien s’entendre, à courir ensemble si possible plutôt que rouler l’une sur l’autre », dit-elle. A voir tout de même ce que ça donnera dans le feu de l’action, si l’une doit se résoudre à laisser partir l’autre pour ne pas ramener la meute alors qu’elle se sent les cannes pour le faire.

Publiquement, le staff reste neutre. L’unique but est de « ramener la médaille de la plus belle des couleurs », dixit le DTN Christophe Manin. « De toute façon, on l’a vu cette année, Loana est au-dessus du lot. Elle fait ce qu’elle veut sur le vélo, donc pas sûr qu’elle ait besoin de moi pour gagner », ajoute Ferrand-Prévôt. Des paroles qui peuvent sonner comme un renoncement. Honnêtement, on vous conseille de ne pas vous y fier.