Roland-Garros : Après le fiasco des grands, les juniors français signent un carton historique

TENNIS Arthur Fils, Giovanni Mpetshi Perricard, Sean Cuenin et Lucas Van Assche se sont qualifiés jeudi pour les demi-finales du tournoi juniors, une grande première pour le tennis français

Nicolas Camus

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Arthur Fils, 16 ans, est l'un des quatre français qualifiés pour les demi-finales de Roland-Garros juniors en 2021.
Arthur Fils, 16 ans, est l'un des quatre français qualifiés pour les demi-finales de Roland-Garros juniors en 2021. — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

A Roland-Garros,

Il fallait que ça arrive cette année, évidemment. Une semaine après le déclenchement du plan Orsec pour sauver le tennis français, quatre juniors garçons ont signé un exploit retentissant, ce jeudi, en se qualifiant pour les demi-finales de Roland-Garros. Ils s’appellent Arthur Fils, Giovanni Mpetshi Perricard, Sean Cuenin et Lucas Van Assche. Quatre Français dans le dernier carré Porte d’Auteuil, c’est une première historique. Et un signal qui prend une tout autre ampleur vu le contexte.

Ces débats sur le sombre avenir tricolore, les jeunots n’y ont pas prêté attention. Enfin, pas trop. « On a entendu des choses, mais personnellement, je passe au-dessus de tout ça, assure Arthur Fils. On a eu une invitation pour jouer les qualifs [du tableau senior], on était plutôt concentrés là-dessus et ensuite on est passés à notre tournoi. » « J’étais déjà très stressé avant le début du tournoi, je n’avais pas besoin de m’énerver encore plus, embraye Giovanni Mpetshi Perricard. On dit que le tennis français va mal, mais chez les juniors ça marche plutôt pas mal non ? »

S’ils se sentaient capables de tout, les frenchies n’étaient pas prédestinés à une telle razzia. Classés 8e, 12e, 18e et 19e mondiaux, ils ne survolent pas leur catégorie. Et pour cause, trois d’entre eux (Fils, Cuenin et Van Assche) ont un an d’avance. « On en avait parlé, on s’était dit qu’il fallait qu’on aille le plus loin, jusqu’à ce qu’on se joue, raconte Fils, le plus jeune de la bande (pour quelques mois) du haut de ses 16 ans. Chacun y croyait dans son coin, mais collectivement on ne pouvait pas imaginer ça. »

Cela fait tout de même quelques mois qu’ils écument les tournois futurs chez les grands, avec quelques performances notables par-ci par-là. Fils a par exemple éliminé Bernard Tomic (en perdition certes mais ancien top 20 quand même) au premier tour des qualifications Porte d’Auteuil. L’émulation joue à plein. « On se connaît tous très bien, on a fait beaucoup de tournois ensemble ces dernières années. Il n’y a pas de pacte entre nous, mais on a envie d’aller très loin », fait savoir Van Assche.

Plutôt Monfils ou Blancaneaux ?

Aujourd’hui, ils vivent « un rêve » en se retrouvant en demi-finales. « On va profiter, mais demain matin il n’y aura plus de sourire sur les visages », lance Mpetshi Perricard. Car si belle soit cette histoire, il n’y en aura qu’un qui succédera au palmarès à Geoffrey Blancaneaux, dernier vainqueur français dans la catégorie, en 2016.

Et ensuite ? La question brûle les lèvres, mais il ne faut pas en faire de même avec les étapes. Si les exemples de Gaël Monfils et Richard Gasquet,​ également vainqueurs ici, sont inspirants, le début de carrière senior de Blancaneaux l’est un peu moins. Impossible de prévoir de quoi l’avenir sera fait. « Je pense qu’on aura une belle génération, brillante, on joue tous bien, juge Fils. On peut parvenir au top 100 dans deux ou trois ans, et après on verra. »

« J’espère que grâce à nous on pourra oublier un peu ce tournoi difficile des Français et se dire que le futur du tennis français est intéressant », note pour sa part Van Assche, dont l’assurance tranche avec sa tête très juvénile. L’adolescent, qui se connaît « beaucoup de qualités » et « peu de défauts » sur le court, veut vivre une carrière sans regrets, où il aura « exploité tout [son] potentiel ». « Mon plus grand rêve serait de gagner un Grand Chelem, et pourquoi pas Roland-Garros », dit-il. Rassurez-vous, le tennis français bouge toujours.