JO de Tokyo : Le Japon « piégé » et des Jeux qui ont « perdu leur sens » selon un membre du comité olympique nippon

SPORT Une ancienne judoka médaillée olympique n’est pas tendre avec le CIO ou les autorités japonaises. Elle est aussi fataliste

20 Minutes avec AFP

— 

Hidemasa Nakamura, l'un des responsables de l'organisation des Jeux olympiques de Tokyo, le 28 mai 2021 lors d'une conférence de presse.
Hidemasa Nakamura, l'un des responsables de l'organisation des Jeux olympiques de Tokyo, le 28 mai 2021 lors d'une conférence de presse. — Franck Robichon Pool / Sipa

Malgré la situation sanitaire et l’opposition d’une majorité des Japonais, les Jeux olympiques de Tokyo doivent commencer dans sept semaines. Reportés l’an dernier pour cause de Covid, ils auront bien lieu du 23 juillet au 8 août, martèlent les instances olympiques, les organisateurs et le gouvernement nippon.

« Je pense que nous avons déjà manqué l’occasion de les annuler », estime l’ancienne judoka et membre du comité olympique japonais Kaori Yamaguchi, dans une tribune publiée par l’agence Kyodo. « Nous nous sommes retrouvés piégés dans une situation où nous ne pouvons plus rien arrêter maintenant », juge la médaillée de bronze aux JO de Séoul en 1988. Avant d’ajouter : « les Jeux ont déjà perdu leur sens et sont maintenus juste parce qu’il le faut. »

L’ancienne sportive critique l’attitude du gouvernement japonais, du comité d’organisation de Tokyo-2020 et du Comité international olympique (CIO), qui « semblent vouloir éviter le dialogue ». « Est-ce que les JO n’étaient pas censés être un festival de paix ? » demande-t-elle. « L’inverse de la paix, c’est une approche dure et obstinée consistant à dire "les gens sont peut-être contre, mais ils changeront d’avis quand les Jeux commenceront". » « Le CIO semble penser que l’opinion publique au Japon n’est pas importante », regrette Kaori Yamaguchi.

Une opinion publique hostile

Selon de multiples sondages, la population japonaise est majoritairement contre la tenue des Jeux cet été, redoutant que l’événement n’aggrave la situation sanitaire, alors que 10 des 47 départements de l’Archipel restent soumis à un état d’urgence. Le vice-président du CIO, John Coates, a déclaré le mois dernier que les JO auraient lieu même si Tokyo devait être sous le régime de l’état d’urgence.

La campagne de vaccination au Japon, démarrée en février, a été très critiquée pour sa lenteur. Bien qu’elle montre des signes d’accélération ces derniers jours, 3 % seulement de la population japonaise a reçu ses deux doses de vaccins. Le principal conseiller médical du gouvernement nippon, Shigeru Omi, a prévenu vendredi le Parlement japonais que le pays devrait éviter d’organiser les Jeux si l’état d’urgence était prolongé au-delà du 20 juin. Bref, ces JO covidés s’annoncent très particuliers.