« C’était devenu mon entraînement quotidien »… Pourquoi le footballeur Paul Lasne s’est mis à l’écriture

FOOTBALL Le milieu de terrain du Stade Brestois publie « MurMures », un recueil de textes courts rédigés pendant le premier confinement

Camille Allain

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Le milieu de terrain du Stade Brestois Paul Lasne va publier son premier livre, un recueil de textes courts écrits lors du confinement.
Le milieu de terrain du Stade Brestois Paul Lasne va publier son premier livre, un recueil de textes courts écrits lors du confinement. — P. Lasne
  • Paul Lasne a profité du confinement de mars et de l’arrêt du championnat pour se mettre à l’écriture.
  • Le milieu de terrain du Stade Brestois publie « MurMures », un recueil de textes courts rédigés pendant le premier confinement.
  • Le footballeur y raconte avec poésie son quotidien confiné auprès de sa femme et de ses deux jeunes enfants.

« Aujourd’hui, dans les méandres du rayon bio, une rumeur se faufile, entre deux pots de sauce tomate. Le confinement serait pour demain. Un mot d’effroi. Je traverse les stands et s’y greffe une angoisse de fin du monde, sous la vitrine du charcutier entre deux jambons, ou sur toutes ces écailles reluisantes et ces chairs nacrées chez le poissonnier. Ma grille à roulettes s’emballe, je dérape devant le couloir des plaisirs, m’empare d’une tablette de chocolat, à l’affût de réconfort dans cette tension qui monte. » Au moment où il a écrit ses mots, Paul Lasne était loin de se douter qu’ils seraient un jour publiés. Ce jour de mars, le footballeur du Stade Brestois découvrait comme toute la France qu’il devrait s’astreindre à un confinement strict. Témoin d’une scène de chaos au supermarché, il ne pourra s’empêcher d’en coucher quelques mots sur papier à son retour chez lui.

Dix mois plus tard, le milieu de terrain formé aux Girondins de Bordeaux a retrouvé le chemin des stades et recevra le Stade Rennais pour un derby sans public ce dimanche à 13 h. Dans quinze jours, il jouera sur un autre terrain pour défendre son premier ouvrage, intitulé MurMures. Au détour de 37 textes courts, il retrace sa vision très personnelle d’un confinement passé dans sa maison de Brest avec sa femme Laura et ses deux enfants Louise et Victor, âgés de 3 et 4 ans. « Avec eux, les journées étaient intenses mais tous les jours, je prenais une heure trente pour écrire, quand ils étaient à la sieste. C’est pour ça que les textes sont courts. »

Privé d’entraînement et de match, il se prend d’amour pour cette nouvelle activité. « C’est devenu une habitude, c’était devenu mon entraînement quotidien », explique le milieu de terrain. Très vite, Paul Lasne comprend qu’il nourrit l’envie d’en faire un livre. Son père, écrivain, lui ouvre la porte de sa petite maison d’édition Le Tiers Livre. « Il n’est pas du tout intervenu sur le fond. Ce livre, il m’appartient », corrige d’emblée l’ancien joueur de Montpellier.

« On est souvent assimilés à des joueurs de Playstation »

Avec son écriture léchée et sa récente passion pour la littérature, Paul Lasne a bien conscience qu’il tranche avec l’image habituelle du footballeur. Il assume et défend son milieu, comme il le fait chaque week-end sur les pelouses de Ligue 1. « C’est sûr que je ne vais pas là où on attend les joueurs de foot. On est souvent assimilés à des joueurs de Playstation. Il y en a beaucoup, notamment chez les jeunes. Je l’ai été, mais en grandissant, on évolue, on change. Je connais plein de joueurs qui ont leur passion en dehors du foot mais personne n’en parle », explique le joueur qui fête ses 32 ans ce samedi.

Dans son ouvrage, Paul Lasne se plaît à décrire avec poésie ses petites activités du quotidien. Le puzzle, le footing en forêt, sa première expérience comme coiffeur ou les performances de ses enfants sur leur draisienne. Cette nouvelle passion pour l’écriture et ce confinement forcé ont visiblement changé son regard sur la vie et sur son sport. « Le stress m’habitait, avec ses aiguilles qui tournaient sur mon poignet, la pression du métier, de la tête aux pieds, la performance à rechercher chaque jour et j’en oubliais par là les plaisirs essentiels », écrit-il dans sa nouvelle intitulée Introspection. « C’était difficile de se sevrer de l’adrénaline des matchs car c’est comme une drogue. Tous les footballeurs l’ont. Mais cette pause imposée m’a permis de souffler, de prendre du recul, de voir où était l’essentiel. »

En fin de contrat mais sans stress

Pour aborder les matchs, Paul Lasne a la sensation d’être « plus libéré ». « Ça n’empêche pas la performance mais ça permet de prendre une hauteur de vue ». En fin de contrat en juin, le milieu Brestois ne sait toujours pas s’il poursuivra sa carrière dans le Finistère. « Je ne préfère ne pas regarder trop loin parce qu’on ne sait pas où l’on va ». Dimanche, il prendra la direction de Francis Le Blé. Concentré, mais apaisé.