VIDEO. Coronavirus : Après les annonces de Macron, la ruée dans les supermarchés

RAYONS VIDES Depuis le début de l’épidémie du coronavirus, la peur d’une pénurie se fait sentir. Les mesures annoncées par le président de la République ont ajouté à l’angoisse des consommateurs

Romarik Le Dourneuf

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Un rayon de supermarché de Villiers-sur-Marne le 13 mars 2020.
Un rayon de supermarché de Villiers-sur-Marne le 13 mars 2020. — M. Bureau /AFP
  • Jeudi soir, Emmanuel Macron a annoncé diverses mesures au sujet du coronavirus. Parmi elles, la fermeture de toutes les écoles et des incitations au télétravail.
  • Les supermarchés voient défiler les consommateurs, qui craignent une pénurie de denrées alimentaires et de ne pouvoir sortir pour faire leurs courses.
  • Mais les professionnels se veulent rassurants quant aux stocks dont ils disposent. Ils insistent sur le fait que si des rayons sont vides, ils seront très vite remplis.

« Le site internet du drive ne fonctionne plus », « On se croirait en temps de guerre », « Il n’y a plus rien, plus de pâtes, plus de riz, plus de papier toilette ». Depuis le début de l’épidémie du coronavirus, la crainte d’une pénurie flottait dans l’air. Et est devenue un peu plus réelle ces dernières heures.

Les images se multiplient sur les réseaux sociaux : rayons vides, queues interminables à la caisse, caddies au bord de l’implosion… Depuis les annonces télévisées d’ Emmanuel Macron au sujet du coronavirus, jeudi soir, beaucoup se ruent dans les supermarchés pour stocker des denrées alimentaires et autres produits de première nécessité.

Le drive qui explose

« Depuis quelques semaines, nous avions constaté des volumes de ventes anormaux mais gérables, explique Thierry Desouches, porte-parole du groupe Système U. Mais depuis le discours de jeudi soir, on constate un afflux très important. » Une hausse inhabituelle, au point de mettre à mal le serveur informatique de gestion des commandes, selon lui. « Quelques minutes après la fin du discours du président de la République, le nombre de connexions sur notre site de drive a fait sauter le serveur. »

Des commentaires sur Twitter témoignaient ce vendredi matin d’un problème similaire chez E.Leclerc. Pour l’économiste du Credoc Pascale Hebel, ce n’est pas une surprise : « On sentait monter une angoisse depuis 24 heures et l’annonce de la prise de paroles d’Emmanuel Macron. » Thierry Desouches (Système U) abonde : « Le coronavirus était dans les esprits, mais les mesures du Président ont été une piqûre de rappel sur les possibles conséquences d’une telle crise. » Il ajoute : « Avec les demandes exprimées hier, les gens réalisent qu’ils vont devoir se faire à manger – pour ceux qui télétravaillent –, au lieu de manger dehors, et surtout nourrir les enfants qui n’iront plus à la cantine. »

« On voit les autres acheter, alors on imite »

Il y a également un effet de mimétisme, explique Pascale Hebel : « Les gens ont vu les Australiens ou les Américains se jeter sur les denrées, alors ils se disent qu’ils devraient faire pareil. C’est la même chose pour le choix des produits. On voit les autres clients acheter des pâtes et du riz, alors on imite. C’est même assez rationnel. »

La situation pourrait-elle alors dériver vers un rationnement, comme cela a notamment été mis en place par Tesco en Angleterre ? Pour Thierry Desouches, la réponse est non : « Ce serait compliqué, il faudrait des personnes pour gérer cela et de la sécurité, les clients pourraient vite s’énerver. » Et la situation outre-Manche n’est pas la même. « Les Anglais ont un secteur agroalimentaire très modeste, ils se sont tournés depuis longtemps vers l’import pour ce secteur. Ce n’est pas notre cas », explique Pascale Hebel.

Des ruptures, mais pas de pénuries

Les professionnels du secteur ne cessent de le répéter : « Il n’y a pas de risque de pénurie. » Tout d’abord parce que les distributeurs ont anticipé la crise. Une collaboratrice d’un groupe de grande surface l’assure : « Comme pour les situations difficiles, la canicule par exemple, nous avons surcommandé et remplis les stocks. Et même avec cela, nous n’avons toujours aucun problème d’approvisionnement, ni de transport. » Jacques Creyssel, délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution, expliquait cette semaine sur RMC : « Ce sont des achats de précautions […], sans doute de manière excessive, mais il y a des stocks sur tous les produits en question. »

Même son de cloche chez Système U. « Nous attendons de voir la vague qui va arriver ce week-end, mais il n’y aura pas de pénurie, affirme Thierry Desouches. Avec les excès d’achat, le marché se tend et on peut se retrouver avec des ruptures, c’est ce qu’on constate avec les rayons vides. » Il insiste sur la différence entre rupture et pénurie : « Les achats peuvent dépasser les possibilités de stockage des magasins, mais ceux-ci sont réapprovisionnés par les centrales d’achats, qui elles sont pleines. »

« Nous disposons de tout ce qu’il faut »

Vraiment pas de crainte à avoir, donc ? « Hormis quelques produits qui viennent de Chine ou d’Italie, nous disposons de tout ce qu’il faut », note l’économiste du Credoc Pascale Hebel.

Le pain ? « Nous ne manquons pas de blé ». Les fruits et légumes ? « Si certains sont importés, ils ne le sont pas de très loin et de toute façon, nous avons une des agricultures les plus puissantes ». Inutile, donc, de crainte la famine en plus du coronavirus. « Il n’y a pas de crainte à avoir à ce sujet. »