Vendée Globe : Mais comment le bateau de Kevin Escoffier a-t-il pu se plier en deux ?

VOILE Le naufrage de Kevin Escoffier entre l'océan atlantique et l'océan indien a été bref et violent

William Pereira

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Kevin Escoffier à bord de PRB sur le Vendée Globe.
Kevin Escoffier à bord de PRB sur le Vendée Globe. — Sebastien SALOM-GOMIS/SIPA
  • Kevin Escoffier a été victime d'un naufrage au sud de l'Afrique du Sud.
  • Son bateau s'est littéralement plié en deux.
  • Un accident extrêmement rare en Imoca qu'il convient maintenant d'analyer.

« C’est surréaliste ce qui s’est passé. » Les mots à chaud de Kevin Escoffier relayés par PRB traduisent le caractère exceptionnel du naufrage brutal de son Imoca au sud de l’Afrique du Sud, ayant coupé court à son premier Vendée Globe​ lundi en fin de journée. Le skippeur dépeint une scène digne d’un blockbuster hollywoodien, avec de l’eau partout, de l’électronique qui fout le camp à coups d’étincelles et à peine le temps de prendre la fuite à bord d’un radeau de sauvetage aux allures de tente Quechua. Bref, de quoi faire passer un démâtage ou une avarie de safran pour du pipi de chat.

« Le bateau s’est replié sur lui-même dans une vague à 27 nœuds. J’ai entendu un crac mais honnêtement, il n’y avait pas besoin du bruit pour comprendre. J’ai regardé l’étrave, elle était à 90°. En quelques secondes, il y avait de l’eau partout. L’arrière du bateau était sous l’eau et l’étrave pointait vers le ciel. Le bateau s’est cassé en deux en avant de la cloison de mât. Il s’est comme replié. Je vous assure, je n’exagère rien… il y avait un angle de 90° entre l’arrière et l’avant du bateau. »

Comme une voiture sur un mur de briques

La question étant comment un bateau de 60 pieds jugé comme fiable et fort d''un temps en mer dont beaucoup d’Imoca neufs en course n’ont pas pu bénéficier à cause du confinement en vient à se plier comme un vulgaire bout de plastique ? Marcus Hutchinson, team manager expérimenté de Thomas Ruyant, actuel 2e de la course, en mode Jamy Gourmaud :

« Quand on accélère très vite sur une vague et qu’on arrive brutalement dans la vague suivante, il y a des chocs énormes. Et puis le chargement de la coque fait que l’étrave est très, très chargée. C’est un peu comme si on prend une voiture, qu’on descend d’une colline à toute vitesse et qu’un mur en brique se trouve devant vous. »

Fatigué par une nuit qui n’a pas commencé avant le sauvetage de son successeur à la barre de PRB aux alentours de 2h10 du matin, Vincent Riou abonde dans ce sens, évoquant une combinaison de facteurs météo défavorables et un enfournement particulièrement rude comme facteur aggravant d’une rupture qui, toutefois, « ne devrait jamais se produire. Là c’est clairement la douche froide pour la classe Imoca parce que je pense que personne s’imaginait qu’on pourrait se retrouver confrontés à une situation pareille. »

Si le cas Escoffier est rare dans cette classe de bateaux, il n’est pas unique non plus. En 2013, le Suisse Bernard Stamm avait failli laisser sa peau avec son bateau coupé en deux dans une vague à 40 nœuds au retour de la Jacques Vabre. Marcus Hutchinson y voit également des similitudes avec l’accident de Ruyant en 2016-17, à la différence que celui-ci avait pu rentrer à bon port. « On réfléchit là-dessus depuis ce matin parce qu’à peu près la même chose est arrivée à Thomas il y a quatre ans un peu plus loin dans la course avec Le Souffle du Nord. C’était un plan similaire, un bateau de même génération. »

« Les conséquences auraient pu être terribles »

Riou ne veut croire à aucun défaut structurel sur cet Imoca entre les mains de l’équipe depuis plus de dix dans (« il en a déjà vu de toutes les couleurs ») qui avait déjà connu une entrée d’eau en début de course, mais est d’accord pour dire qu’une analyse à froid après retour de données s’impose.

« Plus ça va, plus les bateaux vont vite, plus ils sont chargés… donc il y aura sûrement un bon débrief à faire. Il va falloir investiguer une fois que Kevin sera rentré pour essayer de comprendre parce que c’est quand même une situation qui a des conséquences qui auraient pu être terribles, même si aujourd’hui ça se termine bien. » En attendant, la course continue, mais, comme après l’avarie de Jeremie Beyou en début de Vendée Globe, Hutchinson prévoit un ralentissement de la flotte. « Ça va sûrement refroidir un peu tout le monde, il faudra le temps de reprendre confiance. » Pas sûr que les mers du sud soient le meilleur endroit pour ça.