Losc-AC Milan : Comment Christophe Galtier est devenu l’entraîneur français le plus sexy du marché

PORTRAIT L’ancien manager des Verts a encore passé un cap à Lille, où il propose le collectif le plus attrayant du championnat

Julien Laloye, avec J.Lau, et F.L

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Une star entre Margot Robbie et Brad Pitt (photomontage)
Une star entre Margot Robbie et Brad Pitt (photomontage) — Alberto PIZZOLI / AFP
  • Christophe Galtier a reçu un nombre faramineux d'éloges après la victoire du Losc à Milan 3-0 en Ligue Europa.
  • Le coach de Lille est une valeur sûre de notre championnat, et pourrait trouver le banc d'un gros club l'été prochain.
  • 20 Minutes a décidé de s'intéresser au technicien le plus côté du moment en L1.

A l’écouter, Christophe Galtier n’est pas homme à s’endormir sur les compliments. « Pas le style de la maison », prévenait-il après avoir vu son équipe démancher Lorient dimanche dernier. On espère donc qu’il ne tombera pas sur ce papier qui dégouline de mots d’amour. Le plus touchant signé Bernard Caïazzo, son ancien président à Saint-Etienne : « Dans le milieu du foot, il y a des tordus, il y a des salopards mais il y a aussi des gens qui prouvent que ça vaut la peine d’être dans ce milieu. C’est le cas de Christophe. C’est vraiment quelqu’un de fiable et de bienveillant. Heureusement qu’il y a des gens comme ça dans le foot ».

Du genre ? Du genre à demander la bénédiction d’Alain Perrin sur le parking de l’Etrat avant d’accepter de prendre sa relève à Sainté. Du genre à payer le restau à un groupe de supporters stéphanois dépités par le report d’un match au dernier moment à cause de la neige. Du genre, encore, à verser sa prime de maintien aux petites mains de l’ASSE en fin de saison. Un type bien, donc, et un entraîneur encore meilleur. Le meilleur du moment de L1 ? Il y a du chemin de fait depuis les premiers pas d’adjoint à Marseille et le coup du tunnel avec Gallardo, une histoire qui aurait pu poursuivre tout une vie l’ancien milieu de devoir. C’eût été injuste, tant l’accrochage ne colle pas à l’image du garçon convivial qu’on nous décrit à tour de bras, capable de se mettre dans la poche les présidents, les joueurs, leurs femmes et leurs animaux de compagnie.

« Notre première rencontre, il se pointe avec 45 minutes de retard à cause d’une partie de golf qui n’en finissait pas », se souvient Julien Jurdie. Le directeur sportif d’AG2R, basé dans le coin, est un grand supporter des Verts, et il aime bien humer de près les coachs de son club favori. « Mais dès qu’il est arrivé et qu’on s’est présentés, ça a tout de suite bien répondu entre nous. Il avait une forte envie de découvrir le monde du vélo. On devait passer une heure ensemble, ça a duré toute l’après-midi. C’est quelqu’un qui sait vous mettre à l’aise ». La personnalité chaleureuse de Galtier en a séduit plus d’un avant lui. Alain Perrin, qui se retrouve à louer par hasard sa maison à Marseille au moment d’entraîner l’OM, tombe sous le charme avant la fin du bail. C’est parti pour cinq ans de collaboration sans nuages, des Emirats à Saint-Etienne en passant par Sochaux et l’OL.

Perrin met du temps à le convaincre d’être numéro 1

« Il avait pas mal bourlingué en tant que joueur et il avait déjà une petite expérience d’adjoint, rapporte l’ancien entraîneur, désormais consultant pour Téléfoot. Christophe avait ce côté convivial et ouvert qui permet d’établir un bon relationnel avec les joueurs. Il est très bon pour amener du liant. Pour faire tenir un mur de briques, il faut du ciment, et c’est lui qui cimentait le groupe derrière notre duo ». Le tout sans jamais chercher à prendre plus de lumière que nécessaire. Galtier a mis du temps à se convaincre qu’il avait envie d’être numéro 1.

Perrin doit même jouer les psys pour le motiver : « C’était un soir à Sochaux, je dois pouvoir me souvenir du restaurant. Je lui ai dit que compte tenu de notre différence d’âge, il fallait qu’il songe à devenir numéro 1. Mais il n’était pas chaud, la gestion autour du terrain, la relation avec les médias, les dirigeants, les agents, tout cet environnement pouvait l’encombrer ».

L’opportunité arrive presque forcée, à l’automne 2009. Galtier n’est pas le choix du cœur, à peine le choix par défaut, mais Romeyer et Caïazzo s’accordent sur son nom du bout des lèvres. « On avait eu une très mauvaise expérience avec Laurent Roussey, qui était numéro 2 avant de prendre l’équipe deux ans auparavant, confirme Caïazzo. Pour Galtier, on s’était dit qu’on allait le mettre et qu’on verrait ensuite pour prendre quelqu’un au mercato hivernal. Comme quoi il n’y a pas de règles, car on a connu sept années merveilleuses avec Christophe ». Les plus belles depuis l’époque Manufrance. Un trophée, la coupe de la Ligue 2013, que le club attendait depuis 1981, et quatre qualifications européennes successives.

« Fédérateur, c’est un mot qui lui va bien »

« Un miracle permanent vu le budget qu’on avait » résume Loïc Perrin, son ancien capitaine, qui ne se rappelle pas un seul moment de lassitude, à part peut-être sur la dernière année, « parce qu’il était arrivé au bout de ce qu’il pouvait faire ». « Il y a eu des moments de tension, mais comme Christophe est quelqu’un d’ouvert, à l’écoute, on a toujours trouvé une solution. Il sait renouveler ses séances, il sait manager un groupe, tirer le meilleur des joueurs qu’il a sous la main. C’est un fédérateur, je pense que c’est un mot qui lui correspond bien ».

Une petite pointe de regret escorte les derniers feux de son aventure stéphanoise : cette étiquette d’entraîneur défensif accolée à tort, et heureusement éparpillée par son expérience lilloise. Le fidèle adjoint Alain Blachon monte au front : « A Saint-Etienne, Christophe est d’emblée parti sur l’idée de proposer du beau jeu. Mais j’ai essayé de lui faire comprendre que quand on démarre dans un club mal classé, on ne peut pas compter que sur l’aspect offensif. Il voulait du spectacle, quand moi je voulais voir l’équipe se rassurer peu à peu avec des 0-0. A la longue, les supporters nous reprochaient d’être petits bras mais on ne peut pas être euphoriques tout le temps. Il était chagriné quand il n’y avait pas une adhésion totale du public à ce qu’il faisait ».

Les suiveurs ont changé de disque en regardant le Losc, quitte à prendre des raccourcis pour raccrocher la force du jeu de transition nordiste aux meilleures années stéphanoises, avec un peu de talent en plus.

Zlatan Ibrahimovic félicite Christophe Galtier après la victoire de Lille à Milan (0-3).
Zlatan Ibrahimovic félicite Christophe Galtier après la victoire de Lille à Milan (0-3). - MIGUEL MEDINA / AFP

Le match à Milan, un tournant dans la perception de Galtier ?

« Christophe a toujours eu en tête cet aspect de transition rapide chez nous, nuance Loïc Perrin. On travaillait ça avec Aubameyang ou avec Gradel. A Lille, il a d’autres moyens pour recruter, donc tu prends de meilleurs joueurs pour coller à ton projet de jeu ». L’autre Perrin prolonge l’analyse : « C’est un peu réducteur de dire que Lille est seulement une équipe de transition. Elle a une mise en place très claire avec et sans le ballon, un plan de jeu bien établi, avec des joueurs qui adhèrent à 150 %. Le match aller à Milan, dans la construction et la gestion du match, j’ai trouvé la patte d’un grand entraîneur. C’était le match parfait ».

Comme presque tous nos interlocuteurs, Alain Perrin a envoyé un texto de félicitations à son ancien adjoint ce soir-là, signe que la balade milanaise et l’accolade d’Ibrahimovic ont marqué les esprits. Le retour à Pierre Mauroy peut entériner l’idée de la consécration, comme si les pièces s’étaient enfin emboîtées pour qu’on considère Galtier comme il le mérite. « Je suis content de le voir à ce niveau-là », reconnaît pudiquement « Puce », l’ami de presque 50 ans, quand il entraînait le petit Galtier aux Caillols avec un certain Eric Cantona.

« Christophe donne beaucoup, mais il a pris le temps d’apprendre quand il était adjoint, sans brûler les étapes. Ça a toujours été un type très attachant, très ouvert, et curieux de tout pour progresser ». Auprès d’Alain Perrin, il découvre le coaching comme une matière scientifique, l’utilisation d’outils vidéos pointus pour l’époque, le détail de la préparation physique. Auprès de Julien Jurdie, il picore des éléments sur la nutrition, le repos, ou les stages d’entraînement d’un sport où le curseur est poussé à l’extrême.

Les modèles Ancelotti et Mourinho

Chaque rencontre avec un grand entraîneur, même courte, est particulièrement choyée. « Christophe était super fier d’avoir été co-oscarisé en 2013 avec Carlo Ancelotti car il a beaucoup d’admiration pour lui, explique Alain Blachon. Quand on affrontait le PSG à cette époque, il avait toujours envie de lui poser beaucoup de questions, comme après avec Mourinho quand on a joué contre Manchester United ». De l’Italien, il a adopté une certaine classe vestimentaire, un peu d’aisance à jouer avec les médias, et même la qualité rare de reconnaître ses erreurs. Au hasard ? Jonathan Bamba, auquel il ne croyait pas à Sainté, avant d’en faire un international en puissance à Lille.

Du Portugais, il a copié une faculté d’adaptation assez remarquable. D’abord capable de tout gérer à Saint-Etienne jusqu’à la couleur du papier peint, puis de se poser sur la plage arrière de la F1 lillois conduite par Lopez et Campos. Au vu de sa dernière sortie médiatique, Galtier a même réussi à gommer un de ses derniers défauts, celui d’être « trop gentil », selon Caïazzo. « De temps en temps, un entraîneur doit aussi montrer ses désaccords. Et Christophe est un garçon qui est extrêmement gentil. Ce n’est pas quelqu’un qui va au conflit ».

Son coup de gueule dans l’Equipe peut-il remettre en cause son avenir dans le Nord ? Galtier s’y montre en tout cas assez clair sur sa volonté de se borner au terrain, pour ne pas se retrouver avec un projet qui engloutisse sa vie privée, que le sudiste a eu le temps de redécouvrir à Cassis après son septennat dans le Forez, entre la famille, le golf, et les longues sessions à vélo avec le maillot de Roro Bardet. « A Saint-Etienne, il m’avait confié plusieurs fois que ça l’usait de devoir gérer autant de choses sur l’extra-sportif, concède Perrin. A Lille, il a trouvé autre chose ».

Du moins avant que Luis Campos ne se fasse la malle. « Je suis monté quelques fois là-bas et j’ai pu voir à quel point la présence de Campos était importante pour lui, souligne Jurdie. Le recrutement en foot, c’est encore plus compliqué qu’en vélo, alors s’il faut avoir les agents au téléphone dix fois par jour… ».

Liverpool en ligne de mire

Sous contrat jusqu’en 2022, l’entraîneur lillois sait qu’il a une cote d’enfer sur le marché. Il y a le serpent de mer marseillais bien sûr, mais on voit mal ce que gagnerait Galtier à plonger dans ce bourbier. Attention quand même, prévient Blachon : « Je lui rappelais souvent que nul n’est prophète en son pays, mais je sais à quel point l’OM est vraiment son club de cœur, et s’il y a une belle opportunité d’y aller, il n’écoutera personne, seul son cœur parlera ».

Comme il a failli parler en décembre 2017, quand il a proposé son aide à Romeyer et Caïazzo : « S’il faut revenir pour sauver le club, je viens ». Il se murmure aussi que son passé stéphanois ne rebuterait pas Jean-Michel Aulas, qui passait directement par lui pour tâter le pouls de son groupe lors de l’année du doublé, en 2008. Mais le projet lyonnais est-il aujourd’hui plus kiffant que le projet lillois ?

Surtout, l’intéressé semble rêver d’autre chose. « J’ai un objectif intime, un endroit où j’aimerais être un jour l’entraîneur, mais je ne vous le dirai pas ». C’est pourtant un secret de polichinelle, Galtier rêve de Liverpool, le club qu’il a choisi pour sa semaine d’étude à l’étranger lorsqu’il a passé le diplôme d’entraîneur. Un poil trop haut pour le moment ? Loïc Perrin invite son ancien entraîneur à se donner encore du temps à Lille. « Sa carrière de coach est intelligente, il ne grille pas les étapes, maintenant je ne sais pas s’il a assez de renommée à l’étranger pour prendre un club important. Par contre s’il continue comme ça encore une ou deux saisons avec Lille, pourquoi pas ».

Un bon candidat pour remplacer DD ?

Alain Perrin, lui, croit savoir que Galtier a déjà eu deux ou trois appels du pied de l’Italie, et qu’un grand club de Serie A ne le laisserait pas indifférent. Puis il prend le temps de nous rappeler le lendemain pour évoquer une piste plus couillue : « Si Deschamps s’en va, je pense que c’est un candidat sérieux à l’équipe de France après la coupe du monde 2022 ».

Caïazzo ne dit pas non : « Christophe est un garçon qui se bonifie tous les ans et qui continuera à se bonifier. C’est devenu un entraîneur de renom et je ne sais pas où il va s’arrêter ». Une certitude quand même. Au moment de choisir, l’avis de Régine, sa femme, comptera plus que tous les autres réunis. Christophe Galtier n’avait pas hésité à couper les ponts avec Jean-Pierre Bernès après une réflexion déplacée de son ancien agent en sa présence. « Son épouse me dit toujours "Forcément pour toi, c’est le bon dieu", sourit « Puce ». Par contre de son côté elle le conseille beaucoup et sait le faire redescendre sur terre quand elle estime qu’il s’enflamme un peu. C’est son roc ». Et la seule à ne pas lui faire que des compliments, visiblement. Il en faut bien une.