Colomiers : « Je retrouve une deuxième jeunesse à 33 ans », savoure l’ancien international Alexis Palisson

INTERVIEW L’ancien trois-quarts international, finaliste de la Coupe du monde 2011, signe un excellent début de championnat avec Colomiers, en Pro D2

Propos recueillis par Nicolas Stival

— 

Alexis Palisson lors de l'écrasante victoire de Colomiers sur Soyaux-Angoulême  en Pro D2 (53-11), le 16 octobre 2020.
Alexis Palisson lors de l'écrasante victoire de Colomiers sur Soyaux-Angoulême en Pro D2 (53-11), le 16 octobre 2020. — Jean-Louis Mével / Colomiers Rugby
  • Arrivé à Colomiers cet été, l’arrière ou ailier Alexis Palisson (33 ans) a déjà inscrit quatre essais en six apparitions. Il affronte ce samedi Oyonnax, l’ogre de la Pro D2.
  • Double champion d’Europe et champion de France avec Toulon, le vainqueur du Grand Chelem 2010 en Bleu se dit comblé par sa carrière.
  • La finale de la Coupe du monde 2011 perdu d’un rien face aux All Blacks reste cependant « une grosse cicatrice », neuf ans après.

Colomiers-Oyonnax, c’est le choc du week-end en Pro D2, avec une belle exposition, ce samedi à 21 heures sur Canal+ Sport. L’équipe de la banlieue toulousaine (cinquième) reçoit une formation de l’Ain qui tourne comme un avion (sept matchs, sept victoires). Compliqué, même si le club de la Colombe peut compter sur le talent et l’expérience d’Alexis Palisson.

L’ancien arrière ou ailier du XV de France (33 ans, 21 sélections) a déjà inscrit quatre essais en six apparitions cette saison. Arrivé en juillet pour un dernier défi de deux années (plus une en option), Palisson renaît après une période compliquée, marquée par des soucis physiques et un passage éclair comme joker médical au Stade Français.

Alexis Palisson lors de la finale de la Coupe du monde 2011 face aux All Blacks, en Nouvelle-Zélande.
Alexis Palisson lors de la finale de la Coupe du monde 2011 face aux All Blacks, en Nouvelle-Zélande. - Themba Hadebe/AP/SIPA

De quoi envisager une belle fin de carrière : « Colomiers sera mon dernier club », assure celui qui portait le numéro 11 lors de l’inoubliable finale de la Coupe du monde 2011 en Nouvelle-Zélande, perdue d’un cheveu face aux All Blacks (8-7). Une cicatrice indélébile.

Quel est l’objectif de Colomiers cette saison, après un exercice 2019-2020 « gelé » au printemps alors que l’équipe était leader ?

Déjà, se régaler sur le terrain. Parler des ambitions, c’est compliqué par rapport à la situation actuelle. On a encore deux matchs de retard (à cause des matchs reportés pour cause de Covid-19), on ne sait pas trop se situer. C’est difficile de savoir si on a les capacités de jouer le Top 6, qui est notre objectif.

Vous en saurez davantage après la réception d’Oyonnax, toujours invaincu...

C’est hyper important pour nous et c’est un gros challenge aussi. Quand on étudie d’autres équipes à la vidéo, on trouve toujours de petits défauts. Là, on rencontre une formation prête à monter en Top 14.

Sur un plan personnel, ce début de saison se passe très bien...

Je retrouve une deuxième jeunesse à 33 ans. Je me régale tant au niveau de l’ambiance que sur le terrain.

Entre l’annonce de votre probable arrivée et votre signature officialisée le 20 juillet, les choses ont un peu traîné…

C’est à cause du Covid. Il y avait de gros doutes par rapport au maintien du salaire des joueurs. Les discussions avaient bien avancé avec Alain (Carré, le président de Colomiers). J’avais su par mon agent que le club cherchait un arrière-ailier avec de l’expérience car il y a pas mal de jeunesse dans les lignes arrière. Ça correspondait tout à fait à mes envies de transmettre, tout en ayant un objectif élevé, pourquoi pas la montée. Quand Alain m’a rappelé et qu’il m’a dit que ça allait être compliqué, je suis tombé de haut. Finalement, je l’ai recontacté, je ne comprenais pas la décision car on pouvait trouver un accord intéressant.

Et finalement, ça s’est fait…

J’ai encore quelques années dans les jambes. Bon, j’ai des soucis de vieux (rires), notamment au dos. La récupération est moins bonne, les semaines sont plus longues. Mais je me sens bien, mes états de fatigue sont bien gérés.

Alexis Palisson a garni son palmarès sous les couleurs de Toulon.
Alexis Palisson a garni son palmarès sous les couleurs de Toulon. - Anne-Christine Poujoulat / AFP

Quel regard portez-vous sur votre carrière ?

J’ai eu beaucoup de chance. Déjà parce que j’ai commencé à Brive dans un club qui évoluait dans le haut du classement, avec des anciens comme Nicolas Le Roux qui ont poussé les coachs à me faire jouer. Je le répète, j’ai vraiment eu la chance de rencontrer des mecs exceptionnels. J’ai signé à Toulon dans les belles années, avec Bernard Laporte, Pierre Mignoni, toutes les stars… J’ai gagné de nombreux titres grâce à eux (Coupe d’Europe 2013 et 2014, championnat de France 2014).

J’ai été appelé en Bleu à la période où l’on fait le dernier Grand Chelem (2010). Puis on enchaîne avec une super Coupe du monde où on perd d’un point en finale. Sur le parcours, ce n’est pas la plus belle des compétitions mais si tu rejoues cette finale, neuf fois sur dix tu la gagnes. Le contexte a fait que… (Il s’interrompt). Ce match, c’est le seul de ma carrière que je n’ai pas encore pu revoir. Ça reste une grosse cicatrice.

Vous avez aussi évolué au Stade Toulousain entre 2014 à 2017. Ce n’était pas la meilleure période du club…

C’était la fin de Guy (Novès, parti entraîner l’équipe de France en 2015), la transition avec Ugo (Mola), le changement de président… J’ai quand même livré des performances pas mauvaises. La dernière saison, je finis meilleur marqueur en jouant la moitié des matchs. Ensuite, j’ai poireauté avant de connaître leur décision de me garder ou pas. Psychologiquement, ça m’a mis un coup.

Mais je garde de très bons souvenirs, ainsi que de très belles relations humaines, avec des mecs plus jeunes aujourd’hui en équipe de France et qui ne jouaient pas trop non plus à l’époque, ou alors avec les Espoirs : Cyril Baille, Dorian Aldegheri, Julien Marchand, François Cros, Thomas Ramos… Il y avait aussi Sébastien Bézy, qui gaze bien (à Clermont). Ce sont de gentils garçons, travailleurs et je suis très content pour eux.

Avec le recul, avez-vous des regrets ?

Non. Après Toulouse, j’ai quand même bien rebondi à Lyon, avec trois belles saisons, même si j’ai eu des soucis au dos la dernière année. Sur l’ensemble de ma carrière, j’ai gagné des trucs incroyables dont je n’osais même pas rêver quand j’étais gamin. A l’époque, je rêvais de devenir un bon joueur de club et de gagner une fois le Bouclier (de Brennus). J’ai eu bien plus et c’est génial.

Avez-vous des idées de reconversion ?

Je me concentre d’abord sur le rugby. Mais j’ai plusieurs projets, notamment dans la rénovation. Je suis quelqu’un de très manuel, j’aime bien créer des choses, mais aussi les maisons et les appartements.

Donc, vous ne vous voyez pas rester dans le rugby…

Je ne pense pas. En tant que coach, j’aurais beaucoup de mal à choisir un mec plutôt qu’un autre. Mais si tu me parles de technique individuelle et semi-collective, de skills, pourquoi pas. J’ai beaucoup aimé ma période à Lyon, avec Pierre Mignoni, où l’on travaillait vraiment sur les détails. Si je devais rester dans le rugby, c’est le seul truc qui me plairait.