AC Milan-Losc : Mais comment Zlatan Ibrahimovic fait-il pour être encore aussi fort à 39 ans ?

FOOTBALL La star du AC Milan est au sommet de sa forme au moment d'affronter Lille ce jeudi à 21 heurs en Ligue Europa

Francois Launay

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Ibrahimovic a inscrit un but splendide dimanche sur la pelouse de l'Udinese
Ibrahimovic a inscrit un but splendide dimanche sur la pelouse de l'Udinese — AFP
  • Zlatan Ibrahimovic va affronter le Losc ce jeudi en Ligue Europa.
  • L’attaquant de l’AC Milan est toujours aussi performant malgré ses 39 ans avec notamment sept buts en Serie A.
  • Une longévité au plus haut niveau qui s’explique de plusieurs façons selon Sylvain Armand et Christophe Jallet, anciens coéquipiers de Zlatan au PSG.

Son but a encore épaté toute la planète foot. Dimanche Zlatan Ibrahimovic a marqué contre l’Udinese d’une splendide bicyclette. A 39 ans, le Suédois de l' AC Milan semble immortel. Malgré une rupture des ligaments croisés du genou droit en 2017, malgré le coronavirus qu’il a contracté en septembre, malgré son âge très avancé pour un attaquant, Zlatan reste inarrêtable.

Déjà auteur de 8 buts en 7 matchs joués cette saison, Ibra est encore l’immense star d’un AC Milan, fringant leader de Série A, qui reçoit Lille ce jeudi (21 heures) en Ligue Europa. Comment ce serial buteur qui a débuté en pro il y a vingt ans, fait-il pour être toujours aussi fort ? Eléments de réponse avec Sylvain Armand et Christophe Jallet, ses anciens coéquipiers au PSG (2012-2016).

Parce que c’est un immense compétiteur

Bluffé mais pas surpris par les performances de son ex-coéquipier, Christophe Jallet estime que l’une des forces de Zlatan est sa haine de la défaite. « Il a toujours envie de tout gagner donc ce n’est vraiment pas étonnant de le voir à ce niveau-là. A partir du moment où il est sur le terrain, c’est parce qu’il sait qu’il a la capacité d’être performant sinon il aurait déjà arrêté. Il est en train de prouver que rien ne peut l’arrêter. Ni les blessures, ni le coronavirus, ni son âge », confie l’ancien latéral droit, désormais consultant sur Téléfoot.

Cette soif de gagner se ressent même jusqu’aux entraînements où Ibra ne laisse jamais rien passer. Quitte à effrayer parfois ses coéquipiers comme le raconte Sylvain Armand. « A Paris, il faisait peut-être peur mais c’est quelqu’un qui était très gentil dans un vestiaire. Par contre, à l’entraînement ou en match, c’est la compétition avant tout et rien d’autre. On avait le droit de rater des matchs mais il fallait tout le temps lui donner le ballon même s’il avait quatre joueurs autour de lui. Et à l’entraînement, quand il perdait les petits jeux, il boudait, il n’était pas content. C’est quelqu’un qui chambre beaucoup quand il gagne mais il n’aime pas être chambré quand il perd. Donc après, pour le chambrer, on attendait 10-15 minutes, le temps qu’il se soit un peu calmé », se souvient en riant l’ancien défenseur de Nantes, Paris et Rennes.

Car quand Ibra se fâchait tout rouge, il valait mieux la fermer. « C’est vraiment un mauvais perdant. Il nous a déjà traités plusieurs fois dans le vestiaire à la mi-temps. Parce qu’on ne gagnait pas, parce qu’on ne lui donnait pas assez le ballon. Il nous parlait sèchement. Il nous faisait peur quand il se mettait en colère. Par contre, tout le monde le respectait. On ne lui répondait pas car il était imposant et il avait un tel regard noir que bon… (rires). Mais au moins c’est franc. Je trouve d’ailleurs que Paris a moins la haine de la défaite depuis qu’il est parti », reconnaît Armand.

Parce que c’est un grand bosseur qui ne fait pas d’excès

Avec son arrogance légendaire, Ibrahimovic peut donner aussi un peu l’impression d’être un peu dilettante. Sauf que c’est tout le contraire. Le Suédois est très sérieux dans le travail. « C’est quelqu’un qui est très exigeant avec lui-même que ce soit à l’entraînement ou dehors. Il fait toujours très attention à être dans de bonnes conditions physiques pour être le plus performant possible à l’entraînement et pour ne pas se blesser. Il met tout en œuvre pour être au top tout le temps. C’est un exemple à suivre et sa longévité en est l’incarnation. Il fait partie des joueurs qui abattent un gros travail avant et après l’entraînement en termes de soin et de récupération pour pouvoir être le plus performant possible sur le terrain », détaille Jallet.

« Ce n’est pas quelqu’un qui profitait de son statut de star pour ne pas s’entraîner. Au contraire : il était toujours à l’heure. Il bossait avant, il travaillait après et repartait souvent dans les derniers. Il montrait l’exemple à tout point de vue même en dehors où il était toujours très sérieux. Quand on faisait des repas entre nous, il buvait une bière ou un verre de vin et puis basta. C’est aussi cette hygiène de vie qui a fait sa force », confie Armand.

Loin de défrayer la chronique nocturne, Zlatan mène plutôt une vie d’ascète. Une vie rangée, très familiale qui lui a permis de se remettre rapidement de sa rupture des ligaments croisés subie il y a trois ans. « Déjà son corps est assez costaud donc il a l’armature pour se remettre de ce genre de blessure, même à 36 ans. C’est aussi lié à tout le travail en amont qu’il a fait durant toute sa carrière, cette exigence qu’il s’est imposée pour rester athlétiquement au top. Il ne fait pas d’écarts, Il est très sérieux dans le travail, la préparation, la récupération. De toute façon, on ne peut pas faire autrement si on veut rester compétitif à 39 ans », admire Jallet.

Parce qu’il a un jeu fait pour durer

S’il n’est pas rare de voir des défenseurs ou des milieux passer la quarantaine au plus haut niveau, la chose est beaucoup moins fréquente pour les attaquants comme le reconnaît Christophe Jallet. « Ce n’est pas un poste où on fait de vieux os parce que ça demande beaucoup d’investissement sur les rencontres. Ce sont des organismes qui souffrent parce qu’il y a beaucoup de courses à haute intensité ». Sauf que Zlatan n’est pas comme les autres attaquants. Car il a un style de jeu qui lui permet de durer.

« Ce n’est pas le joueur qui va faire cinquante appels en profondeur. Il est en point de fixation, il se projette bien dans la surface mais dans sa carrière il a rarement fait beaucoup d’appels sur les côtés pour déborder. Il fait aussi moins d’efforts défensifs que certains attaquants. Et il n’a pas besoin de modifier son jeu pour rester performant. C’est le même joueur qu’il était il y a 10 ou 15 ans avec une palette technique toujours aussi impressionnante », estime l’ancien latéral droit du PSG.

Parce qu’il a un ego démesuré

Roi des punchlines et chambreur invétéré, Zlatan a toujours eu un ego démesuré qui ne lui sert pas qu’à amuser ou énerver la galerie. Cette confiance en lui permet aussi de durer au plus haut niveau selon Sylvain Armand. « C’est quelqu’un qui ne panique jamais même quand il rate deux matchs de suite. Contrairement à d’autres attaquants, il n’est jamais dans le doute. Il restera toujours Zlatan. Il a un ego qui lui permet d’avancer mais aussi de faire avancer les autres autour de lui. Partout où il passe, il mérite des statues ».

Pour Christophe Jallet, c’est la légendaire fierté d’Ibra qui l’a poussée à rejoindre Milan même après un passage à Los Angeles que beaucoup considéraient déjà comme une préretraite. « Je ne pense pas que ce soit quelqu’un qui aimerait se voir en difficulté sur le terrain. S’il a choisi de rejoindre l’AC Milan après son passage aux Etats-Unis, c’est qu’il se sentait encore capable de briller. Je ne pense pas qu’il aurait aimé revenir en Italie en position de faiblesse », estime l’ex-international français.

D’ailleurs, ses deux anciens coéquipiers le voient encore poursuivre sa carrière au plus haut niveau pendant encore quelques années. « Le jour où il s’arrêtera, c’est parce qu’il ne se sentira plus capable d’être le meilleur », selon Jallet. Sylvain Armand va même plus loin. « Il aime les défis. Donc s’il peut devenir le plus vieux joueur de l’histoire du football, il le fera », se marre à moitié l’ex-défenseur.