France-pays de Galles : Comment vont être gérées les trois feuilles de match maximum pendant cette tournée ?

RUGBY Le staff du XV de France va devoir se montrer créatif pendant la fenêtre automnale de six matchs

William Pereira

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Fabien Galthié va devoir jongler avec son  effectif
Fabien Galthié va devoir jongler avec son effectif — Scott Heppell/AP/SIPA
  • Le XV de France s'apprête à affronter le pays de Galles en match amical.
  • C'est la première d'une série de six rencontres internationales, durant laquelle Fabien Galthié ne pourra aligner un joueur plus de trois fois.
  • Une situation qu'essayent de gérer au mieux joueurs, staff et clubs.

Rien de bien nouveau dans la compo de Fabien Galthié pour la réception du pays de Galles au Stade de France. Ah, si, Teddy Thomas et Vincent Rattez font leur retour aux ailes, vous parlez d’une surprise. Mais ne faisons pas les fines bouches. D’une, parce que l’équipe est quand même pas mal comme ça et de deux parce qu’on parlait encore d’envoyer une Pro D2 à l’abattoir contre nos amis gallois pas plus tard qu’il y a dix jours. A l’époque, la FFR et la LNR se crêpaient le chignon autour des modalités de la fenêtre internationale à venir. De trois matchs + la « finale » du Tournoi contre l’Irlande, on est passé à six rencontres avec l’irruption dans le calendrier de l’Autumn Nations cup, élevant potentiellement à deux mois l’absence des joueurs.

En prenant en compte les habitudes de Fabien Galthié (un travail à 42 sélectionnables), tout ceci était difficilement acceptable pour les clubs du Top 14, dont la vie continue en parallèle. « Franchement, demander 42 joueurs sur deux mois, dans une période aussi difficile, c’est être complètement hors-cadre, s’indignait Christophe Urios, entraîneur de l’UBB, la semaine dernière. C’est ne pas comprendre le problème des clubs. On vit l’enfer tous les jours. Tous les jours on vit l’enfer, on ne peut rien programmer, on ne peut rien faire ! »

Un dialogue productif entre clubs et équipe nationale

Un compromis a donc été trouvé entre les deux parties. La période internationale et ses six affiches tiennent toujours, mais chaque joueur comptera au maximum trois feuilles de match et le XV de France tournera avec un groupe de 31 joueurs, dont cinq réservistes et trois autres remis à disposition de leurs clubs en milieu de semaine pour jouer le week-end. Par exemple, Killian Geraci (Lyon), Gabin Villière (Toulon) et Selevasio Tolofua (Toulouse) ont été relâchés par Galthié avant le match contre le pays de Galles.

Pour continuer de travailler à 42 sur cette première semaine, le sélectionneur a par ailleurs fait appel à des « partenaires d’entraînement », en l’occurrence des « internationaux à 7, des meilleurs moins de 20 ans de la sélection nationale et d’autres joueurs [appelés] en accord avec les managers de leurs clubs respectifs. »

Si on s’en tient au dernier point et aux passages dans les clubs de la part de membres du staff évoqués mercredi par l’entraîneur des arrières français, Laurent Labit, les relations sportives entre les équipes du Top 14 et la sélection sont autrement moins houleuses. Les propos de l’entraîneur toulousain Ugo Mola, jeudi en conférence de presse, vont aussi dans ce sens.

« Ce qui a été enclenché lors de la dernière réunion avec la FFR, c’est une concertation sur le plan sportif qui s’est hyper bien déroulée. J’ai confiance dans les hommes et il n’y a pas de raison qu’on ne discute pas, sans pénaliser l’élément majeur du dispositif, c’est-à-dire le joueur. J’avais pris l’expression de’’gosses de divorcés’’, je ne souhaite pas qu’ils le soient. »

Une crainte également partagée par Jefferson Poirot, jeune retraité international. « Là, où je suis un peu déçu, c’est pour les joueurs. Le joueur qui est sélectionné, qui se prépare au milieu de cette guéguerre, qui ne peut pas trop se prononcer, qui ne va pas pouvoir s’exprimer, qui va peut-être partir pour trois matchs et revenir, ce sont des facteurs limitants à la performance. »

Pour l’heure, le groupe (le) vit bien. L’euphorie des retrouvailles prend le pas sur le reste et Baptiste Serin préfère ainsi retenir le « niveau de chambrage » resté intact au sein du vestiaire plutôt que le conflit ligue-fédé qui mettait les joueurs « le cul entre deux chaises », parce que le temps était à la prise de « décisions politiques dont les joueurs n’ont pas à se mêler ». Il y a aussi ceux, qui, comme Gregory Alldritt, n’en avaient cure. Du moins en apparence : « on a déjà la tête à ces deux premiers matchs [Galles et Irlande] et ils sont déjà suffisamment durs comme ça. »

Le temps était doux à Marcoussis
Le temps était doux à Marcoussis - WP / 20 Minutes

Un groupe A, puis un groupe B ?

Les trois feuilles de matchs, donc. Qui sont-elles, d’où viennent-elles, quels sont leurs réseaux ? Le pays de Galles, pris très au sérieux par le XV de France et l’Irlande, match capital, grilleront deux jokers d’entrée pour les cadres de Galthié. Pas un problème en soi, estime Laurent Labit, puisque le XV de France dispose d’un réservoir de 90 joueurs suivis depuis le mois de novembre régulièrement approvisionné dont 55 pendant la période du Tournoi. « Donc on a un groupe conséquent. On a des joueurs sur des postes que l’on tient absolument à confirmer et à faire jouer. Mais il reste aussi des postes où on a moins de certitudes. »

Reste à savoir quand le sélectionneur décidera de faire tourner. Va-t-il opter pour un troisième XV-type contre les Fidji et terminer la coupe en plastique en roue libre ? Mola s’interroge : « Comment cette compétition va être jouée ? Il n’y a que le staff qui nous le dira. Pour l’instant, il nous a dit qu’il voulait terminer le Tournoi en se préparant au mieux contre le pays de Galles. Il n’y avait pas mieux, si ce n’est l’Angleterre pour préparer l’Irlande. Ils sont dans de bonnes conditions pour cela. Après ils feront le point avec nous. Ce serait dommage qu’on ait un groupe dit de France A puis un groupe de France B pour jouer une compétition qui pourrait ressembler à la Coupe latine des années 1990. Sauf que c’est à un moment où la saison n’est pas terminée, où l’on a des matchs à jouer… » Et à un moment donné, il faut bien défendre ses intérêts personnels. Les limites de la belle entente.