XV de France : La guerre LNR-FFR va-t-elle aboutir par un amical contre le pays de Galles avec des joueurs de Pro D2?

RUGBY Le rugby Français se noie chaque jour un peu plus dans le ridicule

B.V. avec AFP

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Bernard Laporte, le 2 février 2020 au Stade de France.
Bernard Laporte, le 2 février 2020 au Stade de France. — John Spencer/SIPA
  • La LNR et la FFR sont en guerre pour organiser la plage internationale automnale.
  • Le match face au pays de Galles, le 24 octobre prochain, est au cœur du problème.

Il avait annoncé vouloir être le président de tous les clubs au moment de sa réélection, il y a une quinzaine de jours. Pour l’instant, c’est raté pour ceux du Top 14. La guerre entre la Fédération française de rugby (FFR) menée par Bernard Laporte et les clubs pros sous l’égide de la Ligue nationale (LNR) noie chaque jour un peu plus le rugby français dans un océan de ridicule et de divisions.

Au cœur du problème, la plage internationale à venir cet automne et le nombre de matchs que le XV de France pourra jouer. Tentons de synthétiser et vulgariser au maximum : généralement constituée de trois matchs, cette plage internationale va être élargie en raison des rendez-vous manqués de la fin de saison dernière liés à l’épidémie de Covid-19. Au programme, le France-Irlande non joué du dernier Tournoi des VI Nations et les quatre matchs de l’Autumn Nations Cup, sorte de mini VI Nations version feuilles qui tombent. A ces cinq matchs, la Fédération veut ajouter un amical contre le pays de Galles le 24 octobre. Un match présenté comme « préparatoire » à l’Irlande, une semaine avant, mais bien utile aussi pour faire tourner la planche à billets – l'Equipe évoque dans son édition du jour un package à 7 millions d'euros pour les droits télés des six matchs.

Les clubs, inquiets par le rythme effréné des compétitions et le calendrier incertain qui s’offre à leurs joueurs, refusent catégoriquement de les libérer pour ce match supplémentaire. « Le problème, ce n’est pas le nombre de matchs, c’est le nombre de semaines d’indisponibilité des joueurs internationaux, décrit le président de Toulouse Didier Lacroix dans l'Equipe​. Si la sélection joue six matchs, OK, peut-être que certains joueurs du Stade Toulousain n’en joueront que cinq. Sauf que leur indisponibilité pour nous sera de six ou sept matchs parce que les joueurs ne peuvent jamais prendre leur semaine de vacances pendant une période internationale. Il faudra donc qu’ils la prennent pendant une semaine de match du club. »

Le Conseil d’Etat ne tranche pas

La FFR n’en démord pas et fait les gros yeux en assurant que c’est « elle qui décide ». Pas vraiment convaincue, la LNR fait appel au Conseil d'Etat, qui renvoie tout le monde vers la convention signée en 2018 entre les deux organes et spécifiant que les joueurs peuvent être libérés à l’automne pour trois matchs. Et que rien ne peut obliger les clubs à libérer les joueurs pour plus de matchs si une nouvelle convention n’est pas signée avec les contraintes actuelles. Et on revient au point de départ : la FFR la veut à 6 matchs, la LNR à 5. Et chacun campe sur ses positions à chaque nouvelle réunion, jusqu’à celle qui devrait être décisive ce mercredi.

Serge Simon, bras droit de Bernard Laporte, a déjà annoncé la couleur dans un entretien à l’AFP lundi, la FFR ne flanchera pas. « Le calendrier est fixé : il y a six matchs de l’équipe de France. On aborde les choses assez sereinement : 31 joueurs ont été convoqués mercredi et, à l’heure actuelle, on pense qu’ils seront présents dès dimanche soir pour préparer le premier match contre le pays de Galles. » Sans terrain d’entente mercredi, ce ne sera pas le cas. Les clubs, en dehors de Montpellier dont le propriétaire Mohed Altrad est aussi le sponsor maillot du XV de France, ne semblent pas non plus très enclins à donner ce qu’elle veut à la FFR. Didier Lacroix résume cette guerre d’ego : « Tout le monde a des prises de position tellement fermes qu’il y a beaucoup trop d’amertume pour revenir en arrière. »

Alors quid de ce match face au pays de Galles ? Engagée, la Fédération française ne peut plus reculer. « Si on ne joue pas le pays de Galles, ce serait un forfait et sans doute un précédent unique dans l’histoire du XV de France. Quoi qu’il se passe, nous avons à honorer cinq dates, plus le match de report du Tournoi des six nations 2020. Il y aura une équipe de France sur le terrain face au pays de Galles. Le problème, c’est de voir comment on joue et avec qui. » Sans accord mercredi, impossible d’imaginer les clubs laisser les 31 convoqués partir à Marcoussis dimanche soir pour préparer le match. Encore plus impensable de voir ses derniers forcer la main à leur employeur pour enfiler la tunique bleue. Face à l’impasse, la Fédération réfléchirait à des solutions rocambolesques, selon des informations de L’Equipe. Entre sélectionner des joueurs de Montpellier, aller puiser en Pro D2 ou promouvoir des jeunes du XV de France des -20 ans. En attendant que Bernard Laporte se propose pour refaire une petite pige à la mêlée ?