F1 : « C’est chouette de montrer tout ce qui se cache derrière le métier de pilote »

INTERVIEW Le pilote Fernando Alonso est revenu pour « 20 Minutes » sur le documentaire d’Amzon Prime Video qui l’a suivi pendant un an

Propos recueillis par Aymeric Le Gall

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Fernando Alonso a été suivi pendant un an par les caméras d'Amazon Prime Video.
Fernando Alonso a été suivi pendant un an par les caméras d'Amazon Prime Video. — Amazon

Depuis deux ans, Fernando Alonso a pris du recul avec le monde de la Formule 1 pour se consacrer à d’autres types de bolides et de circuit. Des 500 miles d’Indianapolis aux 24 Heures du Mans en passant par le Dakar, le pilote espagnol a joué au touche-à-tout et s’est frotté à ce qui se fait de mieux dans chacune de ces disciplines. Chose rare pour ce pilote d’habitude si discret dans les médias, il a aussi accepté que des caméras le suivent au quotidien dans sa nouvelle vie.

Ainsi, les abonnés d’Amazon Prime Vidéo pourront dès mercredi se jeter sur la mini-série de quatre épisodes réalisée tout au long de l’année 2019 et plonger dans les coulisses de la vie de ce pilote d’exception. Et si l’on ne voit que très peu d’images de sa carrière en F1, ce sera peut-être pour la saison 2.

En effet, Alonso n’est jamais vraiment parvenu à tourner la page de la Formule 1 et, à 39 ans, le double champion du monde s’apprête à faire son grand retour sous les couleurs de l’écurie française Renault (future Renault Alpine). A l’occasion de la sortie de cette série documentaire, 20 Minutes a pu converser avec l’Espagnol et évoquer avec lui la frénésie des docus sur le sport qui pullulent sur les plateformes vidéo.

Qu’est-ce que ça fait de se lancer dans une telle aventure quand, comme vous, on est quelqu’un de discret habituellement avec les médias ?

C’est vrai que ce n’est pas évident au début d’avoir un cameraman et deux preneurs de son qui vous suivent en permanence, d’avoir tout le temps un micro ouvert sur soi. On est habitués en tant que sportif de haut niveau à la présence des caméras mais ce n’est pas du tout pareil quand elles entrent dans votre intimité, quand vous êtes chez vous en famille ou avec des amis. Je dois dire qu’ils [réalisateurs, cameramen, etc] ont vraiment tout fait pour être presque invisibles. Ils se mettaient par exemple au bout de la terrasse où ils se planquaient derrière les portes pour ne pas être intrusif et faire que j’arrive à vivre en oubliant que j’étais filmé. Et je dois dire que ça marche. Tu prends confiance en eux et à l’arrivée tu oublies la caméra et tu t’oublies toi-même, tu redeviens naturel. A l’arrivée c’était « moins pire » que ce que j’avais imaginé (rires) !

Vous étiez réticent au départ. Pourquoi avoir finalement accepté l’idée d’Amazon ?

Je trouvais l’idée de montrer un pilote changeant de catégories semaine après semaine intéressante. Un jour on me voit en train de piloter une voiture sur le Dakar, la fois suivante on est aux 24h du Mans, je pense que cette variété peut rendre le documentaire attractif pour les spectateurs. Et puis c’est chouette de montrer tout ce qui se cache derrière le métier de pilote, et pas seulement ce qu’on voit d’habitude à la télé quand les feux s’éteignent. On peut voir la préparation de courses, les joies mais aussi les peines qui font partie de notre quotidien. Le but c’était vraiment de montrer l’entièreté de la vie d’un pilote sans aucun filtre et je suis satisfait du résultat car ça correspond bien à ce que je voulais montrer au public.

Que pensez-vous du boom des documentaires sportifs auquel on assiste depuis quelques mois maintenant ?

C’est vrai qu’il y a une très grande variété de documentaires de ce type sur le monde du sport et c’est bien parce que je trouve qu’il y avait un gros manque là-dessus par le passé. J’adore regarder ce genre de docs. Après, je lisais déjà beaucoup d’autobiographies de sportif (Agassi, Mike Tyson, etc) donc je suis forcément attiré par ces nouveaux formats. Après, niveau qualité, il y a vraiment de tout. Les meilleurs à mon sens sont ceux qui donnent accès à des scènes que le public n’a pas l’habitude de voir, tout ce qui se passe en coulisses, dans l’intimité. Mais c’est un exercice difficile. Je prends un exemple : comment monter une séquence intéressante sur les 24 Heures du Mans si tu connais déjà le résultat de la course ? C’est le défi numéro 1 des réalisateurs de ce type de documentaire.

Vous expliquiez à nos confrères de L’Equipe que vous ne saviez quoi penser de la série « Drive to Survive » de Netflix sur le monde de la F1. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Pour moi, le grand problème de cette série c’est le manque de naturel des pilotes et de leurs équipes. On a l’impression de voir des entretiens classiques face caméras, comme on en voit tous les week-ends en F1 dans le paddock. Les pilotes ne débordent pas trop du cadre, ils répètent ce qu’ils disent habituellement en interview sans se livrer sur ce qu’ils ressentent vraiment. J’ai trouvé que ça manquait de naturel, à aucun moment je n’ai reconnu les pilotes tels que je les connais, tels qu’ils sont en réalité hors caméra. En ça, je pense que notre documentaire est différent. Déjà, il n’y a pas de voix off, pas d’interview à proprement parler devant un journaliste. C’est un peu moi qui discute avec moi (rires) !

Ça permet tout de même d’attirer un nouveau public de profanes, non ?

C’est vrai et c’est toujours bon à prendre. Si ça peut créer de la curiosité autour de la discipline et intéresser les gens, c’est parfait. Le monde de la Formule 1 est très particulier, très, très fermé, tout est gardé secret d’un point de vue des nouvelles technologies. Et puis c’est aussi un monde qui laisse très peu de place à la camaraderie. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles c’est difficile de réaliser une série comme « Drive to Survive ». Mais si ça peut aider à populariser la discipline, c’est super.

Parlons un peu de ce que vous venez de vivre depuis votre départ de McLaren. Qu’est-ce que ces différentes expériences vous ont apporté en tant que pilote ?

C’est toujours très enrichissant de se sortir de sa zone de confort, de se confronter à d’autres mondes. Ça t’apprend forcément d’autres manières de conduire mais aussi d’autres philosophies de travail. Je pense que ça ne peut qu’être bénéfique pour moi pour mon retour en F1 la saison prochaine. Mais c’est surtout sur le plan humain que j’ai beaucoup appris, beaucoup engrangé. Il y a un esprit de camaraderie qui n’existe pas en F1. Pour performer aux 24 heures du Mans par exemple, tu dois développer une vraie complicité avec les autres pilotes, tu dois avoir confiance en eux et apprendre à travailler en équipe. Quant au Dakar, c’était vraiment une expérience à part. Plus qu’une aventure professionnelle, c’était d’abord une super expérience humaine. On partage tout, il n’est pas question d’hôtel cinq étoiles ou de tout ce qu’on peut connaître quand on pilote en F1, niveau confort c’est très basique mais ça permet de tisser des liens forts avec ses coéquipiers.

Qu’est-ce qui vous a le plus manqué en F1 ces deux dernières années ?

Conduire la voiture, tout simplement (rires) ! Et la voiture en elle-même, son niveau de sophistication, sa vitesse hallucinante. La sensation au moment de mettre son casque et de piloter un véhicule de ce niveau de perfection, c’est quelque chose d’incroyable. Ça m’a énormément manqué !