Tour de France : Trio de favoris, Français inattendus, public en forme… Ce que les Pyrénées nous ont appris

CYCLISME Le Tour de France n’aura passé que deux jours dans les Pyrénées. Mais la course y a été spectaculaire et riche en enseignements

Nicolas Stival
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Tadej Pogacar dimanche dans le col de Marie-Blanque, sur l'étape du Tour de France entre Pau et Laruns qu'il remportera au sprint.
Tadej Pogacar dimanche dans le col de Marie-Blanque, sur l'étape du Tour de France entre Pau et Laruns qu'il remportera au sprint. — Alex Whitehead / SWpix.com / Sipa
  • Les coureurs du Tour de France observent ce lundi une journée de repos, à la veille de l’étape entre les îles d’Oléron et de Ré.
  • Le passage dans les Pyrénées, samedi et dimanche, a régalé les (télé) spectateurs.
  • Trois favoris semblent se détacher, alors que les Français qui ont brillé n’étaient pas forcément ceux qui étaient attendus.

De notre envoyé spécial à Laruns,

C’était court, mais c’était bien. Le passage du Tour de France dans les Pyrénées a définitivement rassuré la « cyclosphère », inquiète pour cette Grande Boucle de septembre après des premiers jours ennuyeux, et à peine rassurée par le spectacle inattendu de l’étape entre Millau et Lavaur, vendredi.

Samedi a été grandiose entre Cazères-sur-Garonne et Loudenvielle, mêlant tragique (Pinot) et épique (Peters, Pogacar…). Dimanche, de Pau à Laruns, a été un petit cran au-dessous. Mais l’épopée avortée du jeune Suisse Hirschi et l’explication des grands dans le col de Marie-Blanque ont quand même donné bonne conscience à tous les sportifs sur canapé, heureux de ne pas avoir gâché leur après-midi. Alors que ce lundi est une journée du repos pour le peloton, on fait un premier bilan, calmement.

Trois pour un maillot jaune

Ce dimanche, Primoz Roglic s’est enfin installé au sommet du Tour, qui lui semblait promis depuis un bon moment, à la place d’Adam Yates. Seizième à Loudenvielle, deuxième à Laruns, le Slovène de 30 ans est le favori logique d’un Tour que sa Team Jumbo-Visma s’échine à contrôler. Mais il est tout sauf certain de remporter son premier sacre à Paris.

Pourtant loin de son meilleur niveau, Egan Bernal (quatrième ce dimanche) ne pointe qu’à 21 secondes. Et le regain de forme du Colombien de 23 ans laisse entrevoir un scénario similaire à celui de 2019, avec une montée en régime puis un feu d’artifice dans les Alpes, en troisième semaine. « Je sais que j’ai encore perdu du temps sur Roglic et Pogacar [au jeu des bonifications] mais je dois être patient, a indiqué dimanche le leader d’Ineos-Grenadiers, vainqueur l’an dernier de son premier Tour. La course dure encore deux semaines et des étapes difficiles sont devant nous. »

Bernal ne cite pas Pogacar par hasard. Piégé dans une bordure vendredi, le néophyte slovène (22 ans le 21 septembre) a été l’homme fort du week-end : neuvième à Loudenvielle après une folle ascension de Peyresourde, vainqueur d’étape à Laruns. « C’est peut-être le plus fort actuellement », concède Roglic au sujet du septième au général, à seulement 44 secondes de son compatriote.

Objectif podium pour les Français

On attendait Thibaut Pinot et Julian Alaphilippe. On a eu Guillaume Martin, Romain Bardet et Nans Peters, splendide vainqueur à Loudenvielle pour ses débuts dans le Tour à 26 ans. Inutile de revenir sur le calvaire vécu samedi par le leader de la Groupama-FDJ, héros maudit du cyclisme français. Pinot s’est accroché entre Pau et Laruns, pour finir à 9’ 28” de Pogacar. S’il récupère de ses douleurs dorsales, il pourra viser une victoire d’étape, l’objectif avoué d’Alaphilippe, vainqueur à Nice puis un temps maillot jaune définitivement rentré dans le rang, malgré quelques « attaquounettes » dans les Pyrénées.

Côté tricolore, ce sont Guillaume Martin et Romain Bardet qui squattent les hauteurs du général. Pas loin des meilleurs, mais pas tout à fait à leur niveau, le leader de la Cofidis et celui d’AG2R-La Mondiale pointent respectivement à la troisième et quatrième place, à 28 et 30 secondes de Roglic. « Le bilan est très positif, d’autant que je n’ai pas la prétention de me battre pour gagner le Tour de France », admet le premier. Un podium serait déjà magnifique. Pour Bardet, ce serait le troisième, après la deuxième place de 2016 et la troisième de 2017. Ah oui, on ne voudrait pas oublier un autre AG2R-La Mondiale, Benoît Cosnefroy, toujours maillot à pois devant son coéquipier Nans Peters.

Une fête, malgré le Covid-19

C’était le week-end, et ça s’est vu. Le nombre de spectateurs présents sur les routes de ce Tour spécial coronavirus dans les Pyrénées n’avait pas grand-chose à voir avec celui de la semaine, même si ce n’était pas non plus la cohue des années normales. Ceci dit, malgré les espaces clos, les barrières, l’absence de contact avec les coureurs, un air de bal (masqué) a flotté à Loudenvielle samedi puis à Laruns dimanche.

Retraités en camping-car, cyclos en tenue, familles… Les habitués de juillet sont venus en septembre, simplement moins nombreux. Dans le Béarn, on a croisé une famille de Colombiens et un couple de Vénézuéliens venus de Madrid pour à peine 24 h, afin d’applaudir leurs héros « et surtout Nairo [Quintana] ». La magie du Tour, on vous dit…

Et le tout dans le respect des mesures barrière, un peu moins appliquées il est vrai dans certains cols (Peyresourde samedi notamment), ce qui a fait réagir coureurs et équipes, inquiets de voir le Tour s’achever bien avant les Champs le 20 septembre, en cas de contamination massive dans le peloton. A ce sujet, les résultats des tests PCR passés par les coureurs et leur encadrement entre dimanche et lundi seront connus mardi matin. Ce serait bête que ça s’arrête déjà.