Disparition : Tabac froid, match d'anciens, bises et coups de gueule...Daniel Leclercq raconté par ses anciens joueurs

FOOTBALL Décédé ce jeudi à l'âge de 70 ans, l'ancien entraîneur du Rc Lens et de Valenciennes a laissé des souvenirs indélébiles chez ses anciens joueurs

Francois Launay

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Daniel Leclercq et ses joueurs lors de la montée de Valenciennes en Ligue 2 en 2005
Daniel Leclercq et ses joueurs lors de la montée de Valenciennes en Ligue 2 en 2005 — F.Lo Presti/AFP
  • Grand personnage du foot nordiste, Daniel Leclercq s'est éteint jeudi à l'âge de 70 ans. 
  • Champion de France en 1998 et vainqueur de la coupe de la Ligue en 1999 avec Lens, promu en Ligue 2 en 2005 avec Valenciennes, le Druide a connu la réussite avec les clubs du Nord. 
  • Ses anciens joueurs se souviennent avec humour et nostalgie de cette figure emblématique. 

Aucun n’a oublié sa rigueur ni son intransigeance. Mais tous se souviennent surtout d’un homme en or. Qu’ils aient été champions de France en 98, vainqueurs de la coupe de la Ligue en 99, champions de National en 2005 ou relégués en Ligue 2 en 2008, des anciens joueurs du RC Lens (1997-1999 puis 2008-2011) et du VAFC (2003-2005) ont accepté de raconter leur Daniel Leclercq. Décédé ce jeudi à l’âge de 70 ans, le Druide a laissé une trace indélébile dans la mémoire de ses anciens protégés.

Jean-Guy Wallemme, capitaine du RC Lens champion de France 1998

« Il avait toujours cette exigence en lui, même pendant les matchs d’anciens. Je me souviens d’un match au profit d’une association où un gamin lui collait aux fesses pour l’empêcher de jouer. Il était capable de dire au gosse : " Mais tu ne vas pas me casser les couilles toute la partie. On joue au foot, arrête de me suivre ". Voilà, c’était Daniel. Il y a plus d’un ancien qui l’a déjà vu se barrer en plein match pour prendre sa douche et rentrer chez lui parce que ça ne se passait pas comme il voulait. Sa disparition nous rappelle malheureusement d’autres mauvais souvenirs. Il va rejoindre Marc-Vivien Foé qui est parti trop tôt et qui a fait partie de cette fabuleuse aventure du titre. Ça restera une personnalité particulière, un visage emblématique du Nord »

Guillaume Warmuz, champion de France 1998 avec Lens

« Je me souviens d’un match de championnat à Nancy. On menait 2-0, ils sont à 10 et il restait cinq minutes à jouer. Du coup, on a commencé à faire tourner le ballon. A un moment, on se retourne vers le banc de touche et on voit qu’il n’y a plus personne. Daniel était rentré aux vestiaires (rires). Il voulait qu’on mette un troisième voire un quatrième but. On a gagné le match mais il nous faisait la tête dans le vestiaire. C’était un perfectionniste, il voulait qu’il y ait du panache dans le jeu. Il était dans son monde, avec son idéologie de football parfait. Sans lui, on ne serait jamais devenus champions de France même si on avait une belle génération. L’histoire s’est écrite comme ça. En plus, il était natif du Nord. Tout était réuni pour ça ».

Daniel Moreira, vainqueur de la coupe de la Ligue en 1999 avec Lens

« En 1998, il avait insisté pour venir me chercher à Guingamp. Les négociations avaient duré tout l’été avec Francis Smerecki, alors coach de Guingamp, qui ne voulait pas me voir partir. Tout ça a tardé et on a fini par me laisser partir dans les derniers jours du mercato. Du coup, quand je suis arrivé à Lens, Daniel Leclercq m’a surnommé Désiré pendant au moins un mois. Mon prénom à Lens, c’était Désiré (rires). Mais il sentait que j’avais un potentiel intéressant. Il a vraiment insisté pour que je vienne à Lens. J’ai énormément de respect pour lui »

Steve Savidan, promu en Ligue 2 en 2005 avec Daniel Leclercq

« Je me souviens d’une fois où il s’était barré à la mi-temps d’un match de National. On n’avait pas été bons et il nous avait dit que dans ces cas-là, il préférait rentrer chez lui pour rester auprès de sa femme qui était malade. Le lundi suivant, pour la reprise de l’entraînement, il est entré dans le vestiaire et nous a tous fait la bise. A partir de ce moment-là, on n’a plus perdu un match jusqu’à la fin de la saison et on a fini champions de National. Avec nous qui étions tous des cabossés du foot, il avait réussi à créer une équipe. Cette saison-là, on a vécu une aventure humaine exceptionnelle. C’était un homme de caractère, sincère et surtout humain »

Rudy Mater, promu en Ligue 2 en 2005 avec Daniel Leclercq

« Il pouvait être dur pendant les entraînements. Une fois, il avait même envoyé les trois quarts de l’équipe première jouer avec la réserve le week-end parce que l’entraînement ne s’était pas passé comme il le voulait. Il les avait appelés " les mercenaires du football ". C’était pour leur faire comprendre qu’il y avait vraiment quelque chose à faire avec Valenciennes. Et puis, quand on avait fait un mauvais match le week-end, il rentrait dans le vestiaire de Nungesser et mettait ses deux poings sur le tableau Velleda. Quand il faisait ça, on savait qu’on allait passer un sale quart d’heure. Il n’hésitait pas à nous dire qu’on était nuls pour nous remettre en question. Il jouait vraiment son rôle de coach pour nous amener au plus haut niveau mais en dehors des terrains, c’était un amour. C’était vraiment un personnage à part. »

Ala-Eddine Yahia, joueur du RC Lens de 2008 à 2014

« Quand il était directeur sportif (2008-2011), je me souviens qu’il avait une chambre à la Gaillette, le centre d’entraînement du RC Lens. Un jour, il me dit de venir discuter avec lui dans sa chambre. Je le suis. Mais avec tout le respect que j’ai pour lui, une fois rentré dans sa chambre j’ai voulu me barrer au bout de dix secondes. Il y avait une odeur de tabac insoutenable (rires). Je lui ai dit « Daniel, tu fumes trop, c’est pas possible ». Je suis vraiment triste aujourd’hui car c’était un super mec ».