Coupe Davis : « Il va pouvoir s’adapter plus vite que d’autres à sa place », Grosjean, le capitaine parfait pour la nouvelle épreuve ?

TENNIS L’ancien entraîneur de Richard Gasquet a pris le poste un peu par défaut après le retrait de Mauresmo

J.L

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Sébastien Grosjean avec les capitaines serbe et japonais à Madrid.
Sébastien Grosjean avec les capitaines serbe et japonais à Madrid. — FERNANDO VILLAR/EFE/SIPA

Un plan B pour une Coupe Davis B. Son tour serait venu un jour, à n’en pas douter, mais Sébastien Grosjean était supposé attendre un peu. Amélie Mauresmo avait déjà enfilé la veste de capitaine, et on se régalait d’avance de cette petite révolution de voir une fille cornaquer le dernier tour de char de nos glorieux mousquetaires. Las, la réforme de l’épreuve est passée par là. L’ancienne numéro 1 mondiale, occupée à retaper le moral de Pouille, a lâché l’affaire, et la piste Grosjean s’est imposée d’elle-même.

Un homme aux multiples talents

Choix plus éclectique qu’il n’y paraît. L’ancien sniper au coup droit dévastateur (le petit saut de cabris en plus pour la signature maison), est l’un des rares ex du circuit qui a construit son après-carrière à l’écart de la grande famille du tennis français. Un peu consultant sur beIN pour la route, d’accord, mais surtout entrepreneur. Directeur du tournoi de Montpellier, copropriétaire du tournoi d’Anvers, ambassadeur du tournoi d’Orléans, l’ancien spécialiste du gazon bâtit tranquillement son petit empire depuis la Floride, où il réside à l’année. A la différence de Yannick Noah, pour le moins évanescent en dehors de la mystique éternelle qui l’accompagnait, Grosjean est encore solidement implanté dans le milieu.

« Il connaît toutes les facettes du métier et je pense que c’est un atout à l’heure actuelle avec cette nouvelle compétition, estime son pote Arnaud Clément. On est tous dans la découverte et Sébastien a tellement de bagages qu’il devrait pouvoir s’adapter plus vite que si un autre avait été à sa place ».

L’argument se tient. En homme d’affaires avisé, Grosjean n’est pas monté directement au créneau contre la réforme de la Coupe Davis, et ce rôle de capitaine à temps partiel semble fait pour lui. Une petite semaine de rassemblement avant Monte-Carlo au mois d’avril avec les volontaires (essentiellement Pouille et Mannarino), puis rendez-vous à Madrid en novembre, comme pour mieux installer le rapport dépassionné qui sied à la nouvelle formule. On est loin des stages régénérateurs dans le Pays basque et des séances de yoga au petit matin pour renforcer l’esprit de groupe trois semaines avant le grand jour.

« Il va quand même devoir travailler pour embarquer les gars avec lui, se risque Lionel Roux, longtemps membre du staff des Bleus. Ce n’est pas simple car Jo et Gaël sont là depuis un moment, ils ont vu du monde, Forget, Noah, Clément, et ce n’est pas facile de sortir du lot et montrer autre chose ».

Aucun souci de légitimité. Grosjean ne vit pas que sur son passé d’ancien joueur au cuir tanné par des années à suer pour la patrie en Coupe Davis. Le vainqueur de l’édition 2001 a stabilisé Gasquet au plus haut niveau (trois ans dans le top 10) comme aucun coach avant lui, ni après. « J’ai passé cinq années exceptionnelles avec lui. Je pense que j’aurais continué toute ma carrière si j’avais pu avec Seb », expliquera même le tigrounet de Sérignan lors de leur rupture à l’amiable fin 2016. Au moment de faire sa liste pour cette semaine madrilène, le bonhomme ne s’est pas fait des nœuds à la tête. Les meilleurs du moment sont là, Monfils compris, lui qui vivait en marge des sentiers collectifs de l’ère Noah après avoir aussi tiré la tronche la moitié du temps avec Forget et Clément.

« Il est très respecté des joueurs »

« Il aime beaucoup communiquer avec les gens, il a ce truc-là, c’est facile d’échanger avec lui, souligne Arnaud Clément. C’est quelqu’un qui est très apprécié, qui a un gros caractère, une forte personnalité. Et il est aussi très respecté des joueurs ». Pas le moindre des détails face à des gars qui ont vu passer la moitié de la terre sur le banc du capitaine.

Presque plus attendu aux JO de Tokyo, où il sera chargé de faire oublier l’image désastreuse laissée par le tennis français à Rio en 2016, entre les incartades de Benoît Paire, la polémique de l’équipementier, et les résultats catastrophiques, l’intéressé joue le jeu comme il peut. « Je succède à des noms prestigieux, à des capitaines qui ont apporté énormément. C’est une fierté. Je suis impatient que ça démarre, parce qu’avec ce format, on a attendu toute l’année. Il y a toujours une attente autour de l’équipe de France. On a envie d’être là ». Ce qui en fait au moins un, disons deux avec Piqué.

Pour ce qui est de son influence sur cette semaine madrilène un peu à part, on jugera sur pièce. « Réussir à faire tout ce dont on a parlé sur une semaine, ça rend la chose plus compliquée, estime Lionel Roux. D’ailleurs Benneteau m’a dit "je ne sais pas si je vais être bon dans ce format-là"… [la Fed cup va changer aussi l’année prochaine​]. On se voit moins, on partage moins tout au long de l’année. Une équipe de Coupe Davis, ça se construit. Des fois ça peut partir d’un match difficile à l’autre bout du monde au tout début… Comment faire pour que la mayonnaise prenne alors qu’on ne se voit pas souvent ? Sur ça je n’ai pas de réponse ». Nous non plus.