OL-PSG: « Après deux ans comme latérale, ça commençait déjà à me soûler », admet Amel Majri, enfin épanouie au milieu

INTERVIEW A 26 ans, la joueuse lyonnaise évolue enfin à son poste préféré de milieu offensive. Elle se confie longuement à « 20 Minutes » avant le choc contre le PSG, samedi (17h30) au Parc OL

Propos recueillis par Jérémy Laugier

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Amel Majri avait inscrit le but de l'OL lors du Trophée des championnes, en septembre contre le PSG (1-1, 4-3 aux tirs au but).
Amel Majri avait inscrit le but de l'OL lors du Trophée des championnes, en septembre contre le PSG (1-1, 4-3 aux tirs au but). — Fred TANNEAU / AFP
  • Amel Majri s’est illustrée samedi dernier en inscrivant un triplé avec l’équipe de France face à la Serbie (6-0).
  • Désormais milieu offensive, que ce soit à l’OL ou en équipe de France, la joueuse de 26 ans raconte à 20 Minutes comment ses nombreuses années en tant que latérale gauche l’ont « soûlée ».
  • Amel Majri évoque aussi son été dernier, durant lequel elle a envisagé quitter son club formateur, ainsi que la rivalité avec le PSG, que l’OL va affronter samedi (17h30) à Décines lors du choc de la D1.

Depuis un mois et demi et trois sélections, Amel Majri a inscrit autant de buts (quatre) qu’en cinq ans avec l’équipe de France. Tout sauf un hasard pour la Lyonnaise, enfin installée à son poste préféré de milieu offensive. Après son triplé contre la Serbie samedi (6-0), la désormais ex-latérale de 26 ans s’est longuement confiée à 20 Minutes sur sa lassitude d’évoluer derrière ainsi que sur le choc de samedi (17h30) face au PSG, coleader en D1. Un rival parisien qu’elle aurait pu rejoindre cet été, avant de privilégier une prolongation dans son club formateur.

Après vos quatre buts inscrits avec l’OL cette saison, le triplé de samedi avec les Bleues montre qu’on a bien affaire à une nouvelle Amel Majri ?

Oui, c’est dans ce rôle plus avancé que je voulais évoluer à l’OL comme en équipe de France. J’en avais fait part à la coach [Corinne Diacre] dès son arrivée à la tête de l’équipe de France [en 2017]. A l’époque, elle m’avait fait comprendre qu’elle avait besoin de moi à ce poste de latérale. Mais maintenant, on est beaucoup dans l’échange et la communication avec elle et j’ai pu lui redire après la Coupe du monde que je souhaitais retrouver mon poste de prédilection. Car même si j’avais cette liberté de monter et de percuter en partant de derrière, ça restait assez conséquent niveau organisme. J’étais parfois KO en fin d’action !

N’avez-vous pas l’impression d’avoir dû batailler depuis huit ans et vos débuts en D1 pour convaincre coachs et sélectionneurs quant à votre meilleur poste ?

Le truc, c’est qu’il n’y avait pas des masses de latérales et de gauchères en France. Donc je devais être au service de l’équipe, on va dire que c’était de l’altruisme. Quand tu es jeune et que tu commences en D1, si on te met derrière, tu t’en fous, ça fait du temps de jeu. Mais après deux ans comme latérale, ça commençait déjà à me soûler. Ce n’est pas un poste que j’aime bien. A Lyon, les coachs n’avaient pas le temps d’essayer Amel, il y avait déjà du monde devant.

Vous avez donc mis cette problématique du poste dans la balance pour votre prolongation jusqu’en 2022 cet été…

C’était primordial pour que je reste. Car honnêtement, me balader à droite, à gauche, devant, derrière, c’est bon, je n’ai plus le temps. Aujourd’hui, j’ai 26 ans et je sais où je veux aller. Il faut que les règles soient les mêmes pour tout le monde. Car parfois, on me jugeait sur une seule contre-performance quand je jouais devant, en me disant « bah tu vois, tu es meilleure derrière ». Ça devenait un débat sans fin.

Dans quelle mesure cela vous pesait-il au quotidien ?

En arrivant à l’entraînement, je me sentais lésée. Même en étant dans le meilleur club du monde, prendre du plaisir sur le terrain est un besoin vital. Et quand tu vois les joueuses offensives finir devant la cage alors que toi, tu es en train de faire du placement tactique, de défendre et de couvrir… Ce n’était pas moi, je n’étais pas bien dans ma peau. Donc j’en venais à me dire : « pourquoi ne pas partir ? ».

Vous avez donc vraiment failli quitter votre club formateur, après 12 années ici ?

Dans ma tête oui, j’allais partir cet été, j’étais prête à le faire. Après, j’ai la meilleure équipe du monde, j’habite juste en face du stade, je suis lyonnaise. En fait, je suis dans un confort. Je songeais donc à partir pour moi, pour me tester, pour connaître mes capacités et mes limites. C’est un travail sur soi, même au-delà du foot, afin de découvrir d’autres choses. Ça m’a vraiment trotté dans la tête pendant longtemps. Mais des conditions se sont remplies, notamment au niveau du poste donc.

Visiez-vous alors uniquement l’étranger, ou les rumeurs vous envoyant au PSG étaient-elles fondées ?

A un moment oui, j’aurais pu envisager le PSG, comme Barcelone aussi. J’avais étudié toutes les pistes, surtout ces deux-là. Mais je suis très bien ici.

Vous avez dû accueillir à Lyon la latérale anglaise Alex Greenwood avec un immense soulagement en août…

(Sourire) On m’avait dit avant ma prolongation qu’une joueuse allait venir, ce qui m’avait apporté de la sérénité. Il y a aussi Selma Bacha, plus Janice Cayman qui est arrivée de Montpellier et qui peut jouer à ce poste. Tout est clair, ça permet de savoir où je vais et où le club veut aller avec moi.

Une de vos amies vous décrit comme « trop altruiste ». Ce nouveau rôle plus offensif vous pousse-t-il à changer votre état d’esprit ?

Disons que quand tu es latérale, tu as plus en tête de défendre et de centrer que de dribbler. Inconsciemment, j’ai donc changé ma façon de jouer. Je tire et je dribble plus souvent maintenant [on vous conseille sa superbe frappe du mois dernier contre l’Islande, à 2 minutes sur la vidéo ci-dessus]. Je n’ai pas d’objectif chiffré mais je me dis que je dois être décisive à chaque match, en marquant ou en faisant marquer.

L’ado des Minguettes (à Vénissieux), qui reproduisait dans la rue les vidéos des dribbles de Ronaldinho et d’Hatem Ben Arfa, va-t-elle donc pouvoir se lâcher ?

J’ai remis le logiciel de dribbles à jour (sourire). Mais pas pour charrier, juste pour être efficace. Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait de passements de jambes, j’ai pu en faire un contre la Serbie et je me suis dit que ça m’avait manqué. Ça me fait du bien de tripoter le ballon. C’est mon jeu et je suis désormais plus amenée à dribbler près de la surface adverse. Le un contre un, c’est naturel chez moi.

Sincèrement, a-t-il été question du choc OL-PSG de samedi (17h30 au Parc OL) lors de ce rassemblement des Bleues ?

Franchement, quand on arrive en sélection, on fait un peu abstraction de ce rendez-vous. On ne se lance pas de pique, on oublie un peu nos clubs. Il ne faut pas trop charrier car si tu parles et que tu perds, tu vas te sentir bête après.

Comme cela a pu être le cas pour les Parisiennes, qui vous avaient « vexées » dans la presse la saison passée avant le match retour au Parc OL (5-0)...

Oui et non, c’est normal que les filles du PSG disent qu’elles n’ont pas peur de nous. Elles ne vont pas dire qu’elles nous craignent, elles ne se respecteraient pas sinon. Je pense qu’on n’a pas besoin de ça pour se motiver. Je n’avais pas trop calculé l’interview d’Aminata Diallo mais on s’en est peut-être un peu servi. Si tu parles, tu nourris l’adversaire, donc mieux vaut ne pas parler au final.

Depuis la finale de Coupe de France en 2018 remportée par le PSG (0-1), sentez-vous que l’écart s’est vraiment réduit entre les deux clubs ?

On avait perdu dans un contexte particulier [un orage avait interrompu le match et un but avait injustement été refusé à l’OL]. Ça nous avait mis une claque mais ça nous avait peut-être fait du bien. Paris est notre adversaire le plus dur en D1, c’est sûr. Après, on leur a quand même mis 5-0 en championnat la saison dernière. On entend toujours que l’étau se resserre, mais au final on gagne quand même.

Les trois buts encaissés à Reims (3-8) et surtout le nul (0-0) à Dijon le mois dernier ont-ils pu vous inquiéter ?

Ce sont des choses qui arrivent, on n’est pas infaillibles. On s’est remises en question car ça faisait bizarre de se voir deuxièmes du championnat en consultant le classement. C’est rentré dans l’ordre depuis [le PSG a été accroché 1-1 par Guingamp le 3 novembre et les deux équipes sont coleaders].

Le Parc OL va battre son affluence record pour un match de son équipe féminine (plus de 26.000 spectateurs attendus) samedi. Est-ce la preuve que la D1 bénéficie véritablement d’un effet Coupe du monde ?

Oui, un peu, mais avec un petit bémol : j’aurais aimé que tous les stades soient mieux remplis cette saison en D1. Honnêtement, avant la Coupe du monde, je ne croyais pas aux 45.000 spectateurs au Parc des Princes, j’étais choquée. Je me suis donc dit qu’il pourrait y avoir un vrai effet Coupe du monde dans la foulée en France. Les choses avancent mais à leur rythme.