FC Nantes-Monaco : Le Rocher, Ranieri, Néné, sa personnalité, sa maman… Appiah se confie

INTERVIEW Ce vendredi, à 20h45, les Canaris accueillent l’AS Monaco à la Beaujoire. Le défenseur nantais Dennis Appiah retrouve le club qui l’a formé pendant six années

David Phelippeau

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Dennis Appiah.
Dennis Appiah. — A. Duret/FC Nantes
  • Les Canaris reçoivent Monaco, ce vendredi soir (20h45), à la Beaujoire.
  • Dennis Appiah a été formé de 2007 à 2013 à Monaco, club qu'il a rejoint à l'âge de 15 ans.
  • Pour «20 Minutes», il raconte son passé en Principauté.

« Je suis plus quelqu’un qui écoute que quelqu’un qui parle. » Exercice de l’interview oblige, Dennis Appiah n’a cette fois-ci pas eu le choix. Pendant pas loin de quarante minutes, mercredi midi, le latéral droit du FC Nantes, âgé de 27 ans, s’est confié à 20 Minutes avant la venue ce vendredi à la Beaujoire de Monaco, « son club de cœur » fréquenté de 2007 à 2013. Les souvenirs de ses six années en Principauté, les hommes l’ayant marqué sur le Rocher, ses regrets, sa personnalité ou encore sa maman, une personne qui est revenue au fil de la discussion à plusieurs reprises… Morceaux choisis.

Son entrée au centre de formation de Monaco

J’avais 14-15 ans. Je sortais du Centre régional du football de Castelmaurou (Haute-Garonne). J’avais le choix entre Sochaux, Toulouse ou encore Monaco. J’ai choisi le dernier en 2007. C’était un défi personnel de partir aussi jeune, loin de ma famille qui vivait à Toulouse. Je voulais sortir de mon cocon. J’aime prouver les choses à moi-même. Cela a dû être dur pour ma mère car j’ai toujours été son fils précieux. Quand j’étais petit, dès qu’il pleuvait, elle ne voulait pas que j’aille jouer au foot. Elle avait peur que je me fasse mal (rires). Quatre ans après mon arrivée sur le Rocher, elle est venue à Monaco avec mon frère. Ils habitent juste à côté encore maintenant [à Cap-d’Ail].

Un attachement viscéral malgré les blessures

C’est mon club de cœur. Quand j’ai des vacances, je ne rentre pas à Toulouse où je suis né, mais à Monaco. Ça représente ma ville, mon coin, mes repères, mes amis. Ma carrière n’y a pourtant pas forcément commencé. Je n’ai pas été épargné par les pépins et j’y ai peu joué. Mais c’est de ma faute. Quand je suis arrivé en pro, si j’avais fait plus attention à mon corps, je n’aurais pas eu toutes ses blessures. J’aurais dû demander de l’aide, des conseils aux kinés, mais je ne le faisais pas car je n’osais pas. J’avais peur de déranger. Je n’aime pas demander de l’aide aux autres. J’ai été élevé comme ça : il faut savoir se débrouiller seul et ne pas dépendre des autres.

Une génération talentueuse

Il y avait Eysseric, Nampalys Mendy, Kurzawa, Ferreira Carrasco. C’était une belle génération. On avait gagné la Gambardella en 2011. On voulait toujours s’entraîner. Il n’y avait plus de lumière, on voulait encore… On a vécu de belles choses et ça reste gravé en moi. Ma mère parle souvent de tous ses petiots. Elle les a vus grandir et ça lui fait bizarre de voir certains comme Kurzawa et Mendy être pères de famille.

L’arrivée des Russes en 2011 à Monaco

Je les ai connus un an et demi. C’était plus strict, plus ordonné. Le club a pris une autre dimension. On a commencé à gagner. Beaucoup de joueurs sont arrivés. Je me souviens de la question d’un journaliste à ma fenêtre de voiture un jour : « Euh, tu comptes partir vu le nombre de joueurs recrutés ? » Moi, j’étais concentré sur mes blessures et je me disais que quand j’allais revenir, j’étais sûr de pouvoir m’imposer. Je me souviens aussi d’une des premières réunions avec les Russes, on est arrivés trois minutes en retard. La traductrice russe nous a dit qu’ils étaient très énervés et qu’il ne fallait pas que ça se reproduise.

Les joueurs qui l’ont marqué

Néné, un super joueur. Il était traité à part. J’ai découvert ça à Monaco. Je l’ai vu pendant toute une séance tirer des coups francs alors que le reste du groupe faisait autre chose. C’est là que j’ai compris que dans le foot il y a évidemment un collectif, mais aussi des joueurs à part qui te font gagner et qu’il faut préserver. Il y avait l’Islandais Gudjohnsen aussi. Il n’a pas beaucoup joué quand j’y étais, mais c’est le plus fort que j’ai vu. Pourtant il n’avait pas envie. Lui, dès qu’il touchait le ballon, il se passait un truc.

Claudio Ranieri, « la classe »

Pourtant, je n’ai pas joué beaucoup avec lui, mais c’est la classe. Claudio Ranieri est un entraîneur juste et droit. Si tu es bon tôt ou tard, tu auras ta chance avec lui. Peu importe le statut que tu as. Un jour, il n’avait pas hésité avant un match capital à mettre son capitaine en tribune car il n’était pas content de lui.

Une maman poule

Elle m’a toujours beaucoup soutenu, épaulé et guidé dans mes choix. Elle a toujours peur pour moi car elle ne connaît pas le milieu du foot et elle le craint. Elle sait qu’il y a des gens bien intentionnés, mais aussi des mal intentionnés. Elle essaie encore maintenant d’écarter tous les gens mal intentionnés de mon chemin. Elle a confiance en moi, mais reste vigilante.

Un caractère réservé, une personnalité simple

Il faudrait parfois que je me fasse violence, que je m’exprime un peu plus et que je prenne plus de responsabilités. Je dois aller plus vers les autres. Dans la vie, il y a ceux qui parlent et ceux qui écoutent. Je fais partie de la deuxième catégorie. Peu de gens écoutent, moi, j’aime écouter ce qu’on me dit. Je me considère comme quelqu’un de privilégié car je gagne bien ma vie. Je me fais plaisir évidemment, mais je ne cherche pas à montrer que je gagne beaucoup d’argent. Je suis quelqu’un de simple. J’ai d’ailleurs toujours ma première voiture, une Alfa Roméo MiTo, qui est encore à Monaco. Je m’en sers quand j’y retourne.