Chessboxing : Echec et droites pour l’équipe de France
CHESSBOXING•L’équipe de France de chessboxing s’est préparée pour les championnats du monde. Un sport qui rassemble deux univers que tout semble opposer : boxe et jeux d’échecsJérôme Diesnis
L'essentiel
- Sous l’impulsion du Montpelliérain Guillaume Salençon, la fédération de chessboxing française vient de naître pour rassembler des pratiquants éparpillés un peu partout en France.
- Née de l‘imagination d’un auteur de BD avant de prendre vie en 2003 par la volonté d’un artiste hollandais, cette discipline alterne rounds d’échecs et de boxe, dans une ode à l’alliance du corps et de l’esprit.
- La France participera mi-décembre aux championnats du monde et avant cela, le 9 novembre au Cabaret sauvage, aux premiers combats organisés sur le territoire français.
«C’est un nouveau départ pour écrire une histoire. » Sur les hauteurs de Sète où l’équipe de France a posé ses gants le temps d’un stage, le générique de Demain nous appartient a des accents étonnamment justes.
Car la quinzaine de membres de l’équipe de France de chessboxing en stage sur l’Île singulière part effectivement d’une feuille blanche. « Ce qu’on est en train de vivre est exceptionnel, ça n’arrivera plus jamais », souffle le Montpelliérain Guillaume Salençon. « On ne sait pas vraiment ce qui nous attend. Est-ce qu’on y va armés de baïonnettes face à des bazookas. Est-ce nous qui avons au contraire des bazookas ? » Le président de la toute nouvelle fédération de chessboxing a l’âme d’un défricheur. Après avoir déniché et rassemblé les combattants éparpillés un peu partout en France, le Sétois vient de fédérer un sport émergent dans une dizaine de pays.
La rencontre de deux mondes, née de l’imagination d’un auteur de BD
C’est la rencontre de deux mondes que tout semble opposer. Celui du corps, la boxe, celui de l’esprit, les échecs. Le combat alterne les coups en cinq ou onze rounds : trois minutes d’échecs (sous format blitz), trois minutes de boxe. Il est né de l’imagination de l’auteur de bande dessinée Enki Bilal. Avant d’être codifié par un artiste hollandais (Iepe Rubingh) et de prendre vie en 2003.
Un sport improbable ? Pas pour Jules-Aloïs Julien, l’un des membres de cette équipe qui représentera la France aux championnats du monde en Turquie, mi-décembre. Et avant cela, à la première compétition organisée en France, le 9 novembre à Paris, au Cabaret sauvage. « Plus jeune, j’ai pratiqué les arts martiaux. Quand j’ai commencé les échecs, le lien avec les sports de combat m’a semblé évident, explique l’Angevin, classé Elo 2124 en 2017 aux échecs [les spécialistes apprécieront]. L’affrontement demande les mêmes qualités : l’application et de la maîtrise. »
« La gestion du rythme cardiaque »
Un coup sur l’échiquier, un coup dans le pif. Utiliser son intelligence pour frapper juste et parer les attaques, debout sur le ring ou assis sur une chaise. « Le plus compliqué, c’est la gestion du rythme cardiaque, note le Nantais Antoine Lalos. Il faut gérer l’effort intense de la boxe pour calculer froidement la position sur l’échiquier. »
Dans son imagination, Enki Bilal faisait du champion de chessboxing un surhomme. Le Toulousain Paul Duchery y trouve plutôt un accomplissement personnel : « Tu te sens mieux quand tu t’es surpassé intellectuellement et physiquement. Le corps et l’esprit, ce ne sont pas des mots jetés comme ça. » Préparation physique, technique, tactique avec le maître international Vincent Colin (ex-Elo 2445), le chessboxing est un truc un peu fou mais loin d’être pratiqué par des farfelus.


















