Paris 2024: Partie improvisée, internet et jeunesse... Le plan des échecs pour participer aux JO

JEUX OLYMPIQUES Les échecs ont un plan pour que leur candidature aux JO 2024 soit acceptée...

William Pereira

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Duel au sommet entre la championne de France Sophie Milliet et le président de la Fédération internationale des échecs Arkady Dvorkovich
Duel au sommet entre la championne de France Sophie Milliet et le président de la Fédération internationale des échecs Arkady Dvorkovich — W.P (20 Minutes)
  • Les échecs sont officiellement candidats aux JO 2024.
  • Les présidents des fédérations internationale et française d'échecs étaient présents à Paris pour défendre leur discipline.
  • Les échecs ont axé leur plan de communication sur le numérique, la jeunesse et le sportif.

« Tout le monde sait jouer aux échecs ici ? » Ambiance plutôt détendue dans le 7e arrondissement parisien où la presse française entreprend de faire son autoévaluation en attendant l’arrivée des présidents des fédérations internationale (FIDE) - Arkady Dvorkovich – et française – Bachar Kouatly ainsi que la sextuple championne de France Sophie Milliet. Le constat est à peu près le même pour tous : à part un ou deux journalistes, tous savent jouer à condition de ne pas dépasser le troisième niveau de difficulté de l’appli d’échecs qu’il nous arrive d’ouvrir pour passer le temps entre un malaise voyageur et un incident d’exploitation sur la ligne 13.

« Il y a 55.000 licenciés mais on estime à 6 millions de personnes le nombre de personnes qui savent jouer aux échecs en France, soit un dixième de la population », se félicite Véronique Revoy, secrétaire générale de la Fédération française. Un contingent d’amateurs perçu comme « un atout » en vue de la campagne en faveur de la présence des échecs aux Jeux olympiques 2024 comme sport additionnel, dont le coup d’envoi a été officiellement donné mardi, une douzaine de jours après la remise du dossier au Cojo. Kouatly part confiant : « On a déposé le dossier le 30 janvier avec l’aide de la FIDE. C’est un dossier solide, je pense qu’on a réussi à montrer ce qu’est notre discipline. »

Pour arriver à convaincre, les pontes de l’échiquier se muent volontiers en VRP de la discipline dont l’argumentaire s’articule autour de plusieurs points :

  • L’explosion des échecs à l’échelle planétaire grâce à internet
  • Des formats télévisuels
  • La mixité
  • La dimension sportive de la discipline
  • Le contexte historique
     

La renaissance des échecs grâce au numérique : Devenir le nouveau Gary Kasparov n’a jamais semblé aussi accessible. Si les puristes se montrent toujours plus laudateurs à l’égard des parties au coin du feu sur plateau en bois, l’essor des échecs se fait sur terrain virtuel. Ils sont partout, sur vos ordis, vos téléphones, sur internet… Même le champion du monde Magnus Carlsen, « joue et gagne des tournois de blitz [parties de dix minutes] en ligne » rappelle Dvorkovich.

La plus grande plateforme, chess.com, s’apprête à dépasser les 27 millions d’inscrits et on estime à 5 millions le nombre de parties jouées quotidiennement sur internet. Bachar Kouaty en est conscient, « Il y a une exponentialité. Le numérique est une digue, une formidable opportunité » qui a offert à un sport vieux comme le monde un lifting grandeur nature dont s’enthousiasme le boss de la fédé française : « on est un sport de la jeunesse, beaucoup de jeunes pratiquent la discipline [les meilleurs deviennent grand maître dès 12-13 ans]. » Une manière de dire au Cojo qu’il doit faire une place aux pièces noires et blanches s’il veut s’inscrire dans l’air du temps.

Des formats télévisuels : Imaginez l’enfer. Des parties d’échecs de plus de cinq heures meublées par un Nelson Monfort invoquant le coup du berger à chaque mouvement de dame le tout entre le 50km marche de Yohann Diniz​ et trois courses de BMX. Heureusement pour nous, les têtes pensantes de la FIDE ne sont pas suicidaires et comptent sur « des formats spectaculaires et plus adaptés à la télévision », comme promis par Arkady Dvorkovich : le blitz déjà évoqué, et les parties rapides, de 30 minutes.

La mixité : Kouatly promet un tournoi mixte, idéal pour ériger la discipline en parangon de progressisme et d’égalité entre les sexes, même si la vérité est plus nuancée. Un tournoi féminin sera aussi programmé par souci d’équité. « Les hommes jouent aux échecs depuis 500 ans, les femmes depuis 70 ans », sourit la DTN Mathilde Choisy. « Jusqu’ici, on a eu une femme numéro 6 mondiale, mais pas au-dessus. »

La dimension sportive de la discipline : Prouver à tout prix que les échecs sont un sport relevant de l’effort physique. C’est le combat dans le combat, le point d’orgue de l’après-midi de lancement de la campagne vers 2024, le cheval de bataille des protagonistes, au point nous faire friser l’indigestion. Oui, évidemment, « il existe une débauche énergique, on peut perdre trois kilos sur une partie d’échecs [de six heures] car ça demande beaucoup de concentration, du stress », dixit Kouaty. Sophie Milliet a même poussé la démonstration jusqu'à nous faire son menu hebdomadaire à la salle:

« Je fais du sport cinq fois par semaine, principalement du badminton, du fitness et un peu de vélo, des sports un peu intenses physiquement. Ça me permet de faire moins d’erreurs et d’être plus performantes quand je joue. Il y a des aspects qu’on partage avec les autres sports comme l’alimentation et la psychologie. C’est pour ça que je pense que ça a toute sa place pour être reconnu par le comité olympique. »

Le contexte symbolique : En cas de réponse positive du Cojo, décisionnaire, la FIDE a déjà trouvé où poser ses pions. Bachar Kouatly : « le tournoi olympique d’échecs se jouerait à la Sorbonne, qui a déjà donné son accord. C’est là que Pierre de Coubertin a annoncé il y a 130 ans [127 ans pour être exact] le rétablissement des Jeux olympiques. » A l’échelle des échecs, 2024 sera une année importante, celle des 100 ans de la fondation de la Fédé internationale. C’était à Paris.

Les principaux acteurs de la discipline ont aussi en tête de sensibiliser à un sport qui, malgré internet, pâtit encore d’une image trop inaccessible au goût de Dvorkovich. Nous en avons été les premiers bénéficiaires. En plus de repartir avec un plateau d’échecs, Sophie Milliet et le boss de la FIDE se sont livrés à une joute improvisée en cadence blitz. Pion capture pion, fou capture fou. Pause. Grattage de tête. C’est quand même autre chose que nos parties sur la ligne 13.