Coupe du monde féminine: Pourquoi les Néerlandaises croient-elles en un colossal exploit face aux Etats-Unis?

FOOTBALL Après avoir arraché sa qualification pour la finale de la Coupe du monde, mercredi contre la Suède (1-0, après prolongations), la sélection néerlandaise rêve d'un premier sacre mondial

Au Parc OL à Décines, Jérémy Laugier

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Notamment conduites par la Lyonnaise Shanice van de Sanden, la sélection néerlandaise a fêté sa qualification devant son virage de supporters, mercredi soir au Parc OL.
Notamment conduites par la Lyonnaise Shanice van de Sanden, la sélection néerlandaise a fêté sa qualification devant son virage de supporters, mercredi soir au Parc OL. — Francisco Seco/AP/SIPA
  • Les Néerlandaises sont parvenues à se qualifier pour la première fois de leur histoire en finale de Coupe du monde.
  • Les partenaires de Jackie Groenen, buteuse providentielle mercredi soir au Parc OL, défieront la redoutable armada américaine dimanche (17 heures).
  • Sûre de sa force, grâce notamment à une épatante progression depuis le Mondial 2015, la sélection néerlandaise croit vivement en un exploit majuscule à Décines.

Entre une fébrilité étonnante et contagieuse, puis une première occasion de but après 64 minutes de jeu, rien (ou presque) ne laissait imaginer des séquences de liesse entre joueuses et supporters néerlandais, mercredi en fin de soirée au Parc OL. Quelques instants plus tôt, la sélection batave avait écrit une nouvelle page de son histoire en se qualifiant pour la première finale de Coupe du monde de son histoire. Un bonheur total qui permettrait presque au champion d’Europe 2017 d’oublier une demi-finale ultra-décevante contre la Suède (1-0).

« La situation était très tendue au début mais je crois que nous avons su gérer cette tension, surtout durant la prolongation », indique Jackie Groenen, auteure du but de la qualif' d’une jolie frappe lointaine (1-0, 99e). Qui dit finale du Mondial dit forcément casse-tête colossal contre l’armada américaine dimanche (17 heures). « C’est une équipe extrêmement forte, on parle quand même des Etats-Unis », poursuit la future joueuse de Manchester United.

« Notre groupe s’est transformé depuis quelques années »

Comment cette sélection de Sarina Wiegman pourrait-elle avoir une chance de réussir, là où l’Espagne, la France puis l’Angleterre ont toutes dû abandonner leur rêve de sacre suprême cet été ? « Notre groupe s’est transformé depuis quelques années, riposte la sélectionneuse néerlandaise. Pour l’emporter dimanche, il faudra batailler. Parfois, on n’a qu’une chance infime de gagner des matchs et il faut la saisir. » Au vu de la différence abyssale de niveau de jeu entre Angleterre – Etats-Unis et Pays-Bas – Suède, on ne peut que valider le concept « de chance infime ». Ajoutez tant qu’à faire le jour de récupération en moins pour les Néerlandaises, qui ont donc, en plus, dû passer par une prolongation.

Voici en vrac ce que l’affiche de la finale inspire aux joueuses des Oranje.

  • « On sait que chaque équipe a des faiblesses, les Etats-Unis aussi », assure la défenseuse Dominique Bloodworth.
  • « Elles ont une équipe fantastique. A nous d’être prêtes pour ce match., enfin à partir de jeudi car là, on va faire la fête avant », sourit Stéphanie van der Gragt.
  • « C’est un rêve pour nous d’affronter les Américaines dans une finale, complète Jill Roord. Bien sûr qu’elles seront favorites, mais on a vu que les Anglaises avaient eu de nombreuses opportunités en demie. C’est possible de les battre. »
  • « J’espère qu’on va pouvoir montrer toutes nos qualités, insiste de son côté Shanice van de Sanden. Je n’arrive pas à croire que nous sommes en finale. Nous avons beaucoup de confiance. Je sais que les Etats-Unis ont une grande équipe et qu’ils ont gagné la dernière Coupe du monde. Mais tout peut arriver avec cette équipe. »

Le facteur X Shanice van de Sanden, brillante en finales de Ligue des champions

La fantasque ailière sait de quoi elle parle. Si elle ne s’est jamais imposée comme une titulaire indiscutable depuis deux ans à Lyon, elle a réussi ses deux meilleures prestations… en finale de Ligue des champions, avec cinq passes décisives cumulées entre les éditions 2018 et 2019. Right place, right time la Shanice. Le grain de folie de la jeune femme, décevante jusque-là (aucun but et une passe décisive depuis le début du Mondial), pourrait faire office de facteur X.

De même que cette foi commune dans l’ascension fulgurante de la sélection, qui n’a participé à sa première Coupe du monde qu’en 2015 (élimination en 8es de finale), avant donc de devenir championne d’Europe à la maison deux ans plus tard.

« C’est fou comme tout va vite et dans le bon sens »

Passée durant deux années par une université américaine, la défenseuse Merel van Dongen (26 ans) décrypte la mutation du football hollandais.

Tout a commencé à changer dans notre pays il y a quatre ans, quand nous avons participé à notre première Coupe du monde. Il y a eu beaucoup plus d’argent investi pour les compétitions. Si tu as 18 ou 19 ans aujourd’hui, tu n’es plus obligée de travailler sept heures par jour. Tu peux avoir un contrat professionnel. De même, il existe désormais des académies de football comme je rêvais d’en avoir à mon époque. On récolte les effets positifs, comme les Etats-Unis ont pu le faire bien avant nous. »

Shanice van de Sanden confirme : « Quand j’ai commencé avec la sélection en 2008, je n’aurais pas cru qu’on pourrait parcourir tout ce chemin. C’est incroyable et c’est tellement spécial de repenser à la situation à l’époque. » « C’est fou comme tout va vite et dans le bon sens », sourit la milieu Jill Roord.

A tel point que dans leur version féminine, les Oranje auront l’occasion dimanche de venger leurs légendaires compatriotes Johan Cruyff, Johan Neeskens, Johnny Rep, Wesley Sneijder et Arjen Robben, tous battus en finale de Coupe du monde (1974, 1978 et 2010).