«Je n'avais jamais vu un truc comme ça», des témoins racontent la bagarre générale de Saint-Girons

RUGBY Une bagarre ultraviolente a opposé un club basque et un club catalan dimanche soir. Un joueur a terminé à l’hôpital

Propos recueillis par B.V. et M.D.

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Un jeune ailier a été blessé lors de la bagarre qui a éclaté durant la finale.
Un jeune ailier a été blessé lors de la bagarre qui a éclaté durant la finale. — Youtube / capture d'écran

Des images d’une rare violence. Des coups de poing qui partent dans tous les sens. A terre, un homme est roué de coups. Dans les tribunes, c’est aussi le chaos. La finale d’Excellence B de rugby tenue dimanche après-midi à Saint-Girons entre Mouguerre (Pays basque) et Elne (pays catalan) a offert un spectacle absolument lamentable. Une « bagarre générale » comme le rugby n'en faisait plus depuis quelques temps, et qui a envoyé un joueur de Mouguerre à l’hôpital après un K.-O. Il en est finalement ressorti dans la soirée, sans séquelles.

« Je n’avais jamais vu ça avant, et je ne pensais pas voir ça un jour au bord d’un terrain », raconte, encore sous le choc, Rémi Gomes. Membre bénévole du club de Saint-Girons – qui accueillait ce match en terrain neutre –, il assurait la sécurité de ce match, avec dix autres personnes. Et n’a pas vraiment compris comment tout a dégénéré.

Un match plutôt « calme » jusque-là

Alors qu’on joue les dernières secondes et que la victoire de Mouguerre est acquise, tout s’emballe et des coups sont lâchés. Rémi Gomes n’avait noté aucun « signe avant-coureur, c’était justement un match plutôt calme », explique-t-il. « On sentait quand même la pression monter chez les joueurs d’Elne », nuance Guillaume Busom, qui commentait le match pour Série-Rugby, chaîne YouTube qui suit le rugby occitan. Il se souvient d’un plaquage cathédrale alors que le jeu était arrêté et d’un autre à retardement qui a fait monter l’énervement, mais pas de ce qui a tout déclenché. Sur les images, on voit clairement que tout part des joueurs n° 20 et n° 5 d’Elne, qui assènent plusieurs coups de poing et de pieds sur des joueurs de Mouguerre après une phase un peu confuse.

(à partir de 1h15)

Sur le moment, le commentateur croit assister à une « générale » tout ce qu’il y a de plus classique dans le rugby amateur. Ça fait partie du folklore, ça fait rigoler tout le monde, une bonne salade de phalanges. Mais ce coup-ci, ça ressemble plus à une guerre civile. « Si tu veux vraiment jouer là-dessus, la générale tu la démarres à la 50e pour démoraliser les mecs en face et tenter de gagner le match, analyse-t-il avec recul. Là, le match était plié, on sentait qu’ils voulaient juste évacuer la frustration et mettre des marrons. »

Pendant près de deux minutes, les rugbymen se frappent sans la moindre retenue, les Verts de Mouguerre tentant de se défendre plus qu’autre chose. Plus incroyable encore, la bagarre se propage sur les bancs et en tribunes. Alors que là aussi, l’ambiance était plutôt correcte jusque-là. Rémi Gomes :

« Au départ, on a cru que c’était juste une bagarre entre joueurs comme il y en a souvent. Et puis, on a vu deux remplaçants qui voulaient y aller. On est intervenus pour qu’ils n’y aillent pas. On a aussi vu des supporters qui essayaient de rentrer sur le terrain donc on est allés les bloquer aussi. Et puis on a vu que ça partait en bas des tribunes. Il y avait entre 20 et 30 supporters de chaque côté qui se battaient. Quand les joueurs ont vu que ça se battait dans le public, ils ont arrêté et ils ont commencé à vouloir séparer des gens qu’ils connaissaient dans la tribune, je pense. Et après, pendant un long moment, ça a été bagarre entre supporters, et on essayait de faire reculer les deux groupes puis de les séparer vraiment. »

Contactés par les directeurs de match, les policiers et les ambulanciers arrivent rapidement. Guillaume Busom, depuis son poste de commentateur, sépare lui-même des gens qui se battent à 50 centimètres de lui. Il n’en revient toujours pas :

« Ça fait six ans qu’on a créé l’émission, je n’ai jamais vu ça. Je suis parti de là dégoûté. Que ça prenne de telles proportions, c’est n’importe quoi. On a même l’impression que les joueurs se regardaient, qu’ils étaient perdus tellement ils se sont rendu compte que c’était trop. »

Avec la présence des policiers et des chargés de la sécurité, le calme finit par revenir sur la pelouse de Saint-Girons. Le Bouclier est offert au vainqueur dans le vestiaire de Mouguerre, plutôt que sur la pelouse comme le protocole le veut habituellement. Pas la tête à faire la fête, tout simplement.

CIté par L'Indépendant, le président d’Elne a vivement attaqué ceux qui s’en prenaient à son club sur les réseaux sociaux depuis dimanche. « Il est évident que si un joueur n’avait pas été conduit à l’hôpital, ce match n’aurait eu aucun intérêt pour eux. Pour moi, la seule chose importante, c’est la santé du joueur blessé. Le reste je le laisse aux chiens. »