Homophobie: «Le but est d'expliquer qu’il faut chanter autre chose dans les stades, que ces mots peuvent blesser»

FOOTBALL Le président de PanamBoyz & Girlz United, Bertrand Lambert, décrypte le plan de lutte de la LFP

¨Propos recueillis par Maxime Ducher

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Le kop virage nord du Parc OL, dans lequel se trouvent les Bad Gones, dimanche lors du match entre Lyon et Marseille.
Le kop virage nord du Parc OL, dans lequel se trouvent les Bad Gones, dimanche lors du match entre Lyon et Marseille. — Jérémy Laugier/20 Minutes

La Ligue de Football Professionnel (LFP) a dévoilé lundi

son programme de lutte contre l'homophobie dans le football, en collaboration avec plusieurs associations (Foot ensemble, PanamBoyz & Girlz United, SOS homophobie).

Ce plan d’action révèle quatre mesures phare : le port de brassard arc-en-ciel lors de la prochaine journée, la distribution de livrets pédagogiques dans les centres de formation, des formations proposées aux référents supporters des clubs, et une procédure de signalements d’actes et de propos homophobes dans les stades.

Bertrand Lambert, président du

« club de foot 100% inclusif » PanamBoyz & Girlz United, donne quelques précisions quant aux motivations et aux applications de ce programme.

 

Quelles sont les origines de ce programme de lutte contre l’homophobie ?

C’est un travail de longue haleine commencé en 2014. Nous étions allés taper à la porte de la LFP pour lancer une opération lacets arc-en-ciel en Ligue 1 et Ligue 2. C’était un premier pas et, dans la continuité de cette opération, nous avons écrit à la LFP en décembre dernier pour cette fois-ci aller plus loin. Notre objectif est d’être plus concret et d’avoir un panel d’action assez large, pas seulement lié à la communication sur une journée.

Comment comptez-vous faire avancer les choses ?

On a toujours privilégié la stratégie des petits pas, en avançant de l’intérieur et en essayant de convaincre nos interlocuteurs sans forcément les insulter ou leur taper dessus (rire). On était bien conscients que la première opération des lacets n’allait pas assez loin, mais c’était la première fois qu’on parlait d’homophobie dans les clubs de foot professionnels. Pour la prochaine journée de Ligue 1 et de Ligue 2, les capitaines (et les entraîneurs et arbitres qui le souhaitent) porteront un brassard arc-en-ciel, plus visible et plus symbolique. Maintenant, il n’y a plus trop à convaincre sur ce qu’est l’arc-en-ciel mais plutôt à convaincre sur la nécessité de faire quelque chose.

En quoi consistera la sensibilisation des supporters à l’homophobie ?

Il y aura une formation prévue sur trois jours en septembre avec tous les référents supporters (créés par la loi du 10 mai 2016) de tous les clubs de France. Chaque club a l’obligation légale de désigner un référent. Durant les trois jours, il y aura toute une session consacrée à la problématique de l’homophobie pendant laquelle les associations collaboratrices viendront intervenir. Le but est d’essayer de déconstruire les clichés, d’expliquer qu’il faut chanter autre chose dans les stades, que ces mots peuvent blesser etc. Et ensuite, quand eux seront sensibilisés, ils pourront en parler à leurs supporters club par club. Ce sera une première étape, c’est important d’expliquer, sans stigmatiser, qu’avoir des orientations sexuelles différentes ne changent rien à leur passion du football.

 

Une fiche de signalement sera mise en place dès la saison prochaine pour permettre à tout spectateur de rapporter des comportements homophobes, sur quoi cela peut-il déboucher ?

Effectivement, si, malgré les tentatives d’explications et de sensibilisation, les choses ne changent pas, il faudra passer à un volet un peu plus répressif. L’idée est que n’importe quelle personne qui assiste à des actes homophobes dans un stade ait un endroit où aller en parler, ce qui n’est pas possible aujourd’hui. Tout cela pour faire ensuite remonter l’information. Cette fiche sera disponible sur le site de la Ligue et permettra à chacun de témoigner par écrit pour que la LFP se saisisse du problème et aille vérifier avec les vidéos du stade. Et si le cas d’homophobie est avéré, cela remontera jusqu’à la commission de discipline et la LFP, accompagnée de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et de SOS homophobie, pour que la Justice fasse son travail.

Ce dispositif de sanctions était-il devenu indispensable ?

Oui car on ne peut pas dire continuellement « il faut changer les mentalités, changer les chants, changer les choses » et ne rien faire si rien ne se passe. Ces chants sont pénalement répréhensibles, ils n’ont pas leur place dans la société en général alors pourquoi les stades feraient un cas à part. Les cas d’homophobie doivent aussi être traités de la même manière que les cas de racisme ou de sexisme. Pour nous, ce sont les mêmes ressorts de discrimination qui sont à l’oeuvre. L’idée n’est pas de mettre des amendes à tout le monde mais de faire comprendre aux gens qu’il faut agir différemment.

A quoi servira l’argent provenant de ces amendes ?

Tout l’argent sera reversé dans des formations auprès des supporters. Cela ne tombera pas dans les poches de la LFP. C’est une idée de Nathalie Boy de la Tour mais qui a été retenue collégialement ensuite. Il est évident que les associations ont toutes poussé le plus loin possible dans tous les domaines y compris pour celui-ci.

Avez-vous noté une recrudescence de l’homophobie dans les stades ?

Non ça n’a pas vraiment changé mais c’est devenu tellement banal que la plupart des supporters qui balancent ces insultes homophobes ne se rendent pas compte du tout de ce qu’ils disent, et n’ont pas du tout l’impression d’être homophobes. D’où l’importance d’aller les voir pour leur expliquer que l’homophobie détruit et que des adolescents homosexuels qui vont au stade ou regardent les matchs à la télé le prennent pour eux. Et que cela contribue par exemple au fait que le taux de suicide chez les jeunes homosexuels est bien plus élevé que pour le reste de la population.

Que prévoyez-vous pour le futur ?

Nous ferons un premier bilan dans six mois pour voir les évolutions. Nous avons également prévu d’écrire un lexique de l’homophobie à destination des délégués de match qui ont pour mission d’observer et de rapporter ce qu’ils remarquent d’anormal dans les stades. Ce lexique permettra d’expliquer la signification de certains termes passés dans le langage courant notamment des chants de supporters, et de rappeler qu’ils sont punis par la loi.