Flèche Wallonne: Comment la victoire d’Alaphilippe en 2018 a fait de lui une machine de guerre

CYCLISME Longtemps abonné aux places d’honneur, le Français n’arrête plus de gagner depuis qu’il a levé les bras en 2018 sur le Mur de Huy

J.L.

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Julian Alaphilippe lors de sa victoire à la Flèche Wallonne en 2018.
Julian Alaphilippe lors de sa victoire à la Flèche Wallonne en 2018. — Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA
  • Julian Alaphilippe sera le grand favori de l'édition 2019 de la Flèche Wallonne mercredi.
  • Sa victoire l'an passé a transformé le coureur français, qui collectionnait les accessits.
  • Le leader de la Quick Step est désormais presque imbattable dans les courses d'un jour.

Une illustration concrète du flair journalistique comme on n’en fait plus. Il y a un an jour pour jour, troisième mardi d’avril et brainstroming collectif au sein du glorieux service des sports de 20 minutes.

- « Ce serait-y pas le moment de dégainer un bon pap Valverde pour célébrer l’artiste avant sa douzième victoire de rang sur le Mur de Huy ? ».

- « Mais ouais c’est du lourd ça, fonce coco »

24h plus tard >> Julian Alaphilippe claque le beignet de Don Alejandro au bout de 1300 mètres d’effort intense debout sur les pédales. Le jour de la révélation pour le puncheur tricolore, complètement transformé par sa victoire dans la classique de cote la plus réputée de la saison. Suffit de jouer au jeu d’avant/après les yeux rivés sur son palmarès.

Le Julian d’avant la Flèche 2018 ? Un superbe coureur, déjà, mais un coureur trop impatient coupable de plusieurs erreurs tactiques alors qu’un gros coup se profilait, aux JO de Rio ou aux Mondiaux en Norvège.

  • 2e de la Flèche Wallonne en 2015 et 2016
  • 2e de Liège-Bastogne-Liège en 2016
  • 3e de Milan San Remo en 2017
  • 2e du Tour de Lombardie en 2017

 

Le Julian d’après la Flèche 2018 ? Une machine de guerre, favori ET vainqueur de presque toutes les courses d’un jour dans lesquelles il s’aligne, même quand c’est la toute première fois

  • Meilleur grimpeur du Tour l’an passé
  • 1er de la Classique San Sebastian
  • 1er sur la Strade Bianche
  • 1er sur la Via Roma de Milan San Remo

 

C’est un parti-pris, évidemment. Alaphilippe gagnait des courses au berceau, et il en a paumées ensuite, pas plus tard que dimanche dernier sur l’Amstel (on y reviendra). Mais la métamorphose est trop frappante pour être ignorée. Pour comprendre tout ce qui s’est joué l’an passé sur la Flèche : Julian débarque en Belgique après une année blanche sur les Ardennaises, son terrain privilégié, et la réputation naissante d’un type un peu chien fou, plus monstrueux avec les jambes qu’avec la tête.

Le consultant Eurosport Steve Chainel, proche du Français, se souvient : « Julian, c’est un mort de faim. Il devait se prouver à lui-même qu’il n’était pas perdu après sa blessure au genou, et il devait aussi prouver à l’équipe Quick Step qu’elle ne s’était pas trompée en en faisant son leader pour cette course. Après, quand on est à un tel niveau de performance, le 0,1 % en plus qui te fait gagner, ça peut prendre du temps. Il te faut un déclic. » La fameuse métaphore footeuse des buts qui viennent comme le ketchup une fois que t’as mis le contact. Le contact, justement, sur la Flèche. Qu’est-ce qu’Alaphilippe a fait de différent en 2018 par rapport à 2015 ou 2016, quand le nouveau meilleur puncheur du monde avait pété à la pédale derrière Valverde, démasqué comme un serf surpris en train piéger un lapin sur les terres du seigneur des lieux ?

« La clé, c’était "Crois en toi, tu peux le battre" »

Rien de bien sorcier selon le directeur sportif Klass Lodewyck, aux commandes de l’armada Quick Step mercredi. « Le Mur de Huy, c’est simple. La seule tactique c’est d’être bien placé au pied et de laisser les jambes faire leur travail. On a toujours su que Julian avait le potentiel pour remporter de grandes courses, à commencer par celle-ci. La clé, c’était "Crois en toi, tu peux le faire, tu peux battre Valverde" ». Merci pour le tuyau Klass. Heureusement, Steve Chainel croit avoir distingué autre chose que les méthodes de visualisation positive en cinq techniques imparables vendues par YouTube.

« Jusqu’à l’an passé, Julian courrait la Flèche à bloc en se disant "essaye de battre Valverde". Mais cette fois, il a regardé partout autour de lui dans le dernier Mur, comme un gars en contrôle qui sait qu’il est le plus fort du plateau. Il devait se faire mal dans les 200 derniers mètres bien sûr, mais on le voit regarder partout pour ne pas commettre d’erreurs tactiques, parce qu’il sait qu’à la régulière, il gagne. »

Il sait et les autres savent, désormais. A l’image d’un Sagan il y a deux ou trois ans, Alaphilippe s’avance désormais en épouvantail sur tous les terrains. Débarrassé de l’urgence de la victoire, il court plus juste, sans se livrer trop tôt ou trop tard. Le Français n’a jamais mis les pieds sur les chemins de terre de la Toscane profonde ? Il fait mumuse avec Fuglsang dans les derniers kilomètres avant de le planter sur la dernière montée à Sienne. « Après avoir gagné sur la Strade, il m’a répondu "je l’ai gagnée en roublard". Ça, tu ne peux le faire que quand t’as déjà remporté des courses. Ça te donne l’énergie et le moral supplémentaires au moment de porter l’effort qui fera la différence. » Même intelligence situationnelle le jour de Milan-San Remo, où le Français va chercher Clarke dans le Poggio en dosant son accélération pour en garder sous le pied en vue du sprint final, lui aussi parfaitement négocié sous le regard d’un Sagan médusé.

Une alerte à l’Amstel ?

L’équilibre est pourtant plus fragile qu’il n’y paraît. Le 0,1 % peut parfois rebasculer de l’autre côté, comme dimanche dernier sur les routes de l’Amstel. Alpahilippe était parti pour retourner Fuglsang à la poêle avant de voir débouler les poursuivants à toute berzingue dans la dernière ligne droite et flinguer sa course. Une simple erreur de communication des écarts, comme le suggérait son équipe, où le signe d’une confiance érodée depuis sa chute au Pays basque ?

« Le corps garde des séquelles pendant plusieurs semaines, il est possible que Julian ne soit pas à 100 %, sinon il aurait roulé jusqu’au bout avec Fuglsang pour le taper au sprint à la fin, hasarde Chainel. «Julian était déçu, mais il est totalement remis de sa chute, répond son directeur sportif. Sa victoire l’an passé lui a donné la motivation pour s’entraîner encore plus dur et Il est très impatient de retrouver une course si importante dans sa carrière. Aujourd’hui, c’est lui le favori. » On dirait bien le seul, mais c’est le genre d’assertion définitive qui finit par nous faire écrire des bêtises sur Alejandro Valverde.