NBA: «Je ne suis pas là pour me faire des potes», on a parlé à un Rudy Gobert en mode play-offs

BASKET L'intérieur du Jazz va affronter les Rockets de Houston au premier tour des play-offs

Propos recueillis par Aymeric Le Gall

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Rudy Gobert s'apprête à bâcher un quidam de la NBA.
Rudy Gobert s'apprête à bâcher un quidam de la NBA. — Rick Bowmer/AP/SIPA
  • Rudy Gobert va connaitre à partir de vendredi ses deuxièmes play-offs NBA avec le Jazz d'Utah.
  • Il affronte les Houston Rockets de James Harden au premier tout.
  • «20 Minutes» a pu parler à Rudy Gobert quelques jours avant le premier match.

Il a bien failli être le seul joueur tricolore qualifié pour les playoffs, avant le rush victorieux des derniers jours du Magic d’Evan Fournier. Rudy Gobert, favori pour confirmer son titre de meilleur défenseur de la Ligue, a encore grandi dans son rôle et dans ses statistiques avec Utah. Passé tout près d’une sélection au All Star Game, le pivot le plus dissuasif de la galaxie dans une raquette NBA va devoir se démultiplier face à James Harden, l’homme aux 40 pions de moyenne ou presque cette saison avec Houston. Un duel qui promet déjà des highlights croquignolants au réveil. En guise de mise en bouche, 20 Minutes a causé de tout ça avec la nouvelle star du basket français.

Comment jugez-vous le parcours du Jazz jusqu’à présent et ce premier tour de play-offs qui vous attend ?

On a connu des hauts et des bas, avec notamment pas mal de blessures de nos joueurs clés, mais ça reste globalement une très bonne saison pour nous jusqu’ici. On est l’une des deux meilleures défenses NBA, à nous maintenant de bien nous préparer pour les playoffs. On est confiants. On sera prêts. On sait qu’on est capables de faire de grandes choses ensemble cette saison, c’est à nous de le montrer.

Sur un plan personnel, vous êtes en lice pour remporter une deuxième saison de suite le titre de meilleur défenseur NBA. Jouable ?

Je pense que je suis encore meilleur défensivement cette année que la saison passée et je pense que j’ai de grande chance de le gagner, oui.

On lisait des interviews de vous récemment ou vous disiez mériter ce trophée. Quand on tient ce discours aux Etats-Unis on a l’impression que ça passe, moins en France, comme Griezmann avec le Ballon d'Or par exemple. Etes-vous d’accord avec ça ?

Clairement. Les Etats-Unis ne sont pas parfaits en termes de mentalité, la France ne l’est pas non plus, mais on a trop tendance chez nous à se sous-estimer. Dès que quelqu’un a des objectifs très élevés, les gens vont avoir tendance à dire qu’il a le « boulard », qu’il vise trop haut. Je ne veux pas non plus généraliser, on a beaucoup de gens chez nous qui sont très ambitieux, mais c’est vrai qu’il y a un peu ce côté-là et c’est dommage car on a tellement de talents, tellement de mixité chez nous, et pas seulement dans le domaine du sport, qu’on pourrait être sur le toit du monde. Mais on se tire un peu vers le bas et c’est dommage.

Pouvez-vous revenir sur vos larmes devant la presse au moment où vous avez appris que vous n’étiez pas au All-Star Game ?

Les larmes sont venues quand j’ai commencé à parler de ma mère, qui a fait tant de sacrifices pour moi et qui m’a permis d’être là où je suis aujourd’hui. J’ai été pris par l’émotion. C’est vrai qu’on n’a pas toujours envie de montrer ça face à la caméra parce que ça peut être une opportunité pour d’autres de réagir et de tenter de prendre l’ascendant psychologique sur toi. Mais bon, je dis toujours que si tu ne prends pas à cœur ce que tu fais et que tu ne montres pas d’émotion, c’est que tu ne fais pas la bonne chose dans ta vie, tu ne fais pas le bon métier. L’émotion est synonyme de passion. Un compétiteur en a forcément.

Et là c’est arrivé face aux médias…

Quand tu parles aux médias, t’es quand même obligé d’être un peu dans le calcul, mais parfois ça sort. Ce n’était pas la première fois que je versais une larme et ça ne sera pas non plus la dernière. Mais le fait que ce soit quelqu’un qui fait 2,15m, qui est imposant, qui joue en NBA et qui est perçu un peu comme une terreur dans la raquette, les gens ne s’attendent pas à qu’on montre un autre visage, plus humain. « Ouais t’as vu, Gobert il pleure ». Ben ouais.

Tu parlais de gens qui en profitent pour te chambrer. Tu fais allusions à Draymond Green ou Andre Iguodala qui ce sont un peu moqués de toi.

(Il rigole) Ouais au moment où c’est arrivé je savais qu’il allait y avoir des réactions, oui ! Ça ne m’a pas surpris plus que ça, ça fait partie du jeu on va dire. Après, je sais que ces gars-là on beaucoup de respect pour moi, comme j’en ai pour eux, il n’y avait rien de méchant là-dedans. Et je pense qu’ils n’avaient pas vu que je parlais de ma mère. Ils se sont peut-être sentis bête après ça mais je sais qu’il n’y avait rien de personnel. Et si l’un d’entre eux pleure un jour ça sera à mon tour de me moquer !

Parlons de trashtalk justement. Au-delà du show, du folklore, c’est quelque chose qui peut avoir un réel intérêt, un réel impact sur la performance d’un joueur ?

Bien sûr, le basket est un jeu énormément axé sur le côté psychologique et si tu prends l’ascendant à ce niveau-là sur ton adversaire, c’est un gros plus pour ton équipe. Tout ce qui va te permettre de déstabiliser ton adversaire tu vas le faire. T’en as qui vont être dans la parlotte, d’autres ça sera plus sur le côté physique, ils vont te mettre des coups de pression. Quand t’es un compétiteur et que tu veux gagner, il y a plein de choses à faire en termes de trashtalk.

Vous en jouez aussi ?

Ouais moi j’aime bien ça. Tout ce que tu peux utiliser pour intimider l’adversaire, tu l’utilises. Après c’est dur de se souvenir d’un truc en particulier, il y en a tellement tout le temps. Sur les lancer-francs par exemple, j’aime bien les déconcentrer ou alors quand t’as un mec qui arrive sous le panier et que tu sens qu’il n’est pas sûr de lui, je vais lui glisser « ben alors mec, pourquoi tu tires pas ? »

Ça se passe aussi sur les réseaux sociaux aujourd’hui. Un journaliste racontait une scène où vous étiez au resto et vous ne lâchiez pas Twitter du repas. Nico Batum disait même que vous étiez accro….

Il a un peu menti (rires). C’est vrai que j’aime bien ça mais j’ai quand même appris à me calmer un peu avec le téléphone et à laisser les choses couler un peu plus. Mais c’est vrai que j’aime bien voir ce que les gens disent à mon sujet. Ça me motive encore plus. Il y a beaucoup de gens qui n’aiment pas voir les choses négatives qu’on dit sur eux. Bien sûr moi aussi je préfère quand on dit des trucs positifs à mon sujet mais dans le cas contraire je trouve que ça va avoir tendance à me tirer vers le haut. Dans ma tête je suis là « je vais te montrer que t’as tort ».

Embiid, qui est un grand fan du trashtalk, disait que la NBA devenait trop lisse, trop soft…

C’est vrai qu’avec la nouvelle génération de joueurs, tout le monde est copain avec tout le monde, c’est différent de ce que j’ai connu en arrivant en NBA et ça l’était encore plus à l’époque j’imagine. Moi, en tant que compétiteur qui veut toujours gagner, je ne suis pas là pour me faire des potes. Après, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de respect, mais encore une fois : je suis pas sur un terrain pour être ton pote, je suis là pour gagner et tu te trouves sur mon chemin.