Infrastructures, moyens et politique sportive... Ces clubs de Ligue 1 peu visibles en foot féminin

FOOTBALL FEMININ Les locomotives du football féminin français que sont le PSG et l'OL cachent une réalité très diverse, alors que le pays s’apprête à accueillir la Coupe du monde de la discipline

N.S. avec J. G., D.P. A.I et J. S.-M

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Le FC Nantes féminin (ici Anaïs Messager), a connu trois accessions en quatre ans d'existence.
Le FC Nantes féminin (ici Anaïs Messager), a connu trois accessions en quatre ans d'existence. — Photo FC Nantes Arnaud Duret
  • Si la plupart des clubs de Ligue 1 ont une section féminine, tous n’ont pas les mêmes moyens que l’OL, le PSG ou à un degré moindre Montpellier.
  • Des clubs comme Nantes ou Marseille visent une place dans l’élite, d’autres comme le TFC caressent des ambitions différentes.

Une Coupe du monde organisée pour la première fois en France (7 juin-7 juillet) avec des Bleues ambitieuses, un nombre de licenciées en hausse (165.000 en juin 2018) des clubs locomotives en Europe, comme l’Olympique lyonnais et le Paris-Saint-Germain… La vitrine du foot féminin tricolore est rutilante. Mais l’arrière-boutique sent un peu la naphtaline.

« L’OL et le PSG sont les arbres qui cachent la forêt, juge José Da Silva, le président de l’association du TFC, en charge notamment des 163 joueuses de la section féminine. La FFF doit donner des règles. Est-ce qu’il ne faut pas une refonte des championnats de D1 et D2 [aujourd’hui composée de deux poules], est-ce que les droits TV sont dignes ? »

Le problème des contrats fédéraux proposés par certains clubs, en D1 mais aussi en D2, est également soulevé par José Da Silva, qui évoque « un monde semi-pro dans lequel évoluent des joueuses amateurs ». Si certaines footballeuses fonctionnent avec un agent, même dans l’antichambre de l’élite, on est bien loin de l’attaquante norvégienne de Lyon Ada Hegerberg, premier Ballon d’or féminin, qui toucherait selon L’Equipe entre 400.000 et 500.000 euros annuels.

Les Violettes s’entraînent par exemple le soir après le travail ou la fac, et jouent à domicile à Labège, en banlieue. Club phare au tournant du troisième millénaire (quatre titres nationaux de 1998 à 2002), Toulouse lutte aujourd’hui en fond de D2. Alors que dans les années 2000 le président Olivier Sadran ne cachait pas son peu d’intérêt pour le foot au féminin, José Da Silva assure que les choses ont changé, et que « le club a mis les moyens pour nos déplacements en avion, les primes de match, quelques défraiements et aussi pour trouver des boulots ». Ce n'est pas le PSG, Lyon ou Montpellier, certes, mais c'est déjà plus que d'autres grands clubs du foot français. 

Le Stade Rennais pas branché compétition féminine

Un exemple ? Celui du Stade Rennais. Comme Nîmes et Angers, le club n’a pas de section féminine. Et si Caen, par exemple, va réparer « l’oubli » en septembre prochain, ce n’est pas d’actualité du côté du Roazhon Park, qui accueillera pourtant sept matchs du Mondial cet été. Le président Olivier Létang indiquait voici deux semaines à Ouest France vouloir ouvrir une école de foot pour les petites filles à la rentrée. « L’objectif sera social et sociétal. On ne sera pas du tout dans la compétition. »

« A partir du moment où un club décide d’investir les moyens humains surtout, avant même les moyens financiers, et qu’il a l’envie, qu’il se rapproche de la Fédération, de la Ligue et des cadres techniques pour aider à se structurer, tout le monde peut y arriver, expliquait récemment à 20 Minutes Frédérique Jossinet, responsable du football féminin à la Fédération française. 

C'est un peu l'exemple du « voisin » nantais. Créée en 2014, l’équipe senior féminine du FCN a connu trois accessions en quatre ans. La voici en Régionale 1 (troisième division), à la deuxième place à un point du Mans, leader (les deux premiers sont barragistes). « Nous avons pour objectif l’élite en 2020, explique Jacky Soulard, président de l’association. C’est aussi la volonté du président Kita d’avoir une équipe féminine en D1 digne de ce nom. »

A l’étroit à Nantes, un centre d’entraînement dernier cri à Marseille

Seul bémol, « on est un peu à l’étroit à la Jonelière, on se marche sur les pieds avec le centre de formation », regrette Soulard. L’équipe senior est aussi sans stade fixe et est obligée de s’exiler aux quatre coins de la ville ou de l’agglo. Un problème plus que récurrent. Frédérique Jossinet: « On a tendance à faire du foot féminin un cas à part. Mais faire du foot féminin c’est faire du foot tout court. Il faut que les filles soient aussi bien accueillies, dans les mêmes conditions, que les hommes ».

C'est en partie pour ça que même certaines équipes féminines adossées à des gros clubs de Ligue 1 végètent encore dans des divisions inférieures. « Notre gros souci, ce sont les infrastructures, constatait en novembre dernier Thierry Brand, référent de l'équipe féminine de Strasbourg. On a dû demander à la ville l’accès au terrain Jean-Nicolas Muller, parce qu’on n’avait pas de place au centre de formation. Pour les terrains ou les vestiaires, on a dû se délocaliser. On n’est pas prêt à devenir un club professionnel féminin ces deux prochaines années. »

A Marseille, les filles se préparent sur l’OM Campus, un centre d’entraînement dernier cri, inauguré en octobre. Le budget de la section est resté stable : 1,5 million l’an dernier en D1, même chose cette année en D2. « Mais l’OM a investi 6 millions d’euros sur l’OM Campus », martèle un porte-parole du club. De quoi faire regretter à cette ancienne Phocéenne de ne pas être arrivée plus tard ? De son temps, « les salaires étaient médiocres et les infrastructures pas terribles », indique-t-elle en off.

Un entraînement des filles de Marseille en mars 2017, avant l'OM Campus.
Un entraînement des filles de Marseille en mars 2017, avant l'OM Campus. - J. S.-M. / 20 Minutes

L’époque n’est pas bien lointaine, puisque la section féminine a été lancée en 2011. Avant d’enchaîner les montées jusqu’à une surprenante quatrième place en D1, en 2016-17. Puis l’équipe s’est effondrée l’an dernier et ferraille désormais en D2, où les joueuses entraînées par Christophe Parra occupent la deuxième place, derrière Saint-Etienne. « Je ne suis pas un grand supporter des Dreyfus, mais au niveau de la section féminine, il y avait un vrai travail, analyse Philippe Serve, supporter et suiveur assidu des Marseillaises. J’ai l’impression que l’effort est désormais inférieur à ce qui était fait auparavant. »

A Toulouse, la formation avant tout

Dans cette même poule B, les Toulousaines, dixièmes sur 13, regardent en bas. Et la remontée dans l’élite, quittée en 2013, n’est pas la priorité. « Il ne faut pas surinvestir sur une catégorie, indique le président José Da Silva. La D2, c’est la vitrine. Mais ces résultats cachent le travail que l’on fait derrière, un peu comme chez les hommes avec les U19 en demi-finale de Gambardella. Nous avons la meilleure formation de la région. »

Et c’est déjà beaucoup pour le dirigeant, qui espère que le prochain Mondial, que Toulouse verra de loin, servira de déclic : « Il va falloir qu’il se passe quelque chose, qu’il y ait des retombées. »