Football féminin: Les sections féminines ont-elle besoin de s'adosser à un club masculin pour réussir?

FOOTBALL Le développement des équipes féminines est-il facilité lorsqu'il se fait au côté d'un club déjà au haut-niveau chez les hommes?...

Alexia Ighirri

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Football féminin (Archives)
Football féminin (Archives) — Shutterstock/SIPA
  • Chez les filles aussi, un PSG-OL reste un choc au sommet du championnat de France. Les deux clubs en sont les plus grosses écuries. Signe que les sections féminines doivent forcément être adossées à un club déjà installé au haut niveau pour performer ?
  • Frédérique Jossinet, responsable du football féminin à la Fédération française de football estime que « tout le monde peut y arriver », « à partir du moment où un club décide d’investir les moyens humains surtout, avant même les moyens financiers, et qu’il a l’envie ».
  • Est-ce plus plus simple pour des clubs performants chez les masculins? « Ils doivent trouver de nouveaux créneaux, des éducateurs, des encadrants. Parfois il faut donc rajouter des choses, ce n’est pas plus facile. » Mais dans le même temps, cela donne la possibilité de mutualiser des moyens.

Paris-Lyon, c’est la grosse affiche ce dimanche soir sur Canal+. Alors non, pas de Neymar ou Depay. Mais Katoto ou Le Sommer seront sur le terrain. Ah oui, on ne vous a pas dit : c’est un match de la D1 féminine qui est diffusé en direct.

Il y a de quoi se méprendre si l’on n’est pas un observateur assidu de foot français. Comme chez les masculins, un PSG-OL reste un choc au sommet du championnat de France. Les deux clubs sont les plus grosses écuries françaises. Signe que les sections féminines doivent forcément être adossées à un club déjà installé au haut niveau pour performer ?

« A partir du moment où un club décide d’investir… »

Frédérique Jossinet, responsable du football féminin à la Fédération française de football est « mitigée » dans sa réponse : « A partir du moment où un club décide d’investir les moyens humains surtout, avant même les moyens financiers, et qu’il a l’envie, qu’il se rapproche de la Fédération, de la Ligue et des cadres techniques pour aider à se structurer, tout le monde peut y arriver ». Et si l’on veut être juste, la première division compte aussi des clubs reconnus pour leur section féminine comme Soyaux.

Juridiquement, il n’y a aucune obligation pour un club pro d’avoir une section féminine. Frédérique Jossinet, directrice du football féminin à la Fédération française de football souligne alors : « On a tendance à faire du foot féminin un cas à part. Mais faire du foot féminin c’est faire du foot tout court. Il faut que les filles soient aussi bien accueillies, dans les mêmes conditions, que les hommes ».

Mutualisation des moyens ?

Ce qui la laisse penser que ce n’est pas forcément plus simple pour des clubs performants chez les masculins : « Ils doivent trouver de nouveaux créneaux, des éducateurs, des encadrants. Parfois il faut donc rajouter des choses, ce n’est pas plus facile. On a identifié comme frein le manque de vestiaires 100 % féminins par exemple. La fédération doit inciter les clubs à revoir leur modèle et leur projet. »

Mais dans le même temps, cela donne la possibilité de mutualiser des moyens : « Pour la gestion des déplacements, c’est peut-être le même service qui s’en occupe. S’il y a une cellule médicale, elle peut être partagée, illustre Sandrine Ringler, cadre technique régional à la ligue de football Grand Est. « La fédération pourrait le vouloir, de prendre des entités qui sont déjà structurées au haut niveau. Parce qu’on le voit chez les masculins d’ailleurs : des clubs ont des difficultés à accéder au haut niveau, de passer la DNCG ».

Le nom d’un club de haut niveau comme attrait

C’est le cas par exemple, quelques échelons en dessous du PSG ou de l’OL féminin, avec la section féminine du Racing club de Strasbourg (créée en 2011, dont l’équipe 1 seniors joue  en Régional 1, soit la troisième division française). « On s’est greffé à l’organisation masculine. Ce qui nous a fait beaucoup de bien, c’est qu’il y a un intendant salarié au club, une buanderie… Même si cela a nécessité une réorganisation », explique son référent, Thierry Brand.

Ce qui est certain, c’est qu’évoluer dans le cadre d’un club déjà installé au haut niveau attire. « On a très vite pu grandir parce qu’il y avait le nom “Racing”. C’est un truc exponentiel. On n’a pas eu besoin de faire des grosses journées de recrutement », poursuit-il. Aujourd’hui, il y a 160 filles, et une équipe dans toutes les catégories d’âge dont deux équipes seniors. Thierry Brand souligne toutefois qu' « il n’y a pas beaucoup de filles qui viennent de loin. On est un club de quartier : celui de Neudorf, de la Meinau ».

L’équipe fanion est première de R1. Mais même si les résultats suivent et que le nom du Racing y est associé, il n’y a pas d’ambition de monter de division à court terme. « Notre gros souci, ce sont les infrastructures, constate Thierry Brand. On a dû demander à la ville l’accès au terrain Jean-Nicolas Muller, parce qu’on n’avait pas de place au centre de formation. Pour les terrains ou les vestiaires, on a dû se délocaliser. On n’est pas prêt à devenir un club professionnel féminin ces deux prochaines années. »

Les choses pourraient évoluer avec le projet de rénovation du stade de la Meinau : « Les actionnaires se sont engagés à investir sur le centre de formation. Alors là peut-être… Il faut que les féminines soient dans le centre de formation, qu’on soit tous ensemble. »