Football féminin: L'intérêt pour les joueuses grandit, l'arrivée des agents s'intensifie

FOOTBALL Le football féminin se professionnalise et a vu l'arrivée d'agents, de plus en plus nombreux à s'intéresser aux joueuses...

Alexia Ighirri avec Bruno Poussard

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La Ligue d'Alsace de football doit disparaître d'ici au 31 mars 2017 du fait de la réforme territoriale. (Illustration)
La Ligue d'Alsace de football doit disparaître d'ici au 31 mars 2017 du fait de la réforme territoriale. (Illustration) — G. VARELA / 20 MINUTES
  • En attendant le Mondial 2019, le foot féminin français poursuit son développement, tentant de réduire peu à peu les écarts avec la pratique masculine.
  • Les clubs se professionnalisent, les droits télés ont été acquis par Canal+ et les agents sont de plus en plus nombreux à s’intéresser aux joueuses.
  • « Lors de la Coupe du monde des U20 en 2016, trois filles sur les 21 du groupe avaient un agent. Au Mondial cet été, 18 joueuses avaient un agent », chiffre Sandrine Ringler, entraîneure adjointe des Bleuettes, qui regrette des situations encore « très floues ».

La France souhaite la même réussite aux footballeuses au Mondial de juin 2019 que celle de leurs homologues masculins en Russie. En attendant la compétition, le foot féminin français poursuit son développement, tentant de réduire peu à peu les écarts avec la pratique masculine. Les clubs se professionnalisent, les droits télés ont été acquis par Canal +… Et l’on peut ajouter à cette liste l’arrivée des agents, de plus en plus nombreux à s’intéresser aux joueuses.

Un phénomène assez récent et qui s’intensifie, même derrière les footballeuses plus renommées de l’équipe de France A, de l’Olympique lyonnais ou du Paris-Saint-Germain. « Lors de la Coupe du monde des U20 en 2016, trois filles sur les 21 du groupe avaient un agent. Au Mondial cet été, 18 joueuses avaient un agent », chiffre Sandrine Ringler, entraîneure adjointe des Bleuettes.

« Avant, aucun agent n’attendait à la fin de l’entraînement ou du match »

L’agent Sonia Souid qui, pionnière, a signé ses premières joueuses en 2012, confirme : « Avant, aucun agent n’attendait les joueuses après un entraînement ou un match pour enclencher une discussion avec elles. Aujourd’hui, elles sont plus sollicitées. En France A, elles ont toutes un agent. Parce qu’à un moment c’était aussi devenu une mode, et ce n’était alors pas normal de ne pas en avoir. »

Si elle ne veut pas généraliser, d’autant qu’elle n’a pas affaire directement à eux, Sandrine Ringler regrette que certaines situations soient encore « très floues » entre agents licenciés à la Fédération française de football ou ceux qui se disent « conseillers ». Face à quoi, la cadre s’inquiète d’une « méconnaissance », voire d’une « naïveté » des joueuses qui « se laissent faire ».

« Au Mondial, les agents faisaient des comptes rendus du match à leur joueuse, sur ce qu’elle avait de bien ou de mal. Il veut faire monter sa cote. C’est un environnement un peu néfaste. »

Elle raconte l’exemple d'« une joueuse qui voulait aller dans un club mais qui a accepté d’aller dans un autre expliquant que son “agent connaissait mieux ce club-là”. Le choix de la joueuse n’a pas été suivi, l’agent a voulu la placer là où le contact était plus facile pour lui ».

Cette confusion est aussi pointée du doigt par les professionnels eux-mêmes : « Je ne recommanderais pas 90 % des agents, glisse Sonia Souid. Mais la part restante fait très bien son travail. L’agent est là pour soutenir, conseiller, mais ce n’est pas une baby-sitter qui doit être là tout le temps. »

La concurrence entre agents « encore insuffisante »

Fabien Petit, agent qui s’est exclusivement consacré aux footballeuses en 2015, se souvient : « Dans le foot féminin au début, j’étais choqué de voir des pseudos conseillers qui pouvaient s’engueuler avec les parents en tribunes. Ils n’avaient pas forcément le recul, la déontologie. Nous, on travaille dans l’ombre en soutien des sportifs et des clubs. Mais il y a un savoir-vivre, une éducation à avoir. Aujourd’hui, le monde des agents a bien changé. […] Et chez les filles, c’est encore à deux vitesses mais on voit moins ça, ces personnes vues à l’époque ont mûri. »

Ces dernières années, il a vu la concurrence grandir sur ce marché, mais la juge « encore insuffisante ». Selon lui il faudrait que chaque joueuse ait un agent, ce qui n’est pas encore totalement le cas en première division. « Il faut que les joueuses aient cette expertise supplémentaire ».

Sur ce sujet, le foot féminin est en phase d’apprentissage. Il s’agit de faire en sorte que cette transition se passe sans trop d’accrocs : « Je sais, grâce aux discussions avec des collègues d’autres clubs, que ça devient problématique, confie Marilou Duringer, présidente du FC Vendenheim (deuxième division). Certains agents sont très bien mais d’autres promettent des choses ni légales ni justes. Il faut que les clubs fassent très attention. Je vais devoir parler aux jeunes pour les sensibiliser. »

« On ne peut pas éviter les agents si les parents des jeunes sont pour. Le tout, c’est de faire attention à qui est l’agent. Si on laisse faire, on sera envahi par ça. On sait que ça circule et que ça se rapproche des clubs de plus petite envergure. »

Par crainte de voir le développement du foot affecté, Sonia Souid prévient aussi : « Un euro investi dans le foot féminin c’est quasiment un euro de perdu. Alors si les clubs commencent à avoir des maux de tête avec des pseudos agents qui engrènent d’une manière négative les joueuses… Ça n’encourage pas le club à continuer à investir et former. »

Sur le terrain, Nicolas Both, le coach de Vendenheim s’y fait « tant que ça n’altère pas la relation entre la joueuse et son club, ou la joueuse et son entraîneur, et que le côté sportif reste au centre de la relation ». Et croit savoir que ses joueuses n’hésitent pas à beaucoup parler entre elles de leurs bonnes ou de mauvaises expériences.