OM-Amiens: «Enfin dans le combat», les Marseillais se sont-ils réconciliés avec le Vélodrome?

FOOTBALL Après trois mois de crise, la passion est-elle revenue autour du Vélodrome ? Grâce à une série de trois victoires, l'OM a reconquis ses supporters

Au stade Vélodrome, Jean Saint-Marc
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Balotelli et Caleta-Car célèbrent face au Vélodrome, après OM-Amiens, samedi 16 février 2019.
Balotelli et Caleta-Car célèbrent face au Vélodrome, après OM-Amiens, samedi 16 février 2019. — C. Simon / AFP
  • Après plusieurs mois de crise et de grève, les supporters de l'OM s'enthousiasment de nouveau pour les résultats de leur équipe, qui vient de remporter trois rencontres consécutives.
  • La recrue de cet hiver Mario Balotelli incarne cette passion retrouvée à Marseille.

Nos oreilles vibraient encore des « mouille le maillot ou casse-toi » des derniers matchs​. Mais l’hiver est passé. Sous un soleil printanier, le Vélodrome a retrouvé ses tubes les plus festifs, ce samedi : les mythiques « Aux Armes » et « qui ne saute pas n’est pas Marseillais » ont rapidement fait oublier les injurieux chants anti-LFP de l’avant-match. Dès la 30e minute, le Vélodrome a explosé. Il faut dire qu’un OM conquérant menait déjà 2-0 face à Amiens, après une excellente entame de match.

Les Olympiens ont tenu ce score. Et sur le parvis du Vélodrome, on a rencontré un Manu tout enthousiaste. Fan de l’OM de très longue date, ce Réunionnais d’une trentaine d’années venait de vivre le premier match de sa vie au Vélodrome. « C’était excellent ! On est complètement réconciliés avec eux, s’est-il enthousiasmé, avec son écharpe toute neuve autour du cou. Le but de Thauvin était magnifique. Ils ont plus d’assurance, ils jouent enfin au ballon ! »

SuperMario super populaire

C’était une première aussi pour la jeune Mélisande, 9 ans. Elle a beaucoup aimé « les chants et les buts. » A-t-elle attrapé le virus « OM », ce samedi soir ? Son père Jean-Baptiste l’espère. Et si c’est le cas, ce sera grâce à Mario Balotelli : « Son arrivée a tout changé ! Ce n’est plus la même équipe », estime le quadra.

L’Italien sait se faire aimer, c’est vrai. Face à Lille, il avait marqué son premier but à l’OM après seulement 20 minutes sur le terrain. Pour sa deuxième sortie face au public du Vélodrome, après un huis clos face à Bordeaux, Mario Balotelli a de nouveau scoré. Une frappe de marmule, en pivot (25e). Il affiche déjà trois buts en quatre matchs. Et les virages l’ont aussitôt adopté. SuperMario est sorti sous les vivats, à la 70e. Juste avant, il avait célébré tout en pudeur un second but (ensuite refusé), d’un simple geste de la main, face à un virage nord en feu. Les plus enthousiastes y brandissaient déjà – et un peu tôt – une banderole célébrant « l’Olympique de Balo ».

« Mario nous a apporté beaucoup de positivité (sic), de joie de vivre », a estimé Morgan Sanson. En zone mixte, il voulait aussi « remercier les supporters » pour « cette super ambiance » : « On a été très peinés par le huis clos face à Bordeaux. On ne veut plus revivre ça. Ce [samedi] soir, on a les gens qui chantent, les familles… Je ne demande rien de plus ! » Mettons le huis clos, forcément exceptionnel, à part. Mais on a revu, ce samedi, la grosse ambiance au Vélodrome.

50.871 supporters étaient là, grâce au soleil, aux vacances scolaires et à une grosse promo pour les moins de 12 ans. Une affluence en net progrès par rapport aux cinq derniers matchs (hors huis clos), qui se disputaient devant 29.500 spectateurs en moyenne. Et la dernière fois que les supporters marseillais ont vu leur équipe, c’était une glaciale soirée de janvier qui s’était soldée par une défaite à 10 contre 11, face à Lille (1-2), dans un Vélodrome frondeur. Explosif, même : entre deux cris d’insultes vers Rudi Garcia et une banderole incitant Frank McCourt à « montrer [qu’il] était le patron », un supporter avait balancé un pétard sur la pelouse.

Un « autre état d’esprit »

« Ça fait plaisir de les avoir avec nous », a commencé Boubacar Kamara, avant de se reprendre : « Enfin, ils n’étaient pas contre nous avant… Mais ils étaient quand même en grève ! » Une réunion entre les chefs des groupes de supporters, les joueurs et le staff a permis de calmer le jeu, juste après cette défaite face à Lille. « Depuis cette rencontre, ils ont un autre état d’esprit, apprécie Rodolphe, abonné chez les Ultras. Il y a un autre état d’esprit, ils mouillent le maillot, ils ont du mordant et sont vraiment dans le combat ! »

Tout est pardonné, tout est oublié ? Même pour Rudi Garcia, pris en grippe par les virages ? « Pas si vite, pas si vite, coupe son pote Grégory, lui aussi abonné, de longue date, au Commando Ultra 84. « Trois victoires face à trois petits clubs ne suffisent pas pour pardonner quatre mois d’erreurs. » Cette méfiance n’a pas empêché Rodolphe et Grégory de chanter. « On connaît les supporters de l’OM, ça va vite dans les deux sens, se marre Valère Germain. Je ne sais pas si la discussion nous a libérés ou si ça les a poussés à nous supporter plus… Mais en tout cas, on enchaîne ! »

« Trop loin dans la nullité »

Sur le fond, Rodolphe et Grégory apprécient la stabilité retrouvée en défense centrale : après bien des tâtonnements, Rudi Garcia a aligné trois fois la même charnière Kamara-Caleta Car, pour trois victoires et un seul but encaissé. « C’est rassurant que l’on ne prenne pas de buts malgré les absences de cadres comme Strootman, Gustavo ou Rami », souligne Noé, supporter d’une vingtaine d’années.

Exigeant mais lucide, il estime que l’OM est sur le bon chemin… Sans être tout à fait sorti de l’ornière : « Ils sont allés trop loin dans la nullité pour que tout soit oublié ! Je trouve que ça chante moins que l’an dernier, qu’il y a un peu moins de monde. Mais ça peut revenir d’ici la fin de saison. On a vu l’hiver dernier, après Konya, que Garcia pouvait trouver les ressorts. Il a déjà retourné le Vélodrome une fois. » Pourquoi pas deux…