OM: Eyraud a-t-il raison de garder Rudi Garcia? On fait l'éloge de la stabilité face à la versatilité du foot

FOOTBALL Les supporters de l'OM réclament la démission de Rudi Garcia, dont l'équipe s'enfonce dans la crise. Mais sur le long terme, ce ne serait pas forcément une bonne idée

Jean Saint-Marc

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De nombreux supporters appellent au départ de Rudi Garcia. La Commanderie a été taguée.
De nombreux supporters appellent au départ de Rudi Garcia. La Commanderie a été taguée. — B. Horvat / AFP
  • L’OM, en crise actuellement, a lessivé 20 entraîneurs en 20 ans.
  • D’un point de vue économique, une telle versatilité n’est pas pertinente.
  • Les exemples du TFC d’Olivier Sadran et du handball français le montrent.

« Au handball, notre philosophie, c’est celle des bons vins. Au football, c’est celle des Kleenex. » La punchline est signée Philippe Bana, directeur technique national du handball français depuis 1999. Natif de Marseille, l’homme est la tête pensante du sport collectif le plus titré de l’histoire du sport français. Quand on l’appelle pour faire l’éloge de la stabilité dans le sport, il décroche au quart de tour et dégaine :

Virer Rudi Garcia deux ans après son arrivée ? C’est un entraîneur, pas un mouchoir que l’on revend – en payant les frais prud’homaux au passage. Nous, ça fait de belles histoires humaines et sportives : celle de Krumbholz, par exemple. Le groupe avait rompu avec lui en 2013, mais il est devenu notre directeur du Mondial. Il est redevenu entraîneur après, avec la réussite que l’on sait ! »

Fonctionnaire d’Etat, comme Didier Dinard ou Claude Onesta, Olivier Krumbholz a passé 18 des 20 dernières années à la tête de l’équipe féminine de handball. Avec dix médailles au palmarès, dont deux titres mondiaux en 13 ans, après une mise à l’écart. L’OM, sur la même période, a lessivé 20 entraîneurs principaux. « Classique », sourit Bana.

« Ne pas surréagir »

Oublions le règne d’Alex Ferguson à Manchester et creusons-nous la tête pour trouver quelques exceptions parmi les dirigeants français. Premier exemple, plutôt récent : le Bordeaux de Stéphane Martin. En pleine bérézina, la saison dernière, Martin a longtemps maintenu Jocelyn Gourvennec à la tête de son équipe. L'élimination piteuse de Bordeaux par Strasbourg, en demi finale de Coupe de la Ligue, montre qu'il était dans le vrai. Car le Guingamp de Gourvennec jouera la finale le 30 mars.

Il estime qu’il ne faut pas « surréagir à une mauvaise série de résultats, car changer d’entraîneur n’est pas neutre économiquement. » Laisser les coachs en place pour les faire progresser, c’est la théorie. Mais dans la pratique, « la pression médiatique et l’urgence créée par les résultats sportifs font qu’on peut être amené à ne pas respecter ce principe », nous dit-il.

Sadran pense global et agit local

Mais du point de vue des résultats, l’exemple du TFC d’Olivier Sadran prouve que la fidélité paie. Toulouse n’est pas l’équipe la plus sexy de Ligue 1 mais affiche une belle longévité : 16 années consécutives en L1 depuis son rachat par le patron de Newrest (qui vous nourrit quand vous prenez le train, entre autres). Le TFC a vécu une sacrée frayeur en 2016. Olivier Sadran s’était alors séparé de son entraîneur Dominique Arribagé, le joueur le plus capé de l’histoire du Tef'. Mais l’ancien défenseur est resté au club, au service recrutement.

Olivier Sadran pense global et agit local ? « C’est quelqu’un de fidèle, en amitié aussi. Le foot, pour lui, ce n’est pas une entreprise, c’est une passion », apprécie une figure du sport toulousain. Beaucoup d’Espagnols vivent à Toulouse. Mais les supporters du Stadium n’ont encore jamais déployé une banderole « Olivier, el tiempo te dará la razón. » Il faudra peut-être attendre 16 ans de plus.