LOSC-OM: Mythe à Marseille, bide à Lille? Pourquoi la mayonnaise Marcelo Bielsa ne prend pas (pour l'instant)

FOOTBALL « El Loco » ne fait pas un début de saison dingue, c’est le moins que l’on puisse dire…

François Launay et Jean Saint-Marc

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Marcelo Bielsa lors de la réception de Bordeaux, au stade Pierre-Mauroy.
Marcelo Bielsa lors de la réception de Bordeaux, au stade Pierre-Mauroy. — C. Saidi / SIPA
  • Doubles retrouvailles ce dimanche (21 heures), lors de Lille-Marseille, affiche de la 11e journée de Ligue 1.
  • Rudi Garcia retrouve le LOSC, avec qui il a fait le doublé coupe-championnat en 2011. Marcelo Bielsa retrouve l’OM, à qui il a fait vivre une saison folle, en 2014-15.
  • Pour l'instant, les recettes de l'Argentin ne fonctionnent pas. On vous explique pourquoi.

Au Nord, c’est la désillusion. Depuis qu’il a posé ses valises au LOSC en juin dernier, Marcelo Bielsa va de déception en déception. Après dix journées de Ligue 1, Lille, qui n’a gagné que son premier match de la saison contre Nantes, pointe à une inattendue avant-dernière place du championnat.

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Au moment de retrouver ce dimanche l’Olympique de Marseille pour la première fois depuis sa folle démission en août 2015, El Loco doit forcément se prêter au jeu des comparaisons. Quand il était arrivé dans le Sud à l’été 2014, son début de saison était idyllique. Après dix matchs, l’OM était leader de Ligue 1 avec huit victoires, un nul et une défaite. Trois ans après, Bielsa vit un cauchemar à Lille. Pourquoi une telle différence ? Tentatives d’explications.

>> Parce qu’il entraîne une équipe de gamins en pleine découverte. « Ils ont l’air complètement perdus, ces jeunes », soupire Alexandre, avec un peu de pitié. Alexandre, c’est un Bielsiste de la première heure : ce Marseillais gérait la fameuse page Facebook «  Bielsa no se va » (une version « ne pars pas de Lille » n’est pas à l’ordre du jour). Douze nationalités dans le vestiaire, moins de 22 ans de moyenne d’âge, un effectif complètement chamboulé cet été : compliqué, ce cocktail concocté par Lopez et Bielsa. « C’est sans doute ce qui se rapproche le plus de son idéal footballistique - former et faire gagner des jeunes - mais c’est aussi le projet le plus fou de sa carrière », analyse le journaliste Romain Laplanche, exégète d’El Loco dans son bouquin Le Mystère Bielsa ( Solar).

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A l’OM, Bielsa a révélé les Mendy, Thauvin, Lemina ou Imbula, mais il pouvait aussi s’appuyer sur de nombreux cadres, dans une équipe quasiment inchangée (un seul départ majeur au mercato, celui de Valbuena). « Une scène résume tout, se souvient Alexandre. Cette vidéo de Bielsa, à la Commanderie, qui demande à Mendy de s’inspirer de Jérémy Morel et… Rod Fanni. » A Lille, les patrons sont tous partis… Poussés vers la porte par Bielsa lui-même, d’ailleurs. Aura-t-il assez de temps pour faire grandir ses jeunes lillois ?

>> Parce qu’il a eu la poisse et que ses joueurs manquent de confiance. Comme l’économie dans un modèle keynésien (il n’y a pas que Bielsa qui peut sortir des concepts), les équipes entraînées par l’Argentin marchent à la confiance. Romain Laplanche, de nouveau : « Le jeu de Bielsa repose sur la prise de risque. A Marseille, ils enchaînent huit victoires, son meilleur début de saison en carrière ! Cette dynamique de victoire rassure, alors que quand tu perds… Tu fais la touche de trop, tu rates ton contrôle. » Et en ce moment, Lille perd beaucoup. Et Bielsa n’est pas le seul responsable. On peut même dire qu’il a la poisse :

  • Son meilleur joueur, Thiago Mendes, a raté les deux premiers mois de compétition. Le 6, « c’est le liant indispensable chez Bielsa », note Laplanche, qui rappelle l’importance à l’OM de Romao et surtout d’Imbula, révélé et façonné par Bielsa.
  • Le drame de l’effondrement d’une barrière, lors d’Amiens-Lille, a forcément perturbé l’équipe, en plus de la forcer à rejouer un match (qu’elle menait).
  • Plusieurs matchs se sont noués dans les arrêts de jeu, sur des erreurs individuelles de concentration ou de naïveté, comme face à Troyes ou, ce mercredi, en Coupe de la Ligue face à Valenciennes (victoire finalement remportée aux tirs aux buts).

>> Parce qu’il n’a pas de tueur devant. Adepte du jeu offensif, le technicien argentin était censé ébahir les supporters nordistes par la qualité du jeu proposé. Las, trois mois après, le LOSC, au-delà de son classement, ne séduit personne. Avec six buts, le club nordiste a l’une des pires attaques du championnat (18e sur 20). Là aussi, on est loin de l’OM qui avait déjà planté 25 buts en dix matchs sous Bielsa.

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« Si tu avais un Payet ou un Gignac dans cette équipe, quelqu’un capable de conclure devant le but, ça irait beaucoup mieux. Mais tu ne les as pas », compare Matias Navarro, un journaliste argentin fan d’El Loco. Quand Gignac flambait en début de saison à l’OM (dix buts en dix matchs), le meilleur buteur lillois s’appelle… Nicolas De Préville (2 buts) parti le dernier jour du mercato à Bordeaux. Un choix économique du club que Bielsa n’a pas voulu remplacer. Et en s’obstinant à faire jouer Pepe en pointe alors que ce n’est pas son poste, l’Argentin a fait des choix étonnants. Qui s’avèrent désastreux après dix matchs.

>> Parce que l’ambiance est presque trop calme pour lui ? C’est un Marseillais exilé dans le Nord qui nous a soufflé cette explication. Marwen est persuadé que Bielsa « ne se reconnaît pas dans ce public-là ». Un public qui hésite à sortir une banderole (pas bien méchante) ce mercredi, lors de la réception de Valenciennes. Et qui n’a (pas encore ?) appelé à la démission de l’Argentin. « A Marseille, le Vélodrome serait déjà retourné, reprend Marwen. Il s’appuyait sur ça dans ses causeries, disait aux joueurs qu’ils n’avaient pas le droit de décevoir 60.000 personnes. » A Lille, pour l’instant, c’est Bielsa qui déçoit.