Fed Cup: «Elles arrivent à faire la part des choses», Garcia et Mladenovic peuvent-elles vraiment (re)gagner ensemble?

TENNIS Les deux joueuses tricolores se retrouvent en équipe de France après deux ans d’une brouille qu’on pensait insoluble…

Julien Laloye

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Mladenovic et Garcia en double en Fed Cup le 17 avril 2016.
Mladenovic et Garcia en double en Fed Cup le 17 avril 2016. — JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
  • Caroline Garcia fait son retour en équipe de France après deux ans d'absence pour défier la Belgique.
  • La n°1 tricolore avait choisi de faire l'impasse sur l'épreuve fin 2016, s'aliénant ses anciennes parteniaires, en particulier Kristina Mladenovic.
  • Les deux rivales, qui ont gagné Roland-Garros en double, ne s'adressaient plus la parole depuis cet épisode.

La résolution du conflit israélo-palestinien sous nos yeux ébahis. « Caro » et « Kiki » sur le même court et du même côté du filet (en double) sans en venir aux mains ni aux tweets. Larmes de joie chez les suiveurs en tribunes qui tombent dans les bras les uns des autres, comme dans cette bonne vieille scène de film américain où tous les ingés de la NASA se félicitent dans la salle de contrôle alors que c’est Sandra Bullock qui a fait tout le boulot, sans oxygène et sans Georges Clooney.

La délivrance est intervenue mercredi à 16 heures à Liège. Les cinq meilleures joueuses tricolores réunies deux ans après, pour défier la Belgique en Fed Cup.

Benneteau seul à l’origine du retour de Garcia

A peine croyable quand on sait les politesses échangées entre-temps, la plupart sur le dos fragile de Caroline Garcia, expédiée en court martiale par les copines pour avoir mis l’aventure collective de côté à la fin 2016. Un cyclone de vacheries orchestré par Kristina Mladenovic, son ancienne partenaire de double sur le circuit. La pire de toute, peut-être, avant Roland-Garros en 2017.

En fait avec Caroline, on a toujours été à l’opposé et on se le disait, même quand on gagnait ensemble. Je suis très autonome, elle est complètement gérée par son père. Je parle six langues, j’ai eu mon bac, elle a arrêté ses études. J’ai plein de centres d’intérêt ».

Une remarque qui nous inspire un certain nombre de commentaires désobligeants que la décence (et notre chef à la relecture) nous empêchent de coucher sur cet article, mais qui pourrait se résumer poliment par un sonore TU TE PRENDS POUR QUI SERIEUX KRISTINA ?

Voilà pour le passif et pour nos doutes du moment sur ce rabibochage express, lequel ne repose pas vraiment sur des pourparlers en amont. « Quand Caro est partie, les filles n’ont pas compris, reconnaît Mathieu Rodrigues, longtemps sparring préférentiel des Bleues dans l’épreuve. Une certaine distance s’est installée entre elles sur le circuit, elles n’échangeaient plus. Tout le monde se demande comment elles vont réagir. Ça s’annonce délicat, même s’il y a toujours eu du respect pour les résultats des unes ou des autres ». « Ce rapprochement est à l’initiative de Benneteau et uniquement de Benneteau », confirme-t-on à la Fédération. Le Bressan s’est chargé tout seul de convaincre Garcia en lui promettant, en gros, que les filles voyaient son retour d’un bon œil.

« Les retrouvailles se sont bien passées »

Démarche appréciée par la Lyonnaise, qui a reconnu que « le feeling était passé » avec son nouveau capitaine. « Les retrouvailles se sont bien déroulées, explique ce dernier. Caroline l’a dit devant les (autres) filles : si elle est là, c’est qu’elle est contente d’être avec elles, contente de jouer la Fed Cup, de jouer pour l’équipe de France ». Le néoretraité a ajouté qu’il avait eu une brève discussion avec la numéro 1 française et que tout le monde était d’accord pour se tourner vers l’objectif commun de la semaine, à savoir taper des Belges en meilleure forme chez elles.

On est censé le croire sur parole, puisque Benneteau s’est pointé tout seul à la conférence de presse de milieu de semaine, profitant d’un règlement qui n’impose pas la présence des joueuses avant le tirage au sort. Une pratique tout à fait inhabituelle, pour être clairs. Les Belges sont venues toutes ensemble, et en souriant. Rien d’autre à se mettre sous la dent, donc, à part cet entraînement en commun et des photos en mode rafale postées sur le compte de la FFT pour témoigner du bonheur retrouvé dans le groupe.

Difficile de se défaire de certaines habitudes. La France du tennis a toujours vendu la Coupe Davis ou la Fed Cup comme une exaltation de l’esprit de groupe au-delà des niveaux individuels. Un raisonnement presque mystique poussé très loin par Noah, malgré des limites évidentes. Les séances de yoga au lever de soleil « histoire de connecter les gars et de créer une histoire » n’ont pas empêché les Bleus de se faire rouster par la Croatie lors de la dernière finale de Coupe Davis, par exemple. Dans ces cas-là, l’esprit de groupe ressemble d’avantage à du copinage en dépit du bon sens.

Mon rôle, c’est de les amener dans les vestiaires, nous racontait le président de la FFT Bernard Guidicelli l’an passé à propos de Garcia et Mladenovic. Je ne suis pas là pour qu’elles s’aiment, mais pour qu’elles gagnent. On n’est pas en colo. Mais je me souviens de ce dîner avec mon homologue belge à Lille qui me racontait les problèmes qu’il avait eus avec Hénin et Clijsters. Elles se haïssaient et pour autant, elles faisaient avec. J’ai connu des pays qui ont battu la France en Coupe Davis avec des joueurs qui ne se parlaient pas »

La fin du mythe du « groupe qui vit bien »

Quand il regarde dans son placard à vieilleries, le tennis français se raconte souvent les mêmes histoires. Celle du duo Safin-Kafelnikov qui vient gagner à Bercy sans s’adresser la parole en 2002. L’explication est pourtant plus simple : le premier était à moitié fou et le second ne parlait à personne, de toute façon. Une autre légende urbaine sur la campagne victorieuse de l’année 2001 qui nous permet de se la raconter sur le thème « Nous aussi on peut gagner sans se blairer ». Pioline et Santoro qui vont claquer le double en décisif à Melbourne malgré une entente plus que suspecte.

Réalité largement exagérée si l’on en croit la biographie de Pioline, parue il y a quelques années : « Notre responsabilité avec Fabrice Santoro est totale. Nous sommes de plus en plus proches. Une réalité bien différente de ce qui peut se dire. Par mon caractère, si je suis en froid avec mon partenaire, impossible de donner mon meilleur ».

En fait, l’engueulade remontait à 1999, avant la finale à Nice contre ces mêmes Australiens. Le premier reproche au second de se défiler pendant la préparation, et devinez quoi ? Finale paumée bien comme il faut. La preuve que si on ne gagne pas à tous les coups quand on s’entend bien, on perd presque toujours quand on s’entend mal ou pas assez.

Les JO en ligne de mire

Pour revenir aux filles, Mauresmo et Pierce n’ont gagné qu’une Fed Cup ensemble alors que leur relation était idyllique comparée aux tensions récentes dans l’équipe de Benneteau. Ce dernier a fait le choix courageux de risquer l’explosion en plein vol plutôt que de continuer à regarder à côté. « J’ai la chance d’avoir cinq filles très intelligentes et très professionnelles. Elles arrivent à faire la part des choses. Aujourd’hui, tout ce qu’on fait, tout ce à quoi on pense, c’est d’être tourné vers la rencontre, pas sur le passé ».

A un moment, si elles sont ambitieuses, elles vont mettre leur égos de côté, imagine Rodrigues. Le meilleur moyen de gagner une Fed Cup pour la France, c’est avec Caroline. Elle a toujours adoré l’atmosphère de l’épreuve, elle s’est souvent sublimée dans ses matchs. Si tout le monde a envie de bien faire et que ça gagne, ce sera tout de suite plus facile ».

Quitte à jeter un voile pudique sur les raisons de ce retour inattendu : Garcia n’avance plus vraiment sur le circuit, et surtout, elle doit participer à trois rencontres de Fed Cup pour pouvoir participer aux prochains JO. Si la finale de 2016 compte pour une sélection, la 19e mondiale devra revenir au moins une fois après ce week-end. Autant dire que tout le monde a intérêt à y mettre du sien.