Ballon d’Or: Modric loin devant les Bleus, c’est un peu dur à digérer en vrai, non?

FOOTBALL Le meneur du Real et de la Croatie a devancé Cristiano Ronaldo et Antoine Griezmann…

Julien Laloye

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Luka Modric avait prévu son coup.
Luka Modric avait prévu son coup. — Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Au Grand Palais,

300 points selon le décompte officieux entre Modric et Griezmann, avec Ronaldo intercalé au milieu. On s’était fait à l’idée de voir le Croate remporter le Ballon d’Or au nom d’une hype qui nous a échappé en chemin, mais là, c’est fort de maté. Qui blâmer maintenant que la Fifa et son cortège de votants biaisés ont débarrassé le plancher ?  Nos collègues du monde entier (192 journalistes-jurés) qui matent des compilations d’extérieur du pied sur youtube avant de s’endormir le soir ? « It’s a free world » comme disent les Ricains quand un truc les dépasse. Modric, donc. Formidable joueur, soit dit en passant. Meneur de jeu de la meilleure équipe d’Europe au printemps et de la meilleure équipe du monde en été, après les Bleus.

Luka Modric avait prévu son coup.
Luka Modric avait prévu son coup. - Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Le Ballon d'Or qu’Iniesta ou Xavi auraient dû avoir

Le football devait une revanche aux milieux créatifs depuis 2010, et ce Ballon d’Or est un peu pour Iniesta et Xavi, honteusement snobés à la grande époque du Barça. Un héritage qui va jusque dans la ressemblance physique. Avec ses faux airs de Cruyff, lui aussi Ballon d'Or après une défaite en finale du Mondial, Modric réhabilite tous les numéros dix de génie qui ont longtemps été célébrés comme les cerveaux de ce jeu et les propriétaires légitimes du Ballon d’Or, jusqu’à ce que les deux extraterrestres ne viennent confisquer le débat à coups de grosses torgnoles statistiques dignes de joueurs NBA.

Le garçon n’est pas de cette trempe. C’est un modèle d’élégance avec le ballon et d’humilité quand il ne l’a pas, mais il ne marque pas souvent, les mauvaises langues diront qu’il a couru un match sur cinq cette saison avec le Real, et les autres qu’il n’était même pas le meilleur joueur du carré magique croate en Russie (Rakitic, Brozovic, Perisic, Modric). Quant à son inculpation pour faux témoignage au pays, elle n’a pas pesé bien lourd dans l’esprit des votants, qui n’ont pas semblé non plus en vouloir à CR7 pour les accusations de viol dont il est l’objet.

A 33 ans, Modric devient le plus vieux vainqueur de la récompense individuelle suprême après Fabio Cannavaro en 2006. L’Italien est le dernier Ballon d’Or d’une équipe championne du monde la même année, mais il avait moins de concurrence en interne qu'en équipe de France en 2018. A eux cinq, Griezmann (3e), Mbappé (4e), Varane (7e), Kanté (11e), et Pogba (15e), totalisent plus de 900 points, signe que la dispersion des voix a coûté cher aux Tricolores, comme on pouvait le craindre. Ni Le Graët ni Deschamps n’ont pris le risque de choisir un candidat, et chacun a lancé sa propre campagne médiatique dans son coin, sauf ce pauvre Varane, qui n’est pas un perdreau de l’année. Le vice-capitaine des Bleus avait compris depuis le début que l’institution madrilène roulait pour Modric.

Griezmann, un podium au goût amer

Le plus déçu de tous, même s’il l’a joué grand seigneur au Grand Palais ? Griezmann, à coup sûr, qui ne pourra pas faire beaucoup mieux que cette saison. Une Coupe d’Europe, une Coupe du monde, 33 buts, et 18 passes décisives, tout ça pour finir à peine 60 points devant Kylian Mbappé. Le Parisien partait de trop loin pour le podium, mais il fracasse le classement comme une boule de flipper à même pas 20 piges. Pour lui, ce n’est qu’une question de temps, comme l’a joliment formulé son coéquipier Gigi Buffon : « Kylian a un talent incroyable, pour moi il pouvait créer la surprise cette fois. Mais Dans les années à venir, je viendrai ici pour célébrer le Ballon d’Or de Mbappé et Neymar ». Un chacun en commençant par le Français, ça nous va.