PSG-Liverpool: «Le duel avec le défenseur est aussi mental»... Mbappé est-il déjà trop lisible au top niveau?

FOOTBALL L'attaquant du PSG et des Bleus commence à se heurter à des défenseurs qui connaissent parfaitement sa façon de jouer...

Nicolas Camus

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Kylian Mbappé lors du match aller entre Liverpool et le PSG en Ligue des champions, le 18 septembre 2018 à Anfield.
Kylian Mbappé lors du match aller entre Liverpool et le PSG en Ligue des champions, le 18 septembre 2018 à Anfield. — Watts/Mercury Press/SIPA / Montage
  • Le PSG affronte Liverpool, mercredi soir, dans un match décisif pour la qualification en 8e de finale de la Ligue des champions.
  • Kylian Mbappé va retrouver face à lui le défenseur Virgil Van Dijk, qui lui a donné beaucoup de mal lors du match aller et lors de la double confrontation entre l'équipe de France et les Pays-Bas cet automne. 
  • Les défenseurs de top niveau semblent réussir à lire de mieux en mieux les intentions de l'attaquant parisien, qui sait qu'il va devoir faire évoluer son jeu pour poursuivre sa progression. 

Il n’a pas l’air d’être le genre à en faire des cauchemars, mais le duel à venir trotte assurément dans un coin de sa tête. Mercredi soir, à l’occasion de ce si important PSG-Liverpool en Ligue des champions, Kylian Mbappé retrouve Virgil Van Dijk. Entre le match aller et la double confrontation entre l’équipe de France et les Pays-Bas, le défenseur néerlandais des Reds a montré à sa confrérie - avec l’aimable participation de son coéquipier en sélection Matthijs de Ligt - que subir les fulgurances de la nouvelle terreur du foot mondial n’était pas forcément une fatalité.

A grands coups d’épaule et avec un sens aigu de l’anticipation, le Néerlandais, aidé aussi par sa vitesse de course, ne s’est pas laissé prendre par les accélérations de dragster ni par la spéciale feinte de centre-crochet extérieur du Parisien. Le Napolitain Kalidou Koulibaly n’avait pas été mal non plus, dans le genre. Alors qu’on n’était (déjà) plus habitué à le voir à ce point sans solution dans un match, un doute nous assaille. Il ne serait pas devenu trop lisible au top top niveau, notre Kyky national ?

Présent en conférence de presse à Clairefontaine avant le match amical contre l’Uruguay, la semaine dernière, l’intéressé a reconnu qu’il se sentait « plus observé » depuis quelques semaines. « C’est bien, ça permet de développer d’autres choses », avait-il fait remarquer, avant de revenir sur le sujet il y a quelques jours dans un entretien accordé à l’AFP :

Je dis toujours que la Ligue des champions, c’est la meilleure compétition pour jouer contre des joueurs de ce niveau. C’est vraiment un plaisir de jouer contre de grands défenseurs, ça vous fait progresser, accentuer votre niveau, donc ce n’est que du plaisir. J’en redemande, encore. »

Challenge accepted, donc. Ce constat posé, il faut s’intéresser au comment. Comment renforcer ses points forts, comment être plus imprévisible, sur quels aspects travailler ? « Il ne va pas remettre tout son jeu en question, pose Jean-Claude Lafargue, son formateur à l’INF Clairefontaine. C’est surtout une question de timing. Messi, tout le monde le connaît, il y a eu des millions de vidéos sur lui, et pourtant il arrive toujours à passer à un moment ou à un autre. Ça se joue sur des moments d’inattention. Pour un défenseur, c’est très dur d’être constamment concentré. Un petit temps de retard et tout explose. S’il n’est pas pile dans le bon temps d’action, même s’il connaît la feinte, il va passer au travers. C’est là-dessus qu’il faut insister. »

Pas besoins de nouveaux skills, donc, la clé se situerait plutôt dans la lecture de l’adversaire. « Le duel entre un attaquant et un défenseur n’est pas seulement athlétique, il est aussi mental, reprend Jean-Claude Lafargue, lui-même ancien défenseur. Il faut apprendre à jouer sur les points faibles du mec en face, à déceler quand il peut être déséquilibré pour faire les mouvements au bon moment, et aussi à miser sur l’improvisation pour créer un truc inattendu. Là-dessus, il va se bonifier avec l’âge. A un moment donné, il fera une passe plutôt que sa feinte. Il va s’adapter. »

Aucun doute dans la voix du formateur. On n’en perçoit pas plus dans celle de Luc Sonor, qui a observé le phénomène éclore à Monaco. « Il a une intelligence rare, il analyse vite, et je suis persuadé qu’il a compris que face à des joueurs comme Van Dijk, il fallait proposer autre chose, juge-t-il. Il va le faire, il faut juste attendre et voir de quelle manière. » Quitte à tenir l’ancien taulier de la défense de l’ASM, autant le lancer sur le très tentant parallèle avec Thierry Henry, qui avait su en son temps faire évoluer son jeu.

« Non, il n’y a pas de comparaison possible, coupe-t-il. On parle de l’intelligence de Mbappé, mais Titi, pfff je n’avais jamais vu ça. C’est un mathématicien du foot. Il analysait avant les matchs qui il allait jouer, de quelle manière il allait s’y prendre, etc. C’est comme ça qu’il a élargi sa palette, en ayant une grande réflexion sur ses adversaires. Et avec l’aide de Wenger, bien sûr. Je souhaite à Mbappé de réfléchir comme Titi. »

« Il est encore dans une phase où il est en train de se tester, à tous les niveaux »

Luc Sonor évoque également la différence de gabarit entre les deux attaquants, la stature d’Henry (1,88m pour 84 kg, contre 1,78m et 73 kg pour Mbappé) lui permettant d’aller davantage au mastic dans les défenses et de jouer dos au but. « Il avait beaucoup plus de facettes que Kylian, pour le moment en tout cas », estime-t-il.

On touche là au débat qui découle de la question initiale. Kylian Mbappé n’a pas encore 20 ans, cela ne fait que deux ans qu’il évolue chez les professionnels, et au-delà de son génie certain, on ne sait pas encore ce qu’on attendra de lui dans les années à venir. Qu’il se mue en vorace à 50 buts par an grâce au boulot de toute une équipe pour sa pomme, comme Messi ou Ronaldo, ou qu’il continue de dépecer les défenses dans un souci davantage collectif ?

« Je veux montrer que je peux répondre aux attentes à différents postes. Cela peut être aussi une difficulté pour l’adversaire de savoir sur quel Kylian il peut tomber », répond Mbappé. « Il est encore dans une phase où il est en train de se tester, à tous les niveaux, indique son formateur de l’INF. Il explore, il progresse. Ensuite, vous entrez dans un profil. Messi marque des buts et en donne autant, Ronaldo n’en donne pas beaucoup… Vous persévérez là où vous êtes le plus fort, c’est tout. C’est dans un futur très proche que ça va se décider. » En attendant, on va s’asseoir et observer comment il va s’y prendre, cette fois, face à son grand rival du moment.