OM: L'élimination prématurée en Ligue Europa, un accident industriel pour le projet McCourt?

FOOTBALL L’OM, finaliste de la dernière édition, pourrait payer très cher son élimination précoce en Ligue Europa, cette saison…

Jean Saint-Marc

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Frank McCourt va sans doute devoir de nouveau investir pour l'OM.
Frank McCourt va sans doute devoir de nouveau investir pour l'OM. — L. Urman / SIPA
  • Eliminé après quatre petits matchs de Ligue Europa, l’OM doit s’asseoir sur plusieurs dizaines de millions d’euros.
  • Marseille, toujours sous la surveillance de l’UEFA dans le cadre du fair-play financier, est-il en danger ?

Petite équation. Le 6e de Ligue 1 reçoit le 3e du championnat chypriote. Les deux équipes sont assurées de terminer aux avant-dernière et dernière places du groupe H de la phase de poules de Ligue Europa. Sachant que les billets coûtent 15 euros et que le capitaine a 31 ans, combien la billetterie de l'OM va-t-elle engranger le 13 décembre prochain ?

La réponse est « pas grand chose » et la soirée promet d’être bien triste, avec un Vélodrome vide et cette affiche complètement naze. Eliminé prématurément, le finaliste de la précédente édition s’est couvert de honte avec, pour l’instant, trois défaites et un nul. Ça, c’est sur le plan sportif. Sur le plan économique… C’est pire encore. « Cette élimination, c’est un véritable accident industriel pour le projet McCourt, soupire l’économiste du sport (et consultant RMC) Pierre Rondeau. D’un point de vue économique, c’est très fâcheux ! »

Dix millions de moins (à peu près)

Le manque à gagner est en effet important. Commençons par le plus logique : les dotations qui s’envolent, alors qu’elles avaient justement augmenté cette année. Les clubs participant à la Ligue Europa se partageront 560 millions d’euros, contre 399 l’an dernier. Finaliste malheureux face à l’Atlético Madrid, l’OM avait touché 23 millions. Cette année, sa participation aux phases de poules lui permet d’empocher 3 millions, plus 3 millions de « primes au classement sur dix ans », plus les droits télé du premier tour… Qui devraient représenter entre 3 et 4 millions d’euros, selon les premières estimations de bons connaisseurs du sujet. L’OM devra donc se contenter cette saison de – grosso modo – 10 millions d’euros de dotations européennes. La moitié de ce que Marseille avait touché l’an dernier.

« L’autre conséquence directe, ce sont les pertes en termes de billetterie et prestations VIP », embraye un autre économiste du sport, Virgile Caillet. L’an dernier, les matchs bouillants contre Leipzig et Salzbourg s’étaient en effet joués à guichets fermés, ou presque… Cette année, avec un match à huis clos complet, un match à huis clos partiel et une rencontre sans intérêt face à Limassol, l’OM ne vendra, en mettant les choses au mieux, que 50.000 tickets européens.

L’OM en position de faiblesse pour négocier

Plus inquiétantes, car plus durables, il faut maintenant lister les conséquences indirectes d’une élimination précoce. « L’OM est en position de faiblesse pour valoriser ses partenariats, reprend Virgile Caillet. Certains gros contrats, dont le partenariat maillot, arrivent à échéance en juin et l’OM doit les renégocier. On a plus de force de négociations quand on sort d’une finale et qu’on existe sur la scène européenne qu’après une saison lambda en Ligue 1 ! »

Son confrère Pierre Rondeau embraye :

Pour les marques mondiales, la Ligue 1 n’existe pas : ils ne regardent que les compétitions européennes. D’ailleurs, le PSG, avec sa mauvaise habitude de se faire éliminer en huitièmes de finale de Ligue des champions, souffre aussi de ce désintérêt des plus grosses firmes. C’est plus compliqué pour négocier ! »

L’OM a pourtant un besoin impérieux de liquidités : le club de Frank McCourt est sous surveillance de l’UEFA dans le cadre du fair-play financier. L’été dernier, Marseille a dû payer une amende de 100.000 euros et apporter de sérieuses garanties à l’institution européenne… Ce qui ne l’a pas empêché de faire un mercato plutôt dispendieux, avec les recrutements, notamment, de deux joueurs à très hauts salaires : Kevin Strootman et Duje Caleta-Car.

« L’OM est surveillé, il y a une alarme de l’UEFA qui leur dit : “Attention à votre comptabilité !” », image Pierre Rondeau, qui estime que l’UEFA pourrait fixer, à moyen terme, « une obligation de résultats économiques à l’OM ». Dans ce cas, une seule issue : vendre des joueurs. Mais c’est le serpent qui se mord la queue : sans exposition européenne, les joueurs ont une valeur plus faible sur le marché des transferts. A moins que tous les recruteurs européens se précipitent devant leurs télés pour OM-Limassol…