Ariège: Arrivée inédite, «lieu immaculé», vaches... Pourquoi l'étonnant Prat d'Albis va marquer le Tour de France 2019

REPORTAGE La 15e étape du Tour de France 2019 marquera la première arrivée de la course au Prat d’Albis, près de Foix, à 1.205 mètres d’altitude…

Nicolas Stival

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En 2019, le Tour de France découvrira le Prat d'Albis, en Ariège.
En 2019, le Tour de France découvrira le Prat d'Albis, en Ariège. — N. Stival / 20 Minutes
  • Site de pastoralisme, de randonnées et de parapente, le Prat d’Albis accueillera pour la première fois la Grande Boucle le 21 juillet 2019.
  • Les organisateurs s’engagent à préserver ce site naturel.

Une petite baraque en pierre, à vocation pastorale. C’est le seul bâtiment qui émerge du Prat d’Albis (merci de prononcer le « t » et le « s »), à 1.205 mètres d’altitude, au-dessus de Foix. Ce plateau herbeux accueillera les coureurs du Tour de France en provenance de Limoux, dans l’Aude, le 21 juillet prochain.

« Ce sera la fête de l’agriculture de montagne et de l’élevage dans un lieu immaculé, s’enthousiasme Henri Nayrou. Cela n’a encore jamais été fait. » Voici deux ans et demi, le président (PS) du conseil départemental de l’Ariège a suggéré cette arrivée inédite à Christian Prudhomme, le directeur de la plus grande épreuve cycliste du monde.

Ce mardi en fin de matinée, les deux hommes, complices, sont arrivés ensemble sur ce site où se côtoient l’été troupeaux de vaches, parapentistes, randonneurs et vététistes.

Cyclisme et catharisme au menu

Au milieu des élus locaux et de quelques journalistes, ils ont disserté sur cette 15e étape du Tour 2019, longue de 185 kilomètres, devant laquelle même les plus hermétiques au vélo aimeront somnoler. Au lendemain d’une arrivée au mythique Tourmalet, la course honorera six châteaux, dont la vertigineuse citadelle cathare de Montségur.

Lors de l’épilogue de cette quatrième et dernière étape pyrénéenne, le peloton passera devant le château de Foix après le pittoresque mur de Péguère et avant les 12 kilomètres finaux, d’abord rudes puis plus doux, jusqu’au Prat d’Albis.

Les vues d’hélicoptère seront forcément sublimes, souligne Christian Prudhomme.

« Du ciel, l’Ariège est exceptionnellement belle par son côté sauvage. Ce sera une très, très belle étape dans un décor de rêve. Depuis le Prat d’Albis, le paysage est absolument magnifique. »

En cette fin de matinée de mi-novembre, on n’aperçoit hélas que quelques bribes de cette beauté. Le plafond nuageux très bas gâche la vue sur la vallée de la Barguillère et le massif du Plantaurel.

Henri Nayrou, le président du Conseil département de l'Ariège, Christian Prudhomme, directeur du Tour de France, et un vététiste qui découvre le Prat d'Albis.
Henri Nayrou, le président du Conseil département de l'Ariège, Christian Prudhomme, directeur du Tour de France, et un vététiste qui découvre le Prat d'Albis. - N. Stival / 20 Minutes

Mais au fait, l’énorme machine du Tour ne va-t-elle pas laisser de profondes cicatrices sur ce site vierge de constructions ? « Nous voulons montrer l’image la plus naturelle possible de l’Ariège, reprend le truculent Henri Nayrou. Est-ce que vous croyez que nous avons envie de détruire ce qui constitue notre meilleur atout ? »

Pas de camping-car ni de voiture, le dispositif du Tour réduit au minimum

Concrètement, « la caravane dégagera 300 mètres avant le final [par un chemin qui la ramènera vers le village de Montoulieu]. Les camping-cars et les voitures seront interdits dans la montée. Et à l’arrivée, les spectateurs s’installeront sur des tribunes naturelles, comme dans les vieux stades néo-zélandais. »

Les organisateurs assurent ne pas encore avoir évalué l’affluence attendue. Mais les spectateurs intéressés seraient avisés de venir à pied ou à vélo. Les cyclistes du dimanche redescendront peut-être avec leurs idoles, puisque les bus des différentes équipes resteront en bas, à Foix.

Un haut lieu du parapentisme ariégeois.
Un haut lieu du parapentisme ariégeois. - N. Stival / 20 Minutes

« Seuls dix ou douze camions (TV, radio, barriérages…) sur les 120 du Tour de France seront présents ici », ajoute Christian Prudhomme. Un dispositif similaire à celui des arrivées au Col de Portet dans les Hautes-Pyrénées cet été, ou à l’Izoard dans les Hautes-Alpes en 2017.

Le message est clair : merci de laisser les lieux dans l’état où vous les avez trouvés. Même si, sur le Prat d’Albis, peloton et suiveurs ne risquent pas de déranger des couples de rapaces qui nichent, d’importuner une famille de desmans ou de piétiner une plante rarissime, si l’on en croit l’Office national des forêts (ONF), en charge des lieux.

« C’est un lieu immaculé, et notre souci, c’est qu’il le reste », assure Didier Icre, responsable ariégeois de l’ONF.

« Nous sommes dans un îlot de biodiversité. Cependant, il n’y a pas de zone de reproduction. Nous sommes dans la forêt domaniale du consulat de Foix, une zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) mais sans classement spécifique. »

Et les animaux d’élevage, dans tout ça ? En juillet, quelque 600 vaches, des dizaines de chevaux et quelques ovins occupent en général ce secteur du Prat d’Albis. Des négociations entre éleveurs et organisateurs doivent encore avoir lieu pour faire cohabiter ces résidents avec les nombreux visiteurs du jour.

Des images de vaches à l’arrivée

Mais il y aura de belles images de vaches, promet Christian Prudhomme qui a toujours particulièrement gâté le département, au point de concocter une étape 100% ariégeoise un 14 juillet, l’année dernière.

« L’Ariège figure régulièrement sur le podium des meilleures audiences, et c’est tout sauf un hasard, entre les paysages et les éléments sportifs. Quand Barguil gagne l'étape Saint-Girons - Foix en 2017, il y a un pic de six millions de téléspectateurs. »

C'est déjà joli, mais vous devriez voir quand il fait beau !
C'est déjà joli, mais vous devriez voir quand il fait beau ! - N. Stival / 20 Minutes

Encore ne parle-t-il que de la France, alors que la course est diffusée dans 190 pays, une exposition médiatique qui vaut toutes les campagnes publicitaires. « L’Ariège, c’est la Corse sans la mer », assène Henri Nayrou, en parfait VRP. Afin de justifier son envolée lyrique, l’élu s’appuie sur une étude toute fraîche, qui place son département juste derrière l’île de Beauté pour la splendeur de ses paysages.