Tour de France 2017: Passion, sécurité, bière ou soupe... On a reconnu l'étape 100% Ariège

CYCLISME Le Tour de France présente ce vendredi une étape 100 % ariégeoise, entre Saint-Girons et Foix…

Nicolas Stival

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Gérard Cambus, maire-adjoint en charge des sports à Saint-Girons, en Ariège.
Gérard Cambus, maire-adjoint en charge des sports à Saint-Girons, en Ariège. — N. Stival / 20 Minutes
  • La 13e étape du Tour de France s’étire sur 101 km ce vendredi en Ariège, depuis la sous-préfecture Saint-Girons jusqu’à la préfecture Foix
  • Le succès populaire et commercial sera au rendez-vous, sur fond de fortes contraintes sécuritaires, un an après l’attentat de Nice

Ce vendredi, l’Ariège sera le centre du monde pour les amateurs de sport, à l’exception des fétichistes du gazon anglais. Avec une étape du Tour de France toute entière courue sur son territoire, entre Saint-Girons et Foix, le département s’offre un formidable coup de projecteur. 20 Minutes s’est baladé le long des 101 km du bref parcours pour humer l’atmosphère, quelques jours avant le passage du grand barnum cycliste.

Gérard Cambus et son équipe d’une trentaine de bénévoles mettaient alors la dernière main aux préparatifs du départ. Déjà le quatrième (plus une arrivée en 2009) pour le maire-adjoint chargé des sports depuis 1995 dans la capitale du Couserans, qui va voir sa population habituelle d’environ 7.000 habitants exploser pour l’occasion. Lorsque l’ancien enseignant de 70 ans vous propose de faire le tour de Saint-Girons dans sa voiture pour présenter les lieux des festivités, de l’apéro-concert à la fan-zone avec écran géant en passant par le marché gourmand, on sent que le feu de la passion brûle toujours.

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Mais l’ex-marathonien (50 courses dont quatre fois New York, tout de même) l’avoue aussi : « Il y a moins de magie qu’avant. » Les attaques terroristes, et les contraintes sécuritaires qui ont suivi, sont passées par là. La date symbolique du 14 juillet, un an tout juste après l’attentat de Nice, ne contribue pas non plus à la sérénité.

Un dispositif de sécurité conséquent pour cette étape du 14 juillet.
Un dispositif de sécurité conséquent pour cette étape du 14 juillet. - Page Facebook de la préfecture de l'Ariège

« On est sur les dents », glissera ainsi un policier rencontré à Foix, ville d’arrivée de l’étape. Sans sombrer dans le passéisme, on peut regretter l’époque où la piscine de Saint-Girons n’était pas fermée jusqu’à 16 heures, pour servir d’espace de confinement en cas d’attaque chimique…

Les vitrines de Saint-Girons à l'heure du Tour, comme celle de Pierre Maurel, personnalité du cyclisme dans le Couserans.
Les vitrines de Saint-Girons à l'heure du Tour, comme celle de Pierre Maurel, personnalité du cyclisme dans le Couserans. - N. Stival / 20 Minutes

Menace ou pas, les commerçants de la sous-préfecture se frottent les mains devant le butin espéré. Enfin pas tous. La « bunkerisation » de la ville risque de dissuader des clients habituels, et les touristes attirés par la course devraient plus boire et manger que s’acheter des vêtements… « Certains fermeront même leur boutique », regrette Hervé Douillet, installé à deux pas de la mairie. Pas lui. Ce bouquiniste ne s’attend pourtant pas à vendre des tonnes de livres à la clientèle flamande ou basque espagnole de passage.

« Tout le monde est gagnant »

« Il ne faut pas s’arrêter à son cas personnel, juge ce cycliste amateur. Le Tour de France fait connaître la région, tout le monde est gagnant. Des gens viennent pour l’événement et reviennent plus tard, car c’est joli. » Difficile de dire le contraire lorsqu’on quitte Saint-Girons pour arpenter la route de l’étape. Les paysages de montagne sont splendides et, cerise sur le gâteau, la toponymie des lieux (Oust, Seix…) enchantera les fans de l’Almanach Vermot, parfois honteux mais toujours nombreux.

La commune de Seix, à côté d'Oust, en Ariège.
La commune de Seix, à côté d'Oust, en Ariège. - N. Stival / 20 Minutes

Après la montée du col de Latrape, Froome et ses collègues s’attaqueront au col d’Agnes, qui redescend vers le très bel étang de Lers. La route, abîmée à la suite de violents orages début juin, a été réparée à temps, à la grande joie d’Aulus-les-Bains et de ses 165 habitants, au pied de l’ascension. « La population va être multipliée par 20 ou 30, toutes les résidences secondaires seront occupées, l’hôtel est complet depuis janvier », s’enthousiasme Hervé Rieu.

Le gras, c'est la vie.
Le gras, c'est la vie. - N. Stival / 20 Minutes

2 CV et boissons

Le directeur-adjoint de l’office du tourisme du Couserans est basé dans ce village thermal qui compte aussi sur un sponsor de la course pour attirer encore plus de monde : « Cochonou va exposer de 60 à 70 2 CV au pied du col ». Point météo : si le temps devait être maussade dans la matinée, le soleil est censé percer durant l’étape, qui s'élance à 14 h 45. Quoi qu’il en soit, Hervé Rieu anticipe : « Il y aura du monde, seule la consommation changera. S’il fait chaud, ce sera de la bière, sinon, ça peut partir au café ou à la soupe. »

Vendredi, les spectateurs seront interdits dans la montée du Mur de Péguère.
Vendredi, les spectateurs seront interdits dans la montée du Mur de Péguère. - N. Stival / 20 Minutes

Après un passage à Massat, « capitale » des néoruraux depuis la fin des années 1970, puis la montée de l’incroyablement raide (jusqu’à 18 %) et étroit Mur de Péguère, la course redescendra gentiment jusqu’à Foix. L’arrivée de l’étape sera jugée sur les allées de Villote, le cœur de la préfecture exceptionnellement privée pour l’occasion de son marché.

Richard le rémouleur du marché de Foix.
Richard le rémouleur du marché de Foix. - N. Stival / 20 Minutes

« C’est un jour où on ne travaillera pas, mais le Tour en Ariège est tellement une institution, glisse Richard le rémouleur… C’est bon pour le département. » Très bon même. Trop bon ? Charles Fieuzet le pense et le dit. Depuis 52 ans, le septuagénaire dirige le café Gros, une institution de la Cité comtale, qui peut accueillir jusqu’à 200 clients.

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Charles Fieuzet, patron du Café Gros de Foix.

« J’aime le cyclisme, je suis pour l’accueil du Tour de France, mais le fait que ça tombe le 14 juillet, c’est de la malchance, juge-t-il. D’ordinaire, c’est déjà l’une des plus grosses journées de l’année. Une étape du Tour, aussi. Les deux cumulées, on va faire du mauvais travail. On ne va pas pouvoir contenter tout le monde, et on va se faire engueuler. » En Ariège comme ailleurs, la Grande Boucle fait rimer passion et tensions.