XV de France: Jouer comme Toulouse? «C’est un rugby périlleux à mettre en place»

RUGBY Le retour en force des Toulousains en équipe de France invite autant à la nostalgie qu’à l’espoir…

J.L.

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Huget et Médard profitent de leur bonne forme en club pour revenir en équipe de France.
Huget et Médard profitent de leur bonne forme en club pour revenir en équipe de France. — FRANCK FIFE / AFP

Toujours touchant de retrouver les Bleus avant le premier match d’une tournée ou d’un Tournoi à Marcoussis. Des garçons remontés à bloc, contents d’être là, prêts à concasser du springbok du All Black, ou du Rosbeef, parce que quand même, le XV de France vaut mieux que cette équipe de foire qui gagne un match sur cinq depuis qu’elle a acté douloureusement la fin de l’illusion un soir de déroute impensable contre la Nouvelle-Zélande à la Coupe du monde 2015. Il faut profiter de ces moments de grâce parce que l’atmosphère change vite. Dès le premier dimanche, une fois que t’en as ramassé 30 contre un client de l’hémisphère Sud supposé tirer la langue après une trop longue saison.

Une Coupe du monde qui arrive (trop) vite

C’est encore le moment des vœux pieux, comme celui formulé par le deuxième ligne clermontois Arthur Iturria. « On a envie de faire autre chose que ce qu’on produit depuis deux ans. On n’est pas la meilleure équipe du monde, on est au courant, mais c’est important de créer une osmose dès maintenant et ne pas attendre juillet prochain pour commencer à préparer la Coupe du monde ». Ah oui, c’est vrai qu’il y a ce Mondial au Japon à l’automne prochain. Beaucoup trop tôt cette histoire. Dire qu’elle ne nous arrange pas est un doux euphémisme. Au rythme où il (ne) progresse (pas) depuis trois ans, Novès, Brunel ou tartampion à la barre, le XV de France ne risque rien à part se faire sortir dès les poules par l’Argentine et l’Angleterre, une triste première qui entérinerait un peu plus sa plongée dans les abysses.

Puisqu’on essaie d’être moins médisants dans nos articles récemment, essayons la méthode des Bleus avant l’Afrique du Sud au Stade de France et cherchons des raisons d’y croire……. … … … (on réfléchit hein)… … … …(bordel c’est pas simple)… … … (les Boks sont moyens ? Ah ben non, ils ont tapé les Blacks deux fois cet été et ils viennent de l’emporter à Twickenham)…Bon bon bon…

Une toute petite lumière au bout du chemin qui ressemble à une forme de nostalgie ; le retour en grâce des Toulousains en équipe de France. Sept, si on compte les affiliés passés par le club haut-garonnais, genre Fickou, Maestri et Picamoles. Ce n’est pas encore le grand remplacement des Clermontois, mais cela ressemble à une tendance encourageante. Qu’on aime le Stade ou pas, force est de reconnaître que les périodes fastes du club ont souvent trouvé leur miroir en sélection, et qu’il se passe un truc chez Airbus en ce moment.

Le renouveau toulousain, une voie à suivre ?

On en cause à Yoann Huget, sorti de pénitence un an après un test raté en large et en travers à Saint-Denis. La résurrection du Stade Toulousains, passé en deux ans du néant absolu à taper le Leinster, réplique moulée de la sélection irlandaise et grand favori de la Coupe d’Europe, peut-elle servir de modèle à l’équipe de France, engluée dans ses éternelles difficultés ? Réponse contrastée de l’intéressé.

A Toulouse, c’est le rugby comme on l’aime le jouer, à partir des turnovers et des récupérations. Mais ça part aussi d’un paquet d’avants dominateur. Après, on ne va pas se mentir, c’est un jeu périlleux à mettre en place. En barrage [contre Castres], le match bascule justement parce qu’on a trop voulu jouer et qu’on se fait pénaliser, puis d’un coup ça nous échappe. Mais ce fond de jeu ça se met en place avec la confiance. Il n’y a qu’avec ça que cette passe aveugle qu’on a parfois tentée à l’entraînement, on sait qu’il y a un coéquipier qui sera là pour la reprendre. »

La confiance, une qualité bien planquée à Marcoussis ces derniers temps. D’où l’importance d’enfin enchaîner deux ou trois victoires, même moches, pour donner une autre dimension à la maîtrise collective balbutiante des Bleus. Maxime Médard, autre toulousain des lignes arrières : « On a besoin de victoires, si possible trois, mais on a surtout besoin d’un match référence en fait. Le match qu’on gagne contre le Leinster avec le Stade, ça se joue à peu de choses, mais on se bat jusqu’à la fin, et ça tourne en notre faveur. Derrière tu vas en mettre 40 à Perpignan et 40 contre Bordeaux à la maison, c’est un cercle vertueux qui se met en place. »

On en arrive à Julien Marchand, le petit nouveau, lui aussi formé par la grande maison toulousaine. Le jeune talonneur (23 ans) ne parle pas beaucoup et s’abrite derrière la posture du type qui est là pour apprendre. Pourtant, il est déjà capitaine en club, où il a su surmonter son appréhension de la prise de parole, « trouver les mots justes face à des joueurs qui ont écouté les discours d’avant-match de Thierry Dusautoir ». On ne sait pas ce que l’ancien meilleur joueur du monde racontait à la cantonade, mais nous vient à l’esprit cette réflexion acide : quelle différence il devait y avoir avec ce pauvre Guirado, le seul capitaine de l’histoire du rugby français à avoir perdu autant de matchs internationaux. Vivement que Marchand fasse les speechs lui-même, en fait. Ce sera bon signe pour tout le monde.