Avant les retrouvailles, Naples rêve d'un vrai retour de son Matador Edinson Cavani

FOOTBALL Le retour d'Edinson Cavani est l'un des grands intérêts de ce Naples-PSG...

William Pereira

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Cavani, époque Naples
Cavani, époque Naples — CARLO HERMANN / AFP

De notre envoyé spécial à Naples,

Début août 2018. Le soleil tape fort au pied du Vésuve tandis que le mercato et ses rumeurs battent leur plein. La dernière en date fait état d’un billet d’avion au nom d’Edinson Cavani – accompagné de son frère - au départ de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle et à destination de Naples. En d’autres termes : Edi va faire son retour au Napoli (prononcez « Naapoli »).

« Ce sont des insiders, des gens qui auraient des infos mercato, qui ont annoncé que Cavani reviendrait. Les Napolitains l’ont pris très au sérieux », raconte Guillaume Maillard-Pacini, caution italienne d’Eurosport. Tellement qu’une centaine de supporters se pointe à l’aéroport international de Capodichino pour accueillir le héros de retour d’une trop longue odyssée parisienne. En vain. El matador dément la rumeur. « Mais ça prouve à quel point la ville veut le voir revenir ».

Mardi, c’est sûr, il viendra. Le devoir l’appelle. Le Paris Saint-Germain et lui ont une mission à remplir : rester dans le coup en Ligue des champions en battant si possible le Naples de Carlo Ancelotti dans un stade San Paolo plein à craquer. « Toutes les places ont déjà été vendues depuis longtemps », précise Gennaro, supporter napolitain. 50.000 personnes épieront les moindres faits et gestes de l’Uruguayen tout en savourant chaque seconde de cette soirée bénie et nourrissant l’espoir de revoir rapidement l'attaquant ici, si possible avec un maillot bleu azur. Notre tifoso :

« Quand le speaker annoncera le nom de Cavani, tu verras que tout le San Paolo criera pour lui montrer qu’il l’aime, pour le motiver à revenir, qu’on l’attend, qu’on est là. Il y a un peu cette idée de séduire pour le persuader de revenir, oui. Tout le San Paolo sera derrière lui. Pas pour qu’il marque, bien sûr, mais plus pour lui montrer qu’on s’en fout qu’il ait quitté Naples, qu’on l’aime et qu’on veut qu’il revienne. »

Premier retour raté au San Paolo

Ça, c’est pour la partie optimiste. Mirko, lui aussi fervent suiveur du Napoli (il a grandi « à 100m du San Paolo »), ne voit pas le stade faire la cour à son héros déchu (104 buts en trois saisons, entre 2010 et 2013) pendant 90 minutes, et encore moins dans un match de Ligue des champions presque susceptible de propulser les locaux en huitièmes de finale en cas de succès. « S’il joue il va être sifflé comme Neymar ou Mbappé, comme n’importe quel membre important d’une grande équipe avant une rencontre de cette ampleur. » Si les avis divergent quant au traitement réservé par la foule au matador mardi, tous sont au moins d’accord sur un point. « Les Napolitains seraient heureux de voir Cavani de retour. »

Ça n’a pas toujours été le cas. Quand Cavani signe au Paris Saint-Germain en 2013, il rompt alors avec une grande partie du public napolitain. « Une majorité de personnes au club l’a mal vécu parce qu’il avait prêté fidélité au club. Il y a aussi eu une mauvaise communication autour de son départ. » Ainsi sont les choses à Naples. On aime et hait sans compter.

Se pointer au San Paolo avec la tunique d’un autre, c’est s’exposer à la rancune locale. Fort de son expérience à la Juventus, Jean-Claude Blanc en sait quelque chose, et, alors qu’Aurelio De Laurentiis réussit à caser – en plus d’encaisser 64 millions d’euros de la poche de Nasser – un match amical dans la ville italienne entre les deux clubs dans le deal pour Cavani, le directeur général du PSG aurait fait en sorte que celui-ci ne se déroule pas en 2013. L’idée ? Eviter à Edi de se faire huer par un public qu’il chérit. La rencontre s’est donc jouée en 2014, mais les sifflets n’ont pas été évités pour autant. « Il a été copieusement hué pendant le match », se rappelle Guillaume Maillard-Pacini. Echec total. Ce soir-là, l’Uruguayen n’a pas existé, sauf au moment d’être remplacé à l’heure de jeu pour montrer son agacement face à l’ingratitude de l’assistance.

Il faudra finalement du temps et un passage de Gonzalo Higuain au Napoli pour que la plaie cicatrise. Non pas que l’Argentin y ait été nul – 91 buts en 186 apparitions avec la tunique bleu ciel -, mais son départ impensable à la Juventus a permis de remettre de l’ordre dans l’esprit des tifosi. « La trahison Higuain l’a un peu replacé dans l’estime des Napolitains », confirme le journaliste d’Eurosport. Illustration avec Gennaro :

« Par rapport à Higuain, qui nous a quittés pour aller à la Juve, équipe qu’on déteste profondément, Cavani a quitté Naples pour un club étranger et a promis qu’il ne jouerait pas ailleurs en Italie. Il a été correct. Les gens ont fini par apprécier ça. »

Des maillots à la « rotonda Cavani », l’héritage du Matador à Naples

Pour cette raison, les Napolitains se sont gardés de brûler son maillot comme ils l’ont fait de rage pour Higuain. A en croire Gennaro, sa cote est de nouveau au top, si bien qu’il n’est pas rare « de voir des supporters s’afficher avec le maillot Cavani 7 » dans les rues de la ville, où se vendent aussi toujours – mais plus rarement – des petites figurines d’Edinson – aujourd’hui c’est le meilleur buteur de l’histoire du club, Marek Hamsik qui est au sommet de la hype.

Si son empreinte à Naples est incomparable à celle laissée par un Diego Maradona (absence de Scudetto oblige), le Matador a donc le mérite d’y exister encore un peu. Le mec a quand même un rond-point à son nom, « la rotonda Cavani », non loin de l’endroit où il créchait du temps de sa pige au San Paolo. Et une famille aussi. Son ex-femme - avec qui les relations se seraient dégelées - et ses enfants y habitent, expliquant ses nombreux et furtifs allers-retours entre Paris et les rives de la mer Tyrrhénienne.

On se calme: la rotonda Cavani, ce n'est que ça
On se calme: la rotonda Cavani, ce n'est que ça - Google Maps

Edinson Cavani peut-il vraiment retourner au Napoli ?

L’esprit combatif de l’Uruguayen hante à nouveau les environs à mesure que l’espoir de l’y revoir en chair et en os ne s’accroît. Il faut dire que les déclarations du président De Laurentiis se multiplient ces derniers temps (du genre : « Cavani est toujours dans mon cœur, je l’ai pris à Palerme pour l’amener à Naples. […] Il a toujours mis plus de 30 buts par saison, il a très bien représenté le Napoli […] Je l’ai déjà dit. Naples gardera toujours la porte ouverte. ») et font leur effet auprès du grand public, au même titre que les photos de l’attaquant avec le staff du SSCN au Parc des Princes. Sans oublier les rumeurs sur sa relation ambiguë avec le tandem Neymar-Mbappé. « On suit sa situation avec Mbappé et Neymar de près. Je pense qu’il y a possibilité qu’il revienne l’été prochain, ou alors à la fin de son contrat [en 2020] », aime croire Gennaro.

Contrat, mot compte double, à la fois la source des optimismes et des désespoirs napolitains. Car si le rêve d’un transfert gratuit est permis, celui de voir Edinson Cavani renoncer à un bout de son salaire [d’un peu plus de 10 millions d’euros] - condition sine qua non à son retour - l’est moins. C’est ce que pense savoir Mirko, qui a épaulé Romain Molina (auteur de Cavani, el Matador) dans une partie de son travail biographique.

« J’ai un peu compris qu’il était très pro mais avec une très haute estime de lui-même. Comme tous les sportifs de sa trempe. Il pense que ce qu’il a obtenu, autrement dit son salaire, il le mérite. Ça ne change rien à son amour pour Naples, mais c’est sa conviction. Cavani a dit que s’il y avait un club à faire avant de repartir en Uruguay ça serait Napoli. Donc… »

Donc on ne sait pas. Personne ne sait. Antero, Nasser, De Laurentiis… Peut-être même qu’Edi lui-même ne sait pas encore. En attendant, tout le monde spécule comme à Wall Street, tous les journalistes cherchent des indices, au point d’en agacer un Carlo Ancelotti qui rêve pourtant secrètement de l’entraîner. « Ce n’est pas le moment de parler de mercato. C’est prématuré d’évoquer ce genre de sujet, d’autant plus que Cavani, nous allons l’affronter dans quelques jours », a pesté l’homme au sourcil fou au micro de Sky Sport. Pas faux. Mardi, il y a match. Et si Edi ne veut pas quitter le San Paolo avec la même déception qu’à son premier retour, il ferait bien de ne pas trop penser retrouvailles.