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La Turquie, ivre de foot

La Turquie, ivre de foot

TURQUIEEn Turquie, la frontière entre le foot et la politique n’est jamais loin…
Matthieu Goar

Matthieu Goar

En caricaturant un peu, on pourrait affirmer que la Turquie a déjà réussi son Euro. Lors de leur parcours qualificatif, les Turcs sont en effet allés battre leurs ennemis Grecs 4-1 à Athènes provoquant un déchainement de patriotisme à travers tout le pays. Plus qu’un match, un acte de bravoure vécu par certains Turcs comme une revanche sur un pays considéré comme hostile depuis la prise de Constantinople en 1453 et toujours à l’heure actuelle à propos de l’île de Chypre.


Au-delà des clichés, la compétition continentale est attendue avec frénésie par le peuple turc qui a mal digéré ses non-qualifications à l’Euro 2004 et au mondial 2006 après sa belle troisième place au Mondial 2002. Dans un pays où le football est le sport roi, la nation turque sera une nouvelle fois en fusion pendant quelques semaines. «Même s’ils se bastonnent pendant les derbys entre les clubs d’Istambul Fenerbahçe, Besiktas et Galatasaray, tous les Turcs se retrouvent derrière leur équipe nationale. Même les Kurdes, les islamistes, tout le monde…», affirme Benjamin Gourisse, chercheur en sciences politiques sur la Turquie.

Détournement politique

Certains hommes politiques ne se privent d’ailleurs pas pour tenter de détourner cette passion populaire à leur profit. «Au début des années 2000, une télé payante, Star TV, qui appartenait à l’homme d’affaires libéral Cem Uzan captait les foules en diffusant les matchs de foot. A la pause pub, il en profitait pour passer des spots à la gloire de sa formation politique, le Parti de la jeunesse (GP)», raconte Benjamin Gourisse. Berlusconi continue à faire des émules.

En juin, les Turcs devront se sortir d’un groupe A épineux qui compte le Portugal de Ronaldo, la République tchèque et la Suisse, pays hôte. Les cafés stambouliotes seront tous les soirs de match bondés. Particulièrement le 11 juin pour les retrouvailles épicées avec la Suisse, le nouvel ennemi du football turc depuis le barrage des qualification au mondial 2006 qui avait vu la Suisse sortir la Turquie au terme d’un match retour en forme de baston générale, notamment un somptueux kung fu kick d’Alpay. Lors de ce match, le monde avait pu découvrir Fatih Terim, l’entraîneur turc surnommé «l’empereur», cravate détachée, en sueur, encourageant ses joueurs à «casser du Suisse». Définitivement plus qu’une passion…