FC Sochaux: Entre bourse de Hong Kong, sites espagnols et finlandais, la «détresse» de supporters du FCSM

FOOTBALL Alors que les meilleures nations mondiales s’affrontent en ce moment en Russie, bon nombre de supporters du FC Sochaux, loin de là, estiment leur club devenu un petit maillon d’une multinationale du foot…

Bruno Poussard

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Les supporters de la Tribune Nord Sochaux lors de la réception d'Amiens cette saison.
Les supporters de la Tribune Nord Sochaux lors de la réception d'Amiens cette saison. — Photo Tribune Nord Sochaux.
  • Le FC Sochaux a repris ce lundi le chemin de l’entraînement pour une cinquième saison en Ligue 2.
  • Rachetée à l’été 2015 par un groupe chinois, l’historique formation du foot français est désormais gérée sur tous les plans par un club espagnol.
  • Pour 20 Minutes, des fans du FC Sochaux racontent leurs craintes et leur veille sur chacune des évolutions attendues depuis quelques semaines.

Début juin, les recrues se sont enchaînées au FC Sochaux. Pourtant, alors que l’historique club franc-comtois a fêté ses 90 ans ce jeudi, bon nombre de ses supporters n’y ont guère prêté attention. Depuis des semaines (ou mois), ils sont plus habitués à surveiller le cours de la Bourse de Hong Kong et à fouiller sur des sites Internet espagnols ou finlandais.

A l’heure de la reprise sportive des joueurs sochaliens de Ligue 2 ce lundi, des passionnés jaunes et bleus ont accepté, pour 20 Minutes, de raconter leurs angoisses et leur tristesse d’estimer subir « l’absurde gestion » de leur club et bientôt son centre de formation « pillé » par un autre club chargé de sa gestion. Retour en arrière, pour tout comprendre.

Dans le tribunes du stade Auguste Bonal cette saison lors d'un Sochaux - PSG en Coupe de France.
Dans le tribunes du stade Auguste Bonal cette saison lors d'un Sochaux - PSG en Coupe de France. - S. Bozon / AFP.

Un groupe chinois arrivé aux manettes en 2015

Fabricant de LED et autres luminaires sous la marque Ledus, le groupe Tech Pro est devenu le premier propriétaire chinois d'un club de football européen à l’été 2015. Après la cession du FC Sochaux pour 50.000 euros seulement selon L'Est Républicain, Wing Sang Li, son patron, n’a jamais vraiment été en odeur de sainteté auprès des fans.

En plus d’une image exubérante « gênante » en tribunes, le président de la TNS – Tribune Nord Sochaux, un des deux groupes ultras – se souvient : « Malgré des promesses en interview, ils n’ont jamais montré d’ambition sportive ni injecté d’argent. » Après les sifflets, tous les groupes ont signé une motion de défiance dès janvier 2016.

Et leur inquiétude n’a jamais baissé. Car le patron du club a connu des déconvenues : chutes du cours de son groupe (ou même suspension) en bourse, liquidation judiciaire de sa filiale française, mise en cause dans un documentaire de Netflix parmi des hommes d’affaires chinois qui ont menti pour faire fortune

L’espoir d’une vente à l’été 2017, avant le désespoir

Plus que jamais unis face à la situation sur le terrain et les réseaux pour obtenir des réponses à l’été 2017, les diverses entités de fans se sont unies dans un collectif « Sochaux united ». Face aux galères de Wing Sang Li, une vente (forcée) du club a été espérée, et certains s’y sont préparés en lançant une démarche de socios, avec un vrai modèle derrière.

« On a voulu ouvrir cette possibilité pour une gestion transparente », décrit Mathieu Triclot, derrière l’excellent blog La Bande à Bonal. Mais la vente n’arrive pas. Thibaut, de la TNS, embraye : « Et la saison a été rythmée par l’absurdité de la gestion de Ledus. Pourquoi ils s’obstinent ? On l’ignore. » Mais le boss a eu une autre idée.

Sacrée surprise le 25 avril, sur le site du club : « Le Baskonia-Alavés est responsable de la gestion globale du FCSM pour trois saisons. » Dans tous les domaines : sportif, financier, économique, managérial. Une deuxième lame pour une partie des fans. Sans voix, les ultras boycottent les trois derniers matchs de la saison. Mathieu Triclot décrypte :

On conjugue le foot business d’aujourd’hui [avec des patrons véreux] et celui de demain, où des vautours viennent prendre ce qu’il y a à prendre. On vit un démantèlement du club. »

Gestion déléguée et avenir dans le flou

« On n’a jamais digéré que Peugeot nous lâche car depuis trois ans, tout s’effondre. » Thésard en littérature à la ville, le président de la TNS, 26 ans, craint pour le centre de formation : « Pour un club, c’est comme toucher à un enfant, c’est qui vous est le plus cher… C’est la dernière chose précieuse qu’il restait. Et là, ils vont pouvoir se servir. »

Baskonia a une bonne réputation, mais pourquoi s’associent-ils à des mecs tendancieux comme Ledus ? Ils ont forcément un intérêt. »

Alliance des clubs de foot et de basket de la ville de Vitoria, Baskonia-Alavès s’est fait un nom en Espagne, avant la Finlande et la Croatie. Où il a déjà pris en main de petites formations, le JS Hercules et le NK Rudes (qu’il vient de lâcher, en ayant des vues sur d’autres, ailleurs). Cherchant de jeunes talents et des carrières à lancer, il a intégré Sochaux dans la circulation de plusieurs de ses joueurs.

Mathieu Triclot analyse : « Leur modèle économique, c’est de brasser du monde pour tenter de faire de la thune en espérant que l’un ait les capacités pour aller plus haut. Le deal leur est royal, ils sont consultants externes, payés pour retirer des bénéfices. » En interne, certains espèrent pourtant que les Espagnols fassent bouger les choses.

Une gestion estimée « low-cost » et la volonté d’alerter

Dans le flou, ces fans voient, eux, Sochaux comme un pion dans une multinationale en pleine expansion et « en avance dans le foot » selon Thibaut. Ou à l’avant-garde pour Mathieu Triclot : « Organiser la circulation de ses joueurs entre ses clubs est une nouvelle manière de spéculer. Ce sont des produits financiers qui arrivent à Sochaux. »

Bien informé, ce dernier parle de « multipropriété low-cost ». Selon lui, les tarifs des kinés du club ont été « revus à la baisse », et des contrats « étaient à la limite des minimums légaux ». La masse salariale, elle, est en baisse. Outre les fins de contrats de cadres non-reconduits, des joueurs du club sont poussés vers la sortie, confirme L’Est Républicain.

« A Sochaux, les gens sont attachés à l’image d’un club populaire, familial. Mais là, avec un propriétaire chinois et un gestionnaire espagnol sous-traitant, peut-on imaginer un autre moyen de perdre encore plus notre identité ? » Comme Thibaut, pas question pour ces supporters de cautionner cette évolution, et une possible grosse rotation de joueurs.

Une saison à venir passée à lutter contre leurs gestionnaires ?

« En détresse », les représentants de la Tribune Nord Sochaux ont même espéré que la DNCG retoque leur club. « Pour se reconstruire en Nationale 3. » Face aux événements, des abonnés ont abandonné leur carte. Comme d’autres avant eux. Même si certains veulent y croire, les plus engagés veulent continuer à se battre. Mais comment ?

Seulement pour « ses couleurs », cette association d’ultras ira au stade Bonal, mais pour montrer son « hostilité totale » à Ledus et Baskonia. Sur le Web comme en tribunes. « Si ça devient ingérable pour les joueurs, ils ne resteront pas », justifie Mathieu Triclot, supporter depuis son arrivée dans la région qui espère maintenant le monde amateur.

Même si « tout le monde s’en fout », lui veut alerter. A défaut d’une opportunité d’installer des « sociochaux », l’initiative des socios (dont la consultation a réuni plus de 1.700 participations de tout le pays) va se transformer en association de lanceurs d’alerte. Tout en gardant l’initiative sous le coude. Au cas où. Pour avoir leur mot à dire, un jour.