«Favorites? Nous assumons ce statut»... Marjorie Mayans et le XV de France visent le Grand Chelem

RUGBY FEMININ La troisième ligne du XV de France évoque la quête du Grand Chelem, qui tend les bras aux Bleues, vendredi au pays de Galles...

Propos recueillis par Nicolas Stival

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Marjorie Mayans à Rome lors du Tournoi des Six Nations le 12 mars 2017.
Marjorie Mayans à Rome lors du Tournoi des Six Nations le 12 mars 2017. — CIAMBELLI/SIPA
  • La Blagnacaise, qui alterne entre rugby à XV et à VII, se félicite de la médiatisation croissante de son sport.
  • Elle s’agace lorsque les comparaisons avec les garçons conduisent à « dévaluer » l’équipe de Jacques Brunel

 

Les filles du XV de France semblent bien parties pour signer le cinquième Grand Chelem de leur histoire, leur premier depuis quatre ans. Victorieuses sur le fil des Anglaises samedi (18-17), dans un stade des Alpes de Grenoble incandescent, elles doivent gagner vendredi chez des Galloises qui n’ont remporté que leur premier match de ce Tournoi des VI Nations, contre l’Ecosse (18-17), et ont notamment perdu à domicile contre l’Italie (15-22).

La troisième ligne Marjorie Mayans assume le statut de favorites qui colle aux Bleues. Mais la Blagnacaise aux plaquages dévastateurs (27 ans, 38 sélections), internationale à XV et à VII, ne vend pas la peau du Poireau avant de l’avoir découpé.

Quand on voit le scénario du match contre l’Angleterre, on se dit que le Grand Chelem ne peut plus vous échapper…

C’est forcément l’objectif, mais il n’y a pas de certitudes. Nous jouons contre une belle équipe qui va vouloir battre la France chez elle.

Vu vos résultats et ceux des Galloises, vous vous présentez tout de même comme les archi-favorites.

Nous sommes favorites, nous assumons ce statut et nous allons là-bas pour imposer notre jeu. Nous avons confiance en nous, tout en restant humbles.

Vos résultats sont souvent comparés à ceux des garçons, et ce n’est pas forcément très flatteur pour eux. Cela vous agace-t-il ?

Ce qui m’agace, c’est quand on dit que les garçons sont beaucoup moins bons. Ils ont traversé une période pas facile mais ils sont parvenus à redresser la tête. Ils ont réussi quelque chose de grand contre l’Angleterre (22-16), et je suis persuadée qu’ils vont aller battre les Gallois. Cela m’énerve qu’ils soient dévalués par rapport à nous. Il faut soutenir tout le monde. Moi, je suis à fond derrière eux.

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On parle souvent de l’évolution du rugby féminin depuis la Coupe du monde 2014, du changement d’image. Cela s’est confirmé pendant ce Tournoi ?

Oui. On voit déjà que la médiatisation est croissante depuis 2014. Les gens nous suivent, sont contents de ce que nous faisons. Et nous, nous sommes forcément heureuses de jouer devant 17.000 personnes à Grenoble. Le fait de disputer des matchs partout en France, c’est super, cela nous permet de toucher un peu tout le monde. Jouer dans des stades d’environ 20.000 places, c’est parfait pour nous.

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A seulement 27 ans, vous faites figure de cadre puisque vous avez démarré avec le XV de France en 2011.

Je commence à emmagasiner pas mal d’expérience. Depuis mes débuts, la préparation a beaucoup changé. Aujourd’hui, les joueuses sont plus athlétiques. Beaucoup ont commencé à jouer en étant petites, alors qu’en 2011, nous étions peu à avoir débuté dès l’école de rugby. Certaines n’avaient découvert le rugby qu’à la fac. Par ailleurs, je suis sous contrat avec la FFR depuis 2014 et les filles qui ne font que du XV bénéficient d’accords entre la Fédération et leurs employeurs pour les aider à mieux et à davantage s’entraîner.

Le 14 mars 2014 à Pau lors d'une victoire contre l'Irlande qui offre aux Bleues leur quatrième Grand Chelem.
Le 14 mars 2014 à Pau lors d'une victoire contre l'Irlande qui offre aux Bleues leur quatrième Grand Chelem. - F. Fourcade / Sipa

Quelle est la durée de votre contrat ?

Ce sont des contrats d’un an. L’actuel court jusqu’au mois d’août. J’espère que l’on va gagner le Grand Chelem, et derrière je rebascule tout de suite vers le rugby à VII, pour préparer les tournois au Japon et au Canada, puis, j’espère, la Coupe du monde (du 20 au 22 juillet à San Francisco).

Quelle est votre semaine type, hors période de matchs ?

Je suis du lundi au jeudi soir ou au vendredi à Marcoussis, puis je rentre à Toulouse. Je fais la mise en place avec Blagnac et je joue le week-end en Top 8.

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Vous avec un bac + 4 (Master 2 Politique et Sécurité) mais vous avez mis vos études entre parenthèses depuis 2014. Pour mieux les reprendre plus tard ?

Je ne sais pas encore. Mon avenir n’est pas fixé. J’ai ce bagage derrière moi mais actuellement, je me concentre sur le rugby. Il ne me reste pas dix ans de carrière. J’espère encore jouer trois ou quatre ans. Depuis 2014, j’enchaîne XV et VII. Cela me plaît mais je ne suis pas sûre de tenir encore beaucoup d’années.