JO 2018: Autoritaires, les Coréens? Et timides? Et misogynes? Le short-track a bousculé nos idées reçues sur la Corée

JEUX OLYMPIQUES C'est pas juste un sport rigolo avec plein de chutes...

Jean Saint-Marc

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La concurrence est dans le rétro.
La concurrence est dans le rétro. — AFP
  • Les JO de Pyeongchang se sont terminés ce dimanche midi, après quinze jours de compétition.
  • Les soirées short-track ont été un grand succès populaire, en Corée.
  • On y est allé, et on en a profité pour fact-checker les grands stéréotypes autour de la Corée. 

De l’un de nos envoyés spéciaux à Pyeongchang,

Badaboum. Ils tombent et vous gloussez, devant votre télé. Tous les quatre ans, cette même réaction : le short-track est un sport fantastique, incroyablement télévisuel. Un sport-roi en Corée du Sud : les compétitions sont suivies jusque dans les lavomatiques. Un sport qui nous dit aussi pas mal de choses sur la société sud-coréenne.

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  • Les Coréens sont-ils timides ?

Le cliché : Vient-il du surnom « le pays du Matin calme » ? En tout cas, on lit ça un peu partout, dans les guides de voyage ou sur les forums. Les Coréens seraient d’un naturel timide, réservé, discret. D’ailleurs, vu de France, on dit ça d’à peu près tous les Asiatiques, non ?

Notre constat à la patinoire : L’ambiance est dingue, avec des tonnerres d’applaudissements pour chaque Coréen, même s’il prétend à une troisième place sur la finale B. On a remarqué aussi ce cri suraigu des supporters (sorte de sifflement) pour influencer les décisions arbitrales.

L’analyse de Martine Prost* :

« Ce cliché des Coréens timides est complètement faux. Selon la tradition confucéenne, la société est en effet très hiérarchisée et l’on doit plutôt réprimer ses sentiments vis-à-vis des aînés, et dans la sphère publique. Quand on rencontre quelqu’un pour la première fois, il faut être très distant, très poli. Mais dès qu’il y a une connivence, on peut être plus extraverti ! Le stade, c’est un endroit où de manière entre guillemets officielle on peut exprimer ses sentiments. Et soutenir les athlètes, c’est aussi montrer que la Corée avance ! »

  • Le management est-il hyper brutal, voire violent en Corée ?

Le cliché : Il est peut-être résumé par le bouquin, légèrement ethnocentriste, de l’ingénieur Eric Surdej. Il a travaillé dix ans en Corée, chez LG, et en a tiré un bouquin, sobrement titré Ils sont fous ces Coréens ! Trois ans après, sa vision n’a pas changé : « La culture du résultat est excessive, et l’humiliation publique fait partie intégrante du système de management », assure-t-il. Il raconte avoir vu des salariés avec quinze ans d’ancienneté être virés en direct, sur un salon, parce que le stand d’LG était moins beau que celui du concurrent Samsung. « Et si un chef dit que l’herbe est rouge, les gens ne discuteront pas », assène Surdej.

Notre constat à la patinoire : On a effectivement croisé des coachs coréens en train de s’engueuler très salement, dans les couloirs, après une contre-performance. Et avant les Jeux, la patineuse Shim Suk Hee a été frappée par un coach. Il a été licencié dans la foulée. Plutôt bon signe, selon Ludovic Mathieu, entraîneur du short-track français : « Il y a dix ou quinze ans, les violences étaient quasi systématiques, quelqu’un qui ne finissait pas une série se prenait un coup de bâton ». Il a fait, à l'époque, de nombreux stages dans les patinoires coréennes : « Cela doit encore exister dans les clubs, mais ça évolue, de nombreux athlètes ne l’acceptent plus… Surtout une multiple championne du monde. »

L’analyse de Martine Prost* :

« Ça évolue. Dans les conglomérats, les jeunes Coréens ne sont plus à la disposition des patrons, comme ça pouvait être le cas autrefois, avec des salariés qui n’osaient pas quitter le bureau avant le départ de leur chef. Cela s’explique par le fait qu’il y a de nombreux expatriés en Corée, et de nombreux étudiants partent aussi à l’étranger. Il est désormais possible de quitter à 18 heures si le boulot est terminé. Mais ce n’est pas forcément bien vu, et ce sont les premiers qui trinquent en cas de licenciements… »

  • La Corée, une société ultra-compétitive ?

Le cliché : Chaque année, on parle dans les médias des terribles examens d’entrée à l’université, d’un pays qui retient son souffle, des non-reçus qui se suicident.

Notre constat à la patinoire : Comme nous ne sommes pas dans les petits papiers des entraîneurs coréens, nous ne pouvons pas vous sortir de scoops sur les dessous des sélections coréennes (Pourquoi avoir aligné Lim Hyo-jun sur le relais 5.000 mètres ? Pourquoi ???) Par contre, on a discuté du sujet avec Lee, supporter coréen de 35 ans, croisé à la patinoire : « En Corée, tout est extrêmement compétitif, surtout les sports et l’éducation. L’examen pour intégrer l’université est horrible… J’ai énormément travaillé et pourtant, je n’ai pas très bien réussi. »

L’analyse de Martine Prost* :

« Le gouvernement essaye de faire évoluer ce système d’examens, en intégrant des oraux ou des épreuves avec plus de créativité, moins de bachotage. Mais ils restent essentiels pour rejoindre une bonne université et avoir un bon job ! Depuis la fin des années 1980, les gouvernements essayent d’interdire les cours privés, qui sont très prisés. Mais les familles riches trouvent toujours des solutions ! »
 
  • Les Coréens sont-ils misogynes ?

Le cliché : Les familles qui pleurent quand elles ont une fille, les garçons à qui on accorde tous les droits. Encore un cliché qui vaut pour une bonne partie des pays asiatiques, d'ailleurs. 

Notre constat à la patinoire : Les entraîneurs Coréens sont principalement des hommes, c’est certain. Alors qu’en France… Ah non, c’est exactement la même chose. En ski alpin, par exemple : 34 hommes pour une seule femme dans l’encadrement des équipes féminine et masculine.

L’analyse de Martine Prost* :

« Pendant la dynastie Joseon (jusqu’en 1910), la société coréenne fonctionnait selon un principe confucéen qui disait que « l’homme était à respecter, la femme à mépriser. » Traditionnellement, les femmes restaient dans la sphère privée. Mais elles y avaient beaucoup de pouvoir, elles géraient le revenu du ménage. A partir des années 1990, certaines femmes ont décidé de se consacrer à leur vocation et pour cela, de ne pas se marier. Aujourd’hui, il y a une nouvelle génération de « working mums », qui mènent en parallèle vie de famille et vie professionnelle !»

*Ex-directrice de l’Institut d’études coréennes au Collège de France, Martine Prost était consultante sur France Télévisions pour les cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux Olympiques.